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Les autres genres

Les Canadiens, malheureusement, ne font pas de théâtre, ce qui, nécessairement, affermirait leur effort littéraire, ou plutôt ils en sont encore de ce côté à des essais, et ils se contentent déjouer nos pièces avec ardeur.

Mais ils composent des nouvelles et des romans politiques, géographiques ou moraux, souvent ins-

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pires de l'histoire, comme chez Laure Conan (M"^ Auger), ou des mœurs du pays, comme chez M. Pamphile Le May. Néanmoins, les Canadiens, peut-être parce qu'il leur faut travailler beaucoup leur langue, — de même qu'ils écrivent mieux qu'ils ne parlent, semblent jusqu'à présent écrire mieux en vers qu'en prose.

Ils ont eu néanmoins d'éminenls publicistes, tels que Edmond de Nevers ou Arthur Buies. Ils comptent de remarquables historiens, et depuis longtemps ; et les personnes qui ont le goût des lectures attrayantes, n'ont que l'embarras du choix. Qu'elles fassent venir un des livres justement restés les plus populaires là-bas, les Anciens Canadiens, publié, à soixante-dix-neuf ans, en 1863, par un des fondateurs de la littérature canadienne, Philippe Aubert de Gaspé, et réimprimé avec succès en 1877 : c'est une sorte de roman très attachant sur cette portion de nos ancêtres qui, dès la persécution anglaise de 1755, revinrent s'établir dans plusieurs parties de la France '.

De 1845 à 1848, alors que les études historiques s'organisaient seulement chez nous, — dans la Nouvelle-France, F. -X. Garneau, père du poète cité plus haut, colligeant tous les documents qu'il pouvait se procurer, et français et anglais, composa, avec un effort d'impartialité qui souleva alors bien des

1. Québec, 1877. L'ourrage se trouve à la librairie Granger, de Montréal et ron pourra le faire venir par M. J. Lévrier à Poitiers, qui tient 1 office de librairie franco-canadienne.

tempêtes, sa belle Histoire du Canada, depuis la découverte jusqu'au milieu du 19^ siècle : la quatrième édition a paru en 1883, et le petit-fils de l'historien, Hector Garneau, en publie une nouvelle après s'être imposé l'énorme et opportun travail de vérifier et de compléter toutes les sources ^.

Préférez-vous l'œuvre d'une existence consacrée à une seule époque, les années dramatiques de la perte du Canada? Lisez alors l'émouvant Montcalm et Lévis, du remarquable abbé H.-R. Casgrain, mort naguère professeur à l'Université de Québec. J'ai eu l'occasion de dire plus haut 2 ce que je pensais de ce volume qui devrait, comme la Légende d'an peuple de Fréchette, figurer dans toutes les bibliothèques vraiment françaises 3.

Je vous citerai encore un historien vivant, M. Ernest Gagnon, très documenté et spirituel, non point tant pour ses estimables œuvres d'histoire que pour un charmant recueil de cent Chansons populaires du Canada, qui devrait traîner dans nos casiers à musique : de temps en temps, nous nous passerions le bonheur d'entendre, à travers des mélodies canadiennes qui nous rappelleraient, presque toutes, de vieux airs de nos provinces rendus ordinairement plus joj'eux, chanter la vieille came française qui a

1. A Paris, chez Alcan, dans la a Bibliothèque France-Amérique », 1912.

3. Tours, Marne, 1898 ; in-i» de 392 pages, illustré de 72 gravures (broché, 5 fr. 50 ; relié, 8 fr. 50 et 10 francs).

fait le charme et la gaieté, c'est-à-dire une bonne partie de la force de nos communs aïeux ^.

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