Musset, dans RoUa
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nous ne disons pas de volupté, et il n'est pas un adolescent, pas une adolescente, qui ne songe hardiment à l'amour vif, sain, vivant, un peu primitif, qui va les conduire de bonne heure au mariage.
Suivant notre vieille expression française, nos frères de là-bas ont le cœur sur la main. Ils l'ont encore d'une autre façon, par leur admirable générosilé, que l'on trouve aussi chez les Anglais du Canada, sans qu'il soit facile de dire de quel côté cette rivalité heureuse a pris naissance. Ils donnent, en tous cas, sans compter; je l'ai éprouvé en personne, lorsque je voulus doter l'université où j'enseignais, de la Bibliothèque générale qui lui manquait: il m'a suiïi d'en parler à mes cours. En quelques mois, je recevais plusieurs milliers de francs : à la fin du cours, suivant l'usage étranger, des jeunes gens, des jeunes filles m'attendaient pour me glisser dans la main des billets de 1, 2, 3, 5, 7 dollars, c'est-à-dire tout ce qu'ils avaient gagné par leur travail quotidien, dans la journée ou dans la semaine : il fut des cas où j'avais presque honte d'accepter. Je ne parle pas de ceux et de celles qui, en grand nombre, donnent gratuitement leur temps à une œuvre : car dans ce paj^s d'affaires, quoi qu'on s'imagine de loin, la peine se paie cher ou rien du tout K
1. Je dois dire que le don le plus important dans cette fondation canadienne m'est venu d'un philanthrope français, M. Robert Lebaud}-. Par contre, depuis que je tends la main pour les aveugles-sourdes-muettes de Larnay en Poitou, j'ai
Ces vieilles traditions françaises, si remarquablement conservées dans la Nouvelle-France, se complètent d'une autre, charmante et forte, qui fait le principal ressort de notre caractère national : la gaieté. Le Canadien-Français est plus gai que l'Anglais, qui a soin très souvent d'accroître l'agrément de ses réunions et de ses dîners en invitant quelquesuns de ses compatriotes de l'autre race. Le Canadien- Français semble plus gai encore que le Français ; Ton s'en aperçoit quand les uns et les autres se trouvent rassemblés, et un témoignage curieux en apparaît dans la comparaison des chansons populaires : j'ai fait une fructueuse chasse à ces chansons dans les environs de Montréal, en compagnie de M. Julien Tiersot, bibliothécaire du Conservatoire de musique de Paris, et sur place nous nous sommes aperçus que beaucoup de chansons canadiennes ne sont que celles de France, dont elles forment une transposition, la plupart du temps plus allègre.
Aujourd'hui, d'ailleurs, le Canadien rit d'un rien, ratîole d'un « mot », se pâme au seul soupçon d'une malice. Un professeur français plaît moins par l'érudition de ses exposés que par les saillies humoristiques qui spontanément échappent à tout Français. Nous en connaissons un qui se sentait fort embarrassé d'avoir à faire, chaque mois, une correc-
reçu quelques centaines de francs en France, mais les dons les plus importants me sont arrivi'S par un philanthrope américain et par une Canadienne : tels sont les précieux caprices de ia publicité.
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tion anonyme de compositions françaises devant deux cents personnes : or, l'on se donnait le mot en ville pour s'y rendre, pour le seul plaisir d'ouïr des analyses de devoir légèrement malicieuses et de chercher à mettre un nom sous chacune.
La plupart de ces gens, d'ailleurs, descendent des joyeux gaillards que furent les soldats de Louis XV, lesquels se désignaient entre eux par des surnoms empruntés à leur belle mine ou à leur entrain, ou bien inspirés par une ressemblance avec des types connus : Saint-Pierre, Saint-Jacques, La Jeunesse, Lespérance, Bellehumeur ou La Tulipe ; par exemple, une seule école supérieure de pharmacie a aujourd'hui pour président ^ï. Contant, pour premier conseiller M. Lachance, et pour trésorier M. Vadeboncœur : heureuse école 1 Leur humeur se ressent de cette joie héréditaire, et aussi de leur sérénité politique dont la belle figure de leur ancien premier ministre, sir Wilfrid Laurier, est un remarquable emblème : ils n'ont pas sérieusement souffert de maux intérieurs. Il faut ajouter une troisième cause, la principale, c'est l'atmosphère religieuse où ils vivent : les satisfactions de la conscience, la sobriété morale, la confiance en Dieu qui apaise les soucis provenant des hommes, l'habitude et le devoir de l'espérance, entretiennent manifestement la santé et la jeunesse du cœur : de même, dans notre France moderne, c'est un fait d'expérience que, en dépit des douleurs si légitimes, l'on ne sait rire vraiment que dans les familles chrétiennes et dans
les milieux religieux. Le Canada donne encore une fois, sans y penser, raison à Musset pleurant sur notre froide terre qui vivait de la mort du Christ :
Oh I maintenant, mon Dieu, qui lui rendra la vie ? Du plus pur de ton sang, lu l'avais rajeunie.
Pour juger d'un peuple, il est fort probable qu'il suffirait d'examiner avec soin la famille, et une àme nationale se marquerait tout entière dans son esprit de famille. Il est développé au Canada, et la famille y rappelle la première famille du monde, qui est celle de France, comme les étrangers de partout commencent à en faire la découverte, trompés qu'ils avaient été durant longtemps par notre littérature adultère '. Là comme ici, la chaude tendresse règne en souveraine, des enfants pour les parents jeunes ou vieux, des parents pour les enfants, et avec une singulière prédilection là-bas pour le dernier, « le bébé » ou « la bébé », comme ils prononcent à l'anglaise, titre privilégié que l'on garde bien au delà des langes, et, pour ainsi dire, toujours.
Ces habitudes affectueuses, présidant à l'accomplissement du devoir quotidien, se trouvent dans
1. Comparer les impressions rapportées de France par M. Barret-WandelI, professeur à l'Université Harvard et chargé, pendant un an, des cours américains à la Sorbonne. J'ai recueilli sur place, à Boston, l'écho de ses déclarations publiques. Elles ont fait plus de bien à la France, m'ont assuré nos compatriotes, que dix années de conférenciers français. Justice sur ce point commence à nous être rendue partout ; ce n'est pas le moins heureux effet de l'incessant progrès des communications mondiales.
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toute leur pureté à la campagne, parmi celle race forte et infiniment sympathique des « habitants », chez qui bat peut-être le plus pur cœur canadien. "Ce sont nos paysans français, avec plus d'aisance apparente, un air de dominer davantage leur vie rude, moins d'àpreté, d'économie et quelque chose pour le superflu et l'embellissement, de nombreux cadres enrubannés et, presque toujours, un piano •ou un harmonium. Dans les deux paj's, de durs sacrifices pour pousser les enfants plus haut qu'on n'est soi-même : là-bas, comme les enfants sont nombreux, les uns succéderont au père, les autres fréquenteront l'Université pour faire des « hommes de profession », hommes de loi ou médecins, tout en revenant à la maison de bois aider dans les temps de presse, comme au moment de la récolte du sucre d'érable : réserve précieuse, d'où sortent, non par hasard, mais par une sorte de jeu régulier, les têtes de la classe dirigeante ; le fils d'un de ces « habitants » est l'aimable ancien président du Sénat fédéral, M. Dandurand, le petit-fils d'un autre était le premier ministre de la Confédération.
La meilleure richesse des Canadiens est le grand nombre de leurs enfants, 12 en mo3'enne, tandis que la moyenne des Anglais ne dépasse pas 8 K Dociles aux virils conseils de la morale catholique, bien ■que la fécondité tende à diminuer, surtout dans les
1. Les Mœurs actuelles du Canada français. Article de M. Bonet- -Maury dans la Reuue bleue du 30 mai 1908, p. 692.
villes, ils font penser, de ce côté encore, à nos pères d'ancien régime, et donnent comme eux de fréquents exemples de vie patriarcale. Les centenaires sont assez nombreux, et c'est un simple « fait divers » que la mort, comme je l'ai vue, entre autres, d'une femme de 99 ans, laissant 81 petits-enfants, 232 arrière-petits-enfants et 7 enfants de la cinquième génération ' .
« Laissez venir à moi les petits enfants «, nulle parole évangélique n'est mieux observée au Canada, et des petits enfants, l'on en voit partout: les wagons, qui ne sont point divisés en compartiments, et la salle commune des bateaux du fleuve sont très souvent transformés en véritables nurseries .'là, les bébés de tout âge sont chez eux, ils s'amusent ou ils crient, la mère les « change » ou les allaite, le père, compagnon responsable, porte très souvent « le bébé » sur son poing ou sur ses genoux ou lui fait avaler un biberon, beaucoup plus communément encore que les papas français. Il m'est arrivé d'avoir été, en voyage, envahi par 40 enfants (provenant simplement de 5 ou6 familles), dont l'aîné n'avait pas cinq ans : je me crus transporté dans une de nos vastes bergeries de campagne, où les bêlements multiformes parcourent en un instant toute la série chromatique des demi-tons. Celait insupportable et charmant.
Les Canadiens en voyage, s'ils ne trouvent pas la chose charmante, la supportent comme la plus na-