H.-R. Casgrain, Montcalm et Lévis, p
L'envoyé présentait au gouvernement un mémoire écrit de Montcalm, qui demandait, pour pouvoir sauver la colonie, un minimum de 1.500 hommes : on lui en accorda exactement 328.
Durant ce temps, l'hiver était très rude à Québec. De plus, les vivres manquaient ; chaque habitant avait été réduit à un quarteron de pain et une demilivre de cheval par jour. Montcalm écrivait à sa femme :
L'ennui ne tue pas, et je le vois bien ; ma santé a été médiocre cet hiver ; quelquefois mon estomac, fluxion sur un œil, mais ce n'a été que des misères. Je me flatte cependant de soutenir les fatigues d'une campagne où il y aura travail d'esprit et travail de corps. Je voudrais avoir un grain de foi suffisant pour multiplier les hommes et les vivres. Cependant, j'espère en Dieu ; il a combattu pour moi le 8 juillet [à Carillon]. Au reste, que sa volonté soit faite ! Je mène ici une vie désagréable, je me ruine. Et incertain toujours si les nouvelles de France me consoleront, je les attends avec autant d'effroi que d'impatience. Etre huit mois sans en recevoir ! Et qui sait si nous en recevrons beaucoup cette année ? Ah ! s'il m'arrive quelque récompense, et le triste avantage de figurer une ou deux fois par an dans les gazettes, que je 1 achète cher ! On ne peut t'aimer plus tendrement, mon cœur. Et quand mon retour ?. . Le moment où je vous reverrai sera le plus beau de ma vie '.
On sait qu'un pareil instant ne devait pas luire en ce monde.