PRÉFACE XLIX
est vrai, sont en proportion du gain, et pour avoir tout le profit de son travail, il Faut, comme les Italiens, dormir en grappes dans des chambres sans air, se nourrir avec des pâtes, et savourer avec de l'eau claire, des chants de voix et de guitares, ou être logé et nourri par le maître, comme certains employés et les domestiques. Néanmoins, comme l'original et le buffle, le domestique disparaît. Ce n'est pas qu'on le chasse, bien au contraire, mais sur le sol d'Amérique, il semble qu'il y ait une humiliation à « servir ». Comme la rareté des choses augmente leur valeur, les derniers de l'espèce demandent des prix qui montent pour des services qui baissent ; quand le maître au détriment de qui fonctionne cette échelle mobile veut en avoir pour son argent, valets ou filles prennent congé, n'ont que l'embarras de choisir, partout acceptés sans certificats. Et les temps s'annoncent où les manieurs de plumeaux et de torchons donneront au bon maître des attestations sans lesquelles celui-ci sera boycotté par les serviteurs. Cette crise offre aux gens de France, garçons et filles, qui seraient disposés à donner, en échange d'une assez grande indépendance, un travail régulier et quelques égards à ces maîtres, la certitude de trouver aussitôt de gros gages et d'amasser vite un honnête pécule. Et ce pécule, sans cesser d'être