II. Dépenses : Musique 13.500 fr
Entretien des bâtiments 15.500 fr.
A reporter. 29.000 fr.
Report. 29.000 fr.
Grands'messes, services 5.000 fr.
Vicaires (à raison de 1.000 fr. par tête) et
sacristains. . . . 5.000 fr.
Serviteurs. .... 4.000 fr.
Lumière 2.000 fr.
Charbon 9.000 fr.
Assurances .... 3.000 fr.
Eau 4.500 fr.
Total. . . . 61.500 fr.'
Les chiffres précédents appellent quelques observations de détail. Dans les recettes ne figure point l'équivalent de la somme qui a été préalablement enlevée pour le traitement fixe du curé. L'on ne trouve pas de revenu provenant du cimetière parce que dans cette ville une autre fabrique est propriétaire du cimetière général. On aura été frappé du montant des deux articles de dépense, charbon et eau. Le charbon correspond à la réalité de la dépense, dans ce pa3's si froid où les intérieurs, même ceux des églises, sont chauffés jour et nuit par des calorifères. Quant à l'eau, elle est très loin de répondre à la quantité tout à fait minime qui est consommée : cette taxe municipale est une véritable
1. Reliquat, 225 fr. (en réalité, avec les chiffres non arrondis, il y eut un reliquat de 2.000 fr.).
taxe de remplacement, que devraient bien méditer au Canada les personnes inquiètes de voir les établissements ecclésiastiques exemptés de la taxe foncière. Le vaste terrain au milieu duquel est construit notre église, dans un beau quartier, est estimé à 2.500.000 francs, qui sont censés rapporter 100.000 francs : c'est sur ce chiffre de location purement imaginaire qu'est calculée une consommation d'eau, non moins hypothétique, de 4.500 fr.
Pour le budget des recettes du curé, il se compose donc, en définitive, dans les campagnes, de la dîme totale et d'une partie du casuel. Dans les villes où les offices payés sont plus nombreux et mieux rétribués, le curé, nous l'avons vu, touche une moindre proportion du casuel. De plus, il ne garde pas pour lui toute la dîme, mais il s'attribue un « salaire » de 6.000 francs sur l'ensemble des revenus de l'église. De la sorte se résout ce délicat problème de faire peser sur les riches paroisses des villes la majeure part des charges générales du diocèse.
Les fabriques versent, dans les villes, 1.000 fr. pour chaque vicaire, mais les curés commencent à trouver ce chiffre insuffisant et tendent ù demander pour leurs auxiliaires un minimum de 1.250 francs.
Pour achever de débrouiller cet écheveau complexe des ressources dont disposent les diverses institutions ecclésiastiques, il nous reste à établir les revenus de la mense l'piscopale .
Elle comprend, dans tous les diocèses, deux
sources importantes : 1° les coraponendes ou celles des dispenses des bans et parentés, qui sont laissées par le Souverain Pontife à la disposition des évêques .
2° La quête des tournées pastorales, qui a été inaugurée dans la province de Québec par Mgr Fabre. Avant de quitter une paroisse, le prélat s'approche de la balustrade et invite tous les habitants à lui apporter leur offrande pour les œuvres diocésaines. Ainsi dans deux diocèses assez restreints où l'évêque visite, chaque année, la moitié des paroisses, cette ressource produit par an, d'un côté, de 6.000 à 7.500 francs, de l'autre 14.000 francs environ. Dans certains diocèses, cette collecte est regardée comme un cadeau personnel à l'évêque.
Une troisième ressource varie suivant les diocèses, c'est l'impôt qui est prélevé par l'évêché sur les revenus des paroisses : ici l'évêque perçoit la dîme sur les locations de bancs dans tout son diocèse ; là, plutôt que de taxer les bancs qui, en principe, appartiennent à la fabrique, il préfère demander 5 pour 100 sur tous les revenus de la fabrique, d'autant plus que la loi civile elle-même lui reconnaît un droit sur le casuel. Ailleurs encore, comme dans telle grande ville, c'est le casuel seul qui est frappé, ainsi que nous l'avons déjà dit : par le moyen de la « quarte funéraire », c'est-à-dire du quart pris sur le bénéfice des services funèbres célébrés dans toutes les paroisses, la mense réalise 70.000 francs.
Il y a en sus les dons et les legs. En certains endroits, il faut compter sur les organisations de pèlerinages au sanctuaire très vénéré de Sainte- Anne de Beaupré : de la part des Compagnies de chemins de fer et de bateaux, le clergé obtient de très importantes diminutions, et, tout en offrant aux pèlerins des prix réduits de 50 pour 100, il peut encore mettre de côté une certaine somme pour les œuvres paroissiales ou pour les œuvres diocésaines.
Quelquefois s'ajoutent les revenus de capitaux ou de propriétés foncières, car l'évêché peut posséder, l'évêque tout seul suffisant à constituer la « corporation épiscopale catholique romaine » de tel endroit, et il peut acquérir indéfiniment, sans que rien vienne lui imposer une limite.
Une habitude qui nous paraît généralisée et qui offre de nombreux avantages matériels et moraux est celle prise par le clergé paroissial d'une église cathédrale de vivre en communauté avec l'administration épiscopale sous la présidence de l'évêque. Il en résulte, entre autres choses, une sérieuse économie, et le curé peut être logé, nourri, éclairé et chauffé en donnant seulement, par exemple, 1000 fr. par an, les vicaires en versant 750 francs. Un évêché-presbytère comprend donc, dans de telles conditions, trois administrations soigneusement distinctes : celle de la mense épiscopale, celle de la fabrique paroissiale, enfin, l'économat ou gérance matérielle de l'évêché, qui tire ses ressources, exactement réglementées, des deux premières.
En certains lieux, existe une simplification, comme dans cet évèché, où les habitants de la ville, en demandant eux-mêmes la suppression de la fabrique paroissiale, ont voulu que tout appartînt à l'évêque.
Notre prudence française se sent parfois déconcertée de voir le clergé canadien ne pas hésiter à accroître ces charges financières qui pèsent sur les fidèles, afin de mener à bien une vaste entreprise nouvelle, achat de cloches, reconstruction de cathédrale ou d'évêché, etc. Il se produit bien, chez certains, quelque mauvaise humeur en sourdine, qui arrive à peine aux oreilles des promoteurs : mais on s'exécute, on paie, les dettes engagées s'éteignent, et l'œuvre s'achève.
A côté de la générosité si manifeste des Canadiens, la raison de ce succès est dans l'habileté avec laquelle le clergé s'adresse à tous les fidèles, les intéressant personnellement à son œuvre, qui devient la leur. Un exemple concret : un évêque veut-il restaurer sa cathédrale ? Il rassemble les habitants de sa petite ville et leur demande s'ils veulent une plus belle cathédrale. Ils la veulent tous, pas une voix d'opposition ne s'élève. Il faut 125.000 francs. Le conseil municipal obtient de la législature de la province le droit de taxer la ville d'un impôt supplémentaire de 6.250 francs par an pendant vingt années consécutives. Il fait lui-même sa répartition, et la cathédrale, en quatre ou cinq années seulement, est en voie d'achèvement.
Dans un groupe plus restreint, il n'en va pas autrement. Un évêque a besoin d'augmenter son évêché : le devis est de 150.000 francs. Il s'adresse hardiment à tous les prêtres de sa communauté qui en profiteront, vicaires généraux, clergé paroissial, secrétaires, etc., et il leur demande un prêt à fonds perdu. Il leur sert un intérêt de 5 pour 100, et, à leur mort , le capital paiera une partie des dépenses de la construction.
Cette nécessité d'être sans cesse obligé de compter uniquement sur la générosité des fidèles pour se créer des ressources absorbe beaucoup sans doute le clergé canadien et lui donne parfois une allure quelque peu américaine de businessmen : songeons que tel curé de grande paroisse se trouve à la tête d'un budget de près de 1 million de francs. Mais cette situation présente le grand avantage de maintenir forcément le contact entre le pasteur et toas ses fidèles, sans aucune acception de classe sociale ou de parti politique. Chaque année, à l'automne, le curé se fait un devoir de visiter par lui-même ou par ses vicaires, chacun de ses paroissiens, comme le font nos pasteurs les plus zélés de France, comme le faisait Mgr Gibier alors qu'il dirigeait sa célèbre paroisse de Saint-Paterne d'Orléans.
Les curés du Canada comptent à peu près trois semaines pour voir cinq cents familles, en donnant de dix à quinze minutes par famille. L'un d'eux, qui avait eu ainsi l'occasion de légitimer dix mariages dans un simple bout de rue, résumait la situation
en me disant : « Nous n'avons pas besoin d'aller au peuple, nous y sommes. »
D. ■ — L'Enseignement.
L'enseignement, dans les provinces françaises du Canada, tel que l'Eglise de ce pays l'a organisé ou laissé organiser, nous paraît, à bien des égards, remarquable. La question était particulièrement difficile sur un sol où la population de tant de communes est mixte, partagée entre catholiques et protestants. La solution la plus libérale a été adoptée par l'Etat anglais. Il intervient, pour exiger le paiement, par chacun, d'une taxe scolaire, il s'efface aussitôt pour laisser les habitants de chaque commune percevoir et dépenser cette taxe comme il leur plaît, organiser telle école de leur choix, se sentir et se montrer enfin membres de la cité pour la fondation de leur école, tout comme ils l'ont fait pour l'entretien ou la réparation de leur église, au lieu d'être conduits dans l'un et l'autre domaine comme de très jeunes enfants.
Les habitants nomment donc eux-mêmes leurs « municipalités scolaires », tout à fait distinctes des autres, et qui sont au nombre de une, deux ou trois par commune. Dans les villes, elles sont élues par le suffrage universel au second degré. A Montréal, ville de 500.000 âmes, trois des membres sont choisis parle conseil municipal, trois parle cabinet provincial, trois par l'archevêque.
Les memlires de ces commissions ne sont pas
appointés, sauf le secrétaire-trésorier chargé de faire rentrer la taxe, qui est calculée, tout comme la dîme, proportionnellement au capital de chacun, à savoir, Ofr. 50 environ par 500 francs, pour la campagne, et 2 francs pour la ville. Les non-propriétaires paient parfois une rétribution de 1 fr. 25 par mois. Avec ces ressources, les municipalités scolaires fondent leurs écoles ou catholiques ou protestantes, les entretiennent, nomment des maîtres de leur choix^ Ces écoles sont contrôlées par l'Etat, sans nul esprit de tracasserie d'ailleurs, au moyen d'un inspecteur officiel par district. A certaines il accorde des subventions, sur la proposition du Conseil de l'Instruction publique siégeant à Québec et composé d'un comité catholique et d'un comité protestant, sous la présidence du Surintendant de l'Instruction publique. Cet heureux système de décentralisation est défini par certains publicistes français : « se désintéresser pour l'Etat du problème scolaire ». Que ce système soit parfait, nul ne l'affirme : lequel donc aurait pour lui cette prétention ? Que les municipalités scolaires lésinent trop souvent pour payer leurs instituteurs et surtout leurs institutrices, et par suite ne puissent exiger d'eux de vraies capacités, il n'est que trop vrai, et le gouvernement a bien raison quand il fixe un minimum de « salaire » de 500 francs par maître comme condition pour qu'il accorde une subvention à une école, ou catholique ou protestante. Que les méthodes soient parfoisroutinières ouïes livres arriérés, il se peut. Mais il n'empêche que ce régime ménage
au maxîmum la liberté des groupes de citoyens, entretient chez eux l'initiative politique et, ce qui est hors de prix, assure pratiquement la paix dans un paj's profondément divisé au point de vue religieux.
L'enseignement secondaire au Bas-Canada est tout entier entre les mains du clergé et des ordres religieux, dans les couvents pour les jeunes filles, dans les collèges et les « séminaires » pour les garçons. Assimilé légalement à une société commerciale, chaque collège peut acquérir, posséder, construire : une « corporation » formée par des prêtres et présidée par l'évêque peut même faire des emprunts qui sont garantis par celui-ci, et ainsi se sont édifiés les beaux bâtiments dans lesquels sont installés la plupart des couvents et des collèges canadiens.
Pour être reconnues légalement, les congrégations doivent demander « l'incorporation » à la législature provinciale de Québec, en indiquant leur objet et leurs statuts. Ce privilège n'est jamais refusé : tout au plus, quelquefois, la législature change-t-elle quelques articles du bill d'incorporation : même en cas de résistance des pétitionnaires, elle finit par leur accorder leur demande.
Depuis Tannée 1906, à la suite de la pieuse invasion de nombreux ordres français, la législature met une condition à « l'incorporation » des nouvelles communautés et à l'autorisation pour elles d'acquérir • c'est que leur terrain et l'immeuble qu'elles
ont l'intention d'y construire ne dépassent point la valeur de 500.000 francs.
L'enseignement supérieur est représenté comme on sait, dans le Canada Français, par l'Université Laval de Québec, par celle de Montréal, avec son annexe de l'Ecole polytechnique, et par rUniversité d'Ottawa.
Dans des études parues l'une dans la Revue ^, l'autre dansun volume beaucoup plus sérieux, auquel nous avons déjà fait allusion -, des publicistes. épris de « laïcité », ont eu beau jeu à présenter un tableau assez sombre de cet enseignement dans la province de Québec et à montrer chez le clergé catholique comme une tendance à y éteindre en quelque sorte l'instruction. Ces reproches nous paraissent grandement exagérés, et le tableau, pour être vrai, demanderait tout au moins à être complété. Qu'il }• ait des progrès, des renouvellements et des élargissements à faire, la chose est probable, et qu'il y ait à créer dans la jeunesse canadienne, aussi bien protestante que catholique, le noble goût désintéressé des études scientifiques, qui est l'un des principaux honneurs intellectuels et moraux de nos vieux paj's, la chose est certaine. Mais, ces réserves faites, la loyauté commande que l'on rende justice à ce qu'a
1. 15 mars 1906, l'Instruction publique dans la province de Québec, par M. R. de Marmande, membre de la loge maçonnique l'Education coopérative, de Paris. Voir notre rectification qui a été insérée dans l'un des numéros suivants.