‹ Nos amis les canadiensChapitre 47 sur 109 · H.-R. Casgr.\in-, ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

H.-R. Casgr.\in-, ouvrage cité, p

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Sous une frivolité que leur reprochait leurévêque, Mgr de Pontbriand, les Québécois dissimulaient leur profonde inquiétude : pendant les longs mois d'hiver ils ne cessaient de songer à la mission de Bougainville, et, depuis le temps de Pâques où a coutume de s'opérer la débâcle du Saint-Laurent, du haut de leur observatoire naturel, ils ne cessaient d'interroger l'horizon d'eau, au nord-est, du côté de la mer. Enfin, le 10 mai 1759, après six mois d'attente, apparurent les frégates aux mâts fleurdelisés. «Jamais, dit un capitaine français, joie ne fut plus générale, elle ranima le cœur de tout un peuple.. . »

Hélas 1 il fallut bientôt déchanter, lorsqu'on vit quel dérisoire secours apportait Bougainville.

Après avoir embrassé son lieutenant avec effusion, Montcalm eut encore cruellement à souffrir dans son cœur paternel. A Brest, au moment de s'embarquer, l'envoyé avait appris qu'une des filles de son général venait de mourir, mais, les vaisseaux mettant à la voile, il lui avait été impossible de faire préciser laquelle des quatre. A cette triste nouvelle, Montcalm fît cette réflexion : « Je crois que c'est la pauvre Mirette, qui me ressemblait et que j'aimais fort, »

Pour défendre sa colonie, la France avait envoj'é 328 hommes. Pour la prendre, l'Angleterre en expédia 9.000 avec 47 vaisseaux. C'est qu'elle n'était pas gouvernée par une Pompadour, mais par William Pitt, qui eut le génie de deviner la valeur du Canada.

D'ailleurs, les colonies anglaises d'Amérique commençaient à s'agiter, et il n'était point fâché d'appuyer leur loyalisme chancelant sur une colonie nouvelle, à leur frontière. Et cependant « la maison était en feu », au delà comme en deçà de la Manche, les deux nations se trouvaient pareillement engagées dans la guerre de Sept ans, mais il en était une qui ne jugeait pas bon de négliger « les écuries ».

Afin de commander cette importante expédition entreprise au prix d'énormes sacrifices, Pitt choisit le général Wolfe, dont il avait distingué la valeur à la récente tentative manquée sur Rochefort : c'était, à son avis, le seul commandant qui y eût montré des aptitudes militaires. Wolfe accepta ; il le dit dans une lettre à un ami : « J'ai écrit aujourd'hui à M. Pitt qu'il peut disposer de mon fragile squelette. » Cette expression était à peine outrée : le jeune général, avec ses 32 ans, était maladif, soufiVant à la fois d'un rhumatisme et de la gravelle ; prodigieusement nerveux et doué dune grande intelligence, il passait souvent d'un abattement noir à une indomptable énergie fébrile. Avant de partir, il avait cherché à consolider sa santé aux eaux de Bath, où il s'était fiancé à une jeune Anglaise, miss Lovvther : le mariage devait avoir lieu au retour du Canada. Elle lui donna son médaillon qu'il emporta aveclui et qui ne devait plus le quitter jusqu'au jour de sa mort.

La traversée de Wolfe, depuis les côtes d'Angleterre jusqu'à l'estuaire du Saint-Laurent, lui prit quatre mois, tandis qu'aujourd'hui la même distance

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peut se parcourir en quatre jours. Le 23 mai, à minuit, les rives du fleuve s'illuminèrent sinistrement, les signaux de feu allant, comme il était convenu, de hauteur en hauteur, donner l'alarme à Québec. Il n'y avait pas quinze jours que Bougainville y avait fait son triomphal retour !

Au Canada, l'on comptait un peu, pour arrêter l'escadre ennemie, sur les difficultés de la navigation du fleuve, encore réelles aujourd'hui et qui l'étaient bien plus alors. Mais le sort, vrai complice de nos adversaires, leur procura la chance de tomber sur un bateau français, arrière-garde d'un convoi qui venait de les précéder. Le pistolet sous la gorge, les pilotes durent embarquer sur les bords anglais. L'on trouva d'ailleurs dans le vaisseau prisonnier une collection de cartes du fleuve, qui permit à toute lescadre de remonter le chenal sans encombre jusqu'au-dessous de Québec. Avec tous les renforts des colonies anglaises quelle avait reçus le long du fleuve, elle contenait 25.000 hommes : c'est tout au plus si Montcalm, avec ses soldats, les habitants de bonne volonté et les Indiens, pouvait en aligner 10.000.

Dans des circonstances aussi critiques, la colonie, abandonnée par la mère-patrie, ne s'abandonna point elle-même. Les Canadiens ne songèrent pas un instant à nous marchander leur fidélité, et c'est là leur titre imprescriptible à notre reconnaissance. Une activité fiévreuse régnait depuis quelque temps à Québec : l'on avait armé de batteries la citadelle ;

on en avait dressé d'autres dans la basse ville, qui occupe la légère marge laissée entre les rochers et l'eau. Voj'ant les rochers inaccessibles en amont de la ville, Montcalm porta tout son effort sur la défense de la côte en aval : là, le plateau rocheux s'abaisse pour laisser passer la rivière Saint-Charles, au delà de laquelle ne régnent, aux environs du village de Beauport, que des hauteurs médiocres se prolongeant jusqu'à la rivière Montmorency, qui pittoresquement tombe d'une hauteur de 90 mètres dans le fleuve. C'est sur cette bande de 9 kilomètres que Montcalm appréhende le débarquement, et il la fait en toute hâte fortifier et remparer de son mieux. Il occupe en tout une longue ligne, une trop longue ligne de défense, de quatre lieues : un si petit nombre d'hommes ne réussissent à la protéger que par des merveilles d'activité et de vigilance, dont les officiers généraux donnent, les premiers, l'exemple.

Trouvant cette côte très bien gardée, Wolfe s'établit sur les hauteurs de Lévis en face de Québec, et dès la fin de juin le siège commença.

Nous ne pouvons en raconter tous les incidents. Il y en eut un de comique. Le 12 juillet, fatigués de l'inaction forcée de l'autorité militaire, 1.500 bourgeois obtinrent l'autorisation de traverser le fleuve et de tenter un débarquement à Lévis; ils étaient accompagnés d'un piquet de 30 élèves du petit séminaire que l'on appela, par allusion au régiment du Royal-Roussillon qui servait au Canada, le « Roj^al- Syntaxe)).La tentative échoua misérablement, et fut

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nommée « le coup des écoliers ». On voit que l'esprit français ne perdait point ses droits, même au Canada. Lassé, de son côté, de ne pouvoir atteindre les assiégés, Wolfe fit, le 31 juillet, une formidable tentative de débarquement sur le camp de Beauport, près de la chute du Montmorency. Sous le feu de l'escadre, les grenadiers anglais prirent terre, et, sans avoir pu entamer, pendant tout le jour, l'héroïque résistance des nôtres défendant leur retranchement, ils furent rejetés au fleuve. Ce fut la victoire de Montmorency, la dernière que devait remporter Montcalm.

Pour s'en venger, le général ennemi fit incendier les fermes de la campagne, et, des hauteurs de Lévis, il bombarda sans pitié Québec : l'on a calculé que, du 13 juillet au5août, 19.000 boulets et bombes tombèrent sur la malheureuse ville : les monuments étaient écroulés, les maisons éventrées. Les habitants se réfugiaient dans les champs, hors de la portée du tir ennemi ; quelques-uns vivaient dans leurs caves.

Là-dessus, les nouvelles du Haut-Canada arrivaient, terribles. Les 400 Français du fort Carillon avaient résisté pendant quatre jours à une armée de 11,000 Anglais, mais avaient dû s'embarquer sur le lac Champlain et se replier sur Montréal. D'un autre côté, le fort de Niagara avait été pris, et la poignée de soldats qui tenaient encore la campagne était à la merci du premier coup de main. Montréal lui-même était menacé. Un conseil de guerre fut convoqué en

hâte à Québec, et tous ses membres désignèrent unanimement le chevalier de Lévis comme le seul capable de faire tête à d'aussi menaçantes conjonctures : il partit avec de pleins pouvoirs pour organiser, là où ille jugerait bon, la défense. Lévis parti, c'était malheureusement la sérénité et le sang-froid de Montcalm qui s'en allaient, une grande force de moins pour la résistance de Québec.

L'inquiétude et l'énervement régnaient au camp français, et, pour prendre une idée des fatigues imposées aux défenseurs, il suflit de savoir que Montcalm passait la plus grande partie de ses nuits sur les remparts de la ville à surveiller les vaisseaux anglais : il écrit au commencement de septembre qu'il n'a pas pu se déshabiller une fois depuis le 25 juin.

L'énervement n'était pas moindre chez nos adversaires qui, de plus, étaient en proie au découragement. Devant l'impossibilité de débarquer à Québec ou aux environs, Wolfe avait reçu de ses brigadiers le conseil de faire une tentative très en amont de la ville, en remontant du côté de Montréal. Aussi, profitant du flux de la mer qui, deux fois par jour, se fait sentir dans les eaux de Québec, la flotte anglaise, deux fois par jour, remontait au delà de la ville et revenait avec le reflux. Bougainville est aussitôt chargé de suivre à la course, sur le plateau, avec une troupe d'élite, le va-et-vient de l'escadre ennemie afin d'être toujours prêt à repousser la première tentative de débarquement.

L'état maladif de Wolfe empire : au mois d'août, il n'a plus la force de descendre l'escalier de la petite maison qui sert de quartier général. Enfin, le premier jour de sa convalescence, il écrit cette lettre à sa mère :

Chère madame, le fait que je vous écris vous convaincra qu'aucun malheur personnel, autre que les défaites et les désappointements, ne s'est abattu sur moi. Mon antagoniste s'est sagement renfermé dans des retranchements inaccessibles, de façon que je ne puis l'atteindre sans verser un torrent de sang, et cela peut-être pour un mince résultat. Le marquis de Montcalm est à la tête d'un grand nombre de mauvais soldats, et moi à la tête d'un petit nombre de bons qui ne désirent rien tant que de combattre. L'on voit que la diligence de Montcalm faisait illusion à son adversaire sur le nombre des troupes.] Mais le prudent vieu.x [Ion est vieux, à quarante-sept ans, pour un homme de trente-deuxj, évite une action, incertain qu'il est de la conduite de son armée. Il faut être du métier pour comprendre les désavantages et les difficultés contre lesquels nous avons à lutter, qui proviennent de la force naturelle extraordinaire du pays *.

Septembre arriva. Le découragement était dans tous les rangs de l'armée anglaise, qui se sentait, à l'entrée de la saison des tempêtes, à 1.500 lieues de son pays. Lts brigadiers, mécontents, insistèrent impérieusemeiit auprès du chef pour que le rembarquement fût résolu et que, pendant qu'il en était temps encore, Ion fît voile vers l'Angleterre. Alors,

H.-R. Casgraix, ouvrcgecité, p. 291.

le général Wolfe réunit, sur le fleuve, dans la grande salle du vaisseau amiral, un dernier conseil de guerre : d'une voix unanime, tous les commandants réclament avec force le retour. Après les avoir laissés opiner, Wolfe se lève : il leur donne sa parole d'honneur que l'on se rembarquera, mais il leur demande une seule chose, une seule, qui sauvera l'honneur anglais : essayer de faire monter sur le plateau simplement 150 hommes : s'ils y échouent, l'on met immédiatement la proue vers l'Europe. Ce lui fut concédé.

La veille, sous un déguisement de simple grenadier qui n'avait excité en rien le soupçon des postes français, Wolfe avait suivi à pied la mince plage resserrée au bord de l'eau, en amont de Québec, et il avait avisé dans la muraille de rochers une légère faille au fond d'une petite anse, appelée alors l'Anseau-Foulon, maintenant l'Anse-de-Wolfe, que le voyageur français ne visite point aujourd'hui sans émotion. D'en bas, il apercevait les pointes blanches des tentes en haut du ravin ; mais elles ne lui semblèrent pas nombreuses, et peu de mouvement autour du poste. Son parti était pris ; il n'en communiqua aucun détail à ses brigadiers, qui s'en montrèrent assez froissés. Mais il obtint pour combiner l'opération une liaison parfaite entre les éléments de la flotte et ceux de l'armée de terre embarquée sur les vaisseaux.

Le 12 septembre, à minuit, deux falots sont hissés en haut du grand mât du vaisseau amiral. C'est le

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signal convenu. Aussitôt, les troupes s'embarquent, dans le plus profond silence, par la nuil noire, et les canots portant la première division rament avec précaution vers le rivage. En tète, le canot de Wolfe : le général a fait son testament ; assis à l'arrière, il récite à ses officiers avec un mélancolique enthousiasme la récente élégie de Gra}- sur le cimetière de campagne :

Les sentiers de la gloire conduisent au tombeau

et il ajoute qu'il aimerait mieux avoir fait cette élégie que de prendre Québec.

Apercevant la silhouette d'un canot près du rivage, une sentinelle française crie : « Qui vive ? — France 1 » répond aussitôt un capitaine anglais, qui sait parfaitement le français.

Entendant un craquement de branche au bas du ravin, une autre sentinelle demande : « Qui vive ? — France I » répète le capitaine anglais ; et il ajoute : « Ne faites pas de bruit. Ce sont les vivres. On pourrait nous entendre. » Les sentinelles eurent le tort de ne pas demander le mot d'ordre et de laisser passer.

Les premiers soldats anglais, en s'accrochant aux aspérités du sol et aux broussailles, parviennent jusqu'au poste français, qu'ils trouvent peu nombreux, mal gardé : ils s'en emparent, et les autres se hissent par la même pente riùde.

Favorisés par une incroyable chance qu'avait d'ailleurs bien préparée la hardiesse de leur général,

les Anglais tombaient sur le plus mauvais officier des troupes françaises, Vergor, qui dormait dans son lit et ne sortit qu'aux coups de feu tirés par ses hommes *. Il avait remplacé un autre officier trois ou quatre jours auparavant. Vaudreuil avait donné des ordres pour renforcer ce poste du Foulon, et ces ordres n'avaient pas été exécutés. Bougainville avait accordé enfin, cette nuit même, un peu de répit à ses troupes harassées, et suspendu, pour la première fois, l'éternelle poursuite de la flotte. Bref, l'historien H. -R. Casgrain a dénombré jusqu'à dix coïncidences malheureuses, dont une seule, venant à manquer, aurait compromis le coup d'audace des Anglais.

Toujours est-il que, le 13 septembre, à 7 heures du matin, 5.000 Anglais se trouvent régulièrement alignés, face à Québec, à trois quarts de lieues de la ville, dans la partie du plateau élevé appelée encore aujourd'hui la plaine d'Abraham, du nom d'un pilote qui la possédait au 17^ siècle.

Montcalm, prévenu seulement au lever du jour, arrive à toute allure, avec un détachement, du camp de Beauport, et n'en peut croire ses yeux à la vue de l'armée anglaise rangée en bataille. Vaudreuil, de son côté, sort de la ville, et, par un cavalier d'ordonnance, envoie un billet à Montcalm le conjurant de ne point précipiter l'attaque : malgré les appa-

1. « Son nom. a écrit Fréchette, est resté en exécration ]>| ■(Notes de la Lcgindc d'^un peuple,.

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vences, rien n'est perdu ; qu'il donne du repos à ses troupes, qu'il laisse à la garnison le temps de sortir, qu'il fasse prévenir Bougainville qui prendra l'ennemi à revers, et les Anglais seront enveloppés ou rejetés au fleuve.

Mais le moyen d'arrêter cet impétueux Méridional qui, piétinant depuis quatre mois, brûle de prendre contact avec l'insaisissable ennemi ? Hélas ! où est le chevalier de Lévis, son sang-froid, et la confiance militaire que son chef place en lui ? Le billet de Vaudreuil ne fait qu'aiguillonner la résolution de Montcalm, et il laisse les premiers engagements surle-champ se produire : Wolfe y est blessé à mort, mais, se faisant adosser quelque part, il continue à donner ses ordres. Les Anglais attendent toujours, immobiles : tout à coup, une première volée part de leurs rangs, terrible, et décime les nôtres. Une deuxième volée anglaise change leur désordre en retraite. Ils fuient vers les murs de Québec, soutenant Montcalm mourant ; unique bataille apparemment, où les deux chefs ennemis trouvèrent un commun trépas.

Le général Wolfe expire sur place, là où, par une tempête de décembre, j'ai vu, près du nouvel Observatoire, une modeste pjramide émerger de cinq pieds de neige, portant ces simples mots : « Ici est mort Wolfe victorieux — 13 septembre 1759. »

Montcalm rentrait en ville par la porte Saint-Louis étayé sur son cheval blanc par trois soldats ; et l'apercevant ainsi, trois femmes du peuple, car il

était très aimé, s'écrient : « 0 mon Dieu, mon Dieu ! M. le marquis est mort ! — Ce n'est rien, ce n'est rien, repartit le blessé avec son ordinaire bonté. Ne vous affligez pas pour moi, mes bonnes amies. »

Il est transporté directement dans la demeure du chirurgien Arnous, et, malgré les souffrances de ses trois blessures, il donne tous les conseils militaires que l'on vient, à chaque instant, solliciter. Il dicte une dernière lettre aux Anglais, faisant appel à leur clémence en faveur des Canadiens, puis il prie qu'on le laisse à présent mettre ordre à ses affaires suprêmes. D'après la tradition, il reçoit les dernières consolations de l'évêque, Mgr de Pontbriand, qui est venu le voir, bien que mourant lui-même d'une maladie de consomption, et ce général si français expire le 14 septembre 1759, à 5 heures du matin. On ne trouva pas dans la ville affolée un fossoj'eur pour l'ensevelir : le vieux jardinier des Ursulines lui confectionne tant bien que mal une bière avec quatre planches, et, un boulet ayant fait un trou dans la chapelle des religieuses, les nobles restes sont déposés dans cette fosse bien militaire, où ils reposent encore, à présent, sous une dalle de marbre.

Cette disparition du chef consomma la démoralisation des défenseurs. Car tout n'était pas perdu, le 14, puisque nous tenions encore Québec. Mais le gouverneur de la ville, Rarasay, complètement découragé, capitule le 19 septembre, et, à cette heure, le chevalier de Lévis, qui accourait de Montréal, sur

un billet de Montcalm lui-même, était à une journée de marche de Québec ! Les Anglais entrent dans cette capitale du Canada, qu'ils convoitaient depuis deux siècles ; ils reconstruisent solidement la citadelle, à la Vauban, comme on la voit aujourd'hui, et mettent dans leur nouvelle conquête une garnison de 8,000 hommes.

L'année suivante, le chevalier de Lévis battait l'armée anglaise tout près de la plaine d'Abraham, sur le plateau de Sainte-Foy, incliné au-dessus de la rivière Saint-Charles, là où, parmi les magnifiques avenues de bouleaux centenaires, j'admirais naguère le monument élégant qui porte cette inscription :

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