‹ Nos amis les canadiensChapitre 32 sur 109 · XL PREFACE · texte numérisé non relu

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la république voisine. Il suffira de ces mesures demandées parTopinion pour que le nombre des émigrants diminue.

Il ne s'agit pas de clore le Canada, mais de l'ouvrir aux colons utiles. Et pour se les assurer, il faut non pas les vouloir d'un seul pays, mais faire appel à tous les pays où des hommes de bonnes mœurs, de bons bras, de bonne tête ne trouvent pas leur sort à leur gré. Sans doute, à égalité de vertus colonisatrices, il est légitime de regarder à l'origine de ces travailleurs, par la raison que leur tâche n'est pas seulement de mettre en culture un sol, mais de prendre place dans une société, d'en maintenir les traditions, et que l'harmonie de l'œuvre est accrue par la permanence de la race. Mais si c'est un motif pour préférer les colons de sang anglais, la préférence ne doit pas être pour eux seuls. Le Canada appartient à deux races, qui toutes deux l'ont fait, toutes deux ont mis en lui leur ressemblance, et toutes deux y doivent survivre pour qu'il reste lui-même, et garde, avec cette originalité, sa meilleure richesse, les dons unis de deux grands peuples. C'est en hommage à cette vérité que la charte du Canada a reconnu entre les Canadiens français et les Canadiens anglais la distinction et la parité de l'autonomie. C'est au détriment de cette égalité

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qu'un effort usurpateur avait été fait pour attirer uniquement les congénères des Canadiens anglais. Il est temps de rétablir dans la préférence l'équilibre qui la rendra légitime, et de la rendre égale en faveur des émigrants de race française. Réclamer, obtenir cette réparation est le devoir que M. Louis Arnould montre aux chefs des Canadiens français, et il les tient quitte des fautes passées, pourvu qu'ils se ménagent ainsi l'avenir.

Car si les pays de langue française n'ont pas à exporter autant de matière humaine que les pays de langue anglaise, cette matière est supérieure par la qualité. En Belgique, une population énergique, entreprenante, audacieuse, habile, étouffe faute de territoire et cherche une place à la mesure de ses aptitudes. Elle donnera au Canada, si on se donne la peine de les attirer, toutes les sortes de travailleurs, depuis le manœuvre, trop justement nommé l'homme de peine, et qui préférera la peine mieux rétribuée dans les libres espaces à la noire misère des fabriques et des mines, depuis l'ouvrier de profession, habile à manier le bois et le fer, jusqu'aux praticiens formés au savoir expérimental et aux directions secondaires, excellents sous-offîciers de l'armée industrielle. Les mêmes mérites prêts à l'emploi, se trou-

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veront dans les cantons de la Suisse française, où le peuple est sérieux, honnête et instruit, avec moins de prolétaires et plus de cultivateurs. Et ceux-là apporteront par surcroît la langue de la France.

Toutefois ils ne donneront encore que là peu près de notre intelligence et de notre vie. C'est par des Français de pur sang que le Canada a été fondé ; c'est par des Français de France que la vertu de notre race peut répandre au Canada toutes ses efficacités. M. Arnould songe d'abord à ce que nous exportons le plus aisément, notre littérature. Il voudrait que l'Atlantique fût souvent traversé par des œuvres dignes à la fois de la vieille France où elles naissent et de la nouvelle France où elles pénètrent. Il songe aux Français qui seraient accueillis avec le plus de curiosité, aux porteurs de parole et d'idées, et il promet à ceux qui apporteront la bonne nouvelle, c'est-à-dire de l'esprit, du savoir et du bon sens, la double joie de semer et de récolter à la fois, de recevoir en enthousiaste accueil autant qu'ils donneront en saine propagande : ici, M. Louis Arnould, pour affirmer, n'a qu'à se souvenir. Mais pour exercer là-bas une influence qui demeure et rajeunisse sans cesse, dans le cœur des Canadiens, l'estime et le goût de notre patrie, il n'a pas assez des Français qui

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