PRÉFACE XLV
puisables, triomphe dans l'éclat incroyablement net et doux répandu par elle sur chaque chose, pénètre les âmes mêmes de son immatérielle suavité et met de la gratitude jusque dans le souvenir de ceux qui l'ont vue. Un jour de juin dernier, sous la conduite d'un Canadien ami, j'allais de Québec à Sainte-Anne de Beaupré. Comme ce nom, tout le pays avait un charme de France. La route, bonne à Fégale des nôtres, traversait de gais villages aux maisons assez semblables à celles de nos paysans, mais plus riantes, et se continuait, toujours changeante, de coteaux en vallons, parmi les formes tempérées d'une région harmonieuse. Seule, la pâleur du ciel était du nord, tandis que le soleil éclatant jetait sur toute la campagne une splendeur chaude et adoucie çà et là par l'ombre d'arbres familiers à mes yeux. Il caressait les sillons rigides et noirs sous le chaume des blés déjà coupés, les promesses mûrissantes des vergers et la béatitude paresseuse des vaches grasses dans Therbe haute. Comme j'admirais cette richesse, cette couleur et cette vie, mon compagnon répondit : « Que n'avez-vous vu le pays dans sa belle saison ! — Etquelle saison peut-être plus belle? — L'hiver. » M. Louis Arnould est un peu comme ce Canadien. Il a éprouvé deux fois la bienfaisance du « bel hiver joyeux ». Il la décrit en poète, il