‹ Nos amis les canadiensChapitre 34 sur 109 · XLIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XLIV PRÉFACE

rigueur du froid n'est pas faite surtout de froid, mais d'humidité et de vent. Au Canada, l'extrême sécheresse et le calme de l'atmosphère rendent presque insensible aux gens sains et bien couverts l'abaissement de la température. On ne souffre pas de l'hiver, on en jouit. L'épaisse blancheur qui sépare du sol le laboureur apporte à tous deux le repos. Les familles, isolées par le travail durant la saison chaude, sont réunies par la saison qu'elles ne nomment pas inclémente. Dans l'été, l'homme ne vit qu'avec la terre, maintenant il vit avec les hommes ; il est aux entretiens, aux nouvelles, aux projets qui s'éveillent et se préparent durant le sommeil de la nature. Ce n'est pas seulement dans la maison close que l'on se groupe, et il n'y a pas d'actif que les langues. La belle immensité plane et sans tache attire, au dehors, incite au mouvement dans le froid limpide où le corps se baigne et se vivifie. Mille exercices emploient ses forces, mille jeux les amusent, et comme La Fontaine disait : « le deuil enfin sert de parure », la neige elle-même sert de plaisir. Mais le plaisir continu, intime, profond, qui règne même sur l'immobilité, sur le silence, et pare cette blancheur, est lalumière, la lumière que le ciel envoie à la neige et que la neige renvoie au ciel, la lumière qui rayonne de partout, semble se déverser de profondeurs iné-

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