‹ Nos amis les canadiensChapitre 73 sur 109 · Paroles et musique, ivii-3û0 p., Québec · texte numérisé non relu

Paroles et musique, ivii-3û0 p., Québec

r Action sociale à Québec ; et je ne voudrais pas faire de peine aux autres, mais les deux journalistes les plus intéressants et les plus habiles, et presque les seuls lisibles pour un Français, me paraissent être MM. Olivar Asselin et Orner Héroux ^.

Ajoutons-y les revues, entre autres le Journal de Françoise, dirigé par Françoise (M"^ Robertine Barry), jusqu'à sa mort, et la Revue canadienne, fondée en 1864, acquise depuis peu d'années par l'Université Laval de Montréal, et où brillent, chaque mois, les chroniques , d'un métal si ferme, de M. Chapais.

Quant aux salons, il en existe, je veux dire que l'on adore « causer » au Canada, et causer de littérature ; malheureusement, beaucoup sont des salons anglais, et, à vrai dire, l'on parle surtout anglais dans les clubs anglo-français ouvertement développés par « l'entente cordiale » ; on compte quelques salons français, et pleins de charme, mais ils sont surtout fréquentés par des Français de France et par des Canadiennes ; les Canadiens y viennent peu, et une vraie et heureuse influence ne se produira de ce côté que le jour où des maîtresses de maison, capables de tenir ce noble rôle, comprendront qu'elles ont auprès de leurs compatriotes à remplir une vraie mission et qu'elles détiennent en leurs mains une partie de l'avenir de leur littérature nationale.

1. Du premier oa verra le porlralt moral et le rôle politique dans l'élude suivante.

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Vous êtes persuadés, je pense, à présent, que les lettres canadiennes existent et sont capables de nous faire passer bien des heures agréables. Et vous me demandez : — Que concluez-vous, et croyez-vous en l'avenir du Canada littéraire ? — Oui, à une condition, c'est que le Canada travaille. Notre devoir d'ami est de lui dire, sans en prendre aucun orgueil, qu'il est, intellectuellement parlant, beaucoup moins laborieux que la France : avec son charmant et cordial caractère, je gagerais qu'il a pris à la lettre le terme si radicalement faux de « littérature facile », et il a toujours l'air de se figurer que c'est par un heureux hasard que les alouettes littéraires tombent toutes rôties sur les tables de nos écrivains : applaudit-il Cyrano de Bergerac, le Duel, l'Affaire des poisons ou le Blé qui lève, il s'imagine sans doute que de telles choses se trouvent, comme cela, toutes seules, rien qu'à se promener sur les bords de l'Adour, de la Seine ou... du Saint-Laurent ; il semble toujours étonné quand il assiste de près au travail fourni par les Français quil appelle chez lui, et il ne se doute guère du labeur effrayant qui s'impose même à ceux qui désirent produire des choses charmantes : la beauté littéraire ne veut pour chevaliers que des vaillants, des infatigables, qui ne craignent point d'aller à l'extrémité de leurs forces pour affronter pour elle tous les labeurs : labeur sur notre riche, variée et complexe langue française, afin de la posséder, à quoi contribue grandement léminente Société du Parler français à Québec ; labeur sur les idées

pour arriver à les distinguer avec soin et aisance les unes des autres et en fuir la confusion ; labeur quotidien sur les grands maîtres, classiques ou modernes, peu importe, pour en faire jaillir, sans les imiter, sa personnalité propre ; attentive comparaison des diverses productions de l'art pour les classer et les mettre chacune à son rang, et acquérir ainsi le goût ou l'esprit critique f nous ne disons pas hypercritique) qui fait si fort défaut là-bas ; labeur sur l'histoire, qui renouvelle tout aujourd'hui et qui est très loin d'occuper au Canada la place qu'elle a partout ailleurs ; et par elle, et parles sciences, et par l'étude approchée des textes, acquisition de l'indispensable qualité des peuples modernes, à savoir la précision aiguë qui combat les jugements superficiels dans tous les domaines, dans l'instruction secondaire, dans l'enseignement supérieur, dans la presse et même dans les salons ; et alors, si la Providence le permet, cette jeune nation si bien douée par Dieu fera fructifier ses talents, et, se laissant gagner par la noble fièvre du grand atelier intellectuel français, cette minorité canadienne-française, de plus en plus inondée, hélas 1 par les vagues de population anglosaxonne, régnera, par l'esprit du moins, sur l'Amérique du Nord, comme par l'esprit la France régne sur le monde.

Le 1" cours professé dans l'Enseignement supérieur français sur la Poésie canadienne

Ce cours public, que j'ai professé à la Faculté des lettres de l'Université de Poitiers en 1910 et en 1911, comme j'en ai rendu compte dans la revue France- Amérique, numéro de juin 1911 (p. 65-67), a compris les leçons suivantes : ce premier essai de groupement pourra servir peut-être à quelque collègue soit en Canada soit en France.

PREMIÈRE SÉRIE t l'ÉCOLE ÉPIQUE DE QUÉBEC.

1" leçon : Naissance de la Poésie canadienne. Octave Crémazie ;

2^ leçon : Crémazie. La Catastrophe et l'Exil ;

3* leçon : Louis Fréchette : les premiers recueils lyriques ;

4® leçon : La P^ partie de la Légende d'un peuple (16^ et 17^ siècles) ;

5® leçon : La 2^ partie de la Légende d'un peuple (18^ siècle) ;

6^ leçon : La 3^ partie de la Légende d'un peuple iW siècle) ;

7* leçon : M. William Chapman : les Aspirations ;

8° leçon : Les Rayons du Nord. Conclusion sur la Poésie épique du Canada.

Pour bien faire connaître Fréchette, je me suis trouvé aidé par l'un de ses amis qui habite Poitiers, un éminent prêtre breton, directeur d'un grand col-

lège, qui l'a pratiqué assidûment pendant plusieurs étés que le poète canadien était venu passer au Pellerin, dans la Loire-Inférieure.

Ces cours illustrés d'une soixantaine de clichés représentant les poètes à divers âges, puis les villes, les spectacles de la nature, les scènes historiques et les grands hommes qu'ils ont chantés, ont paru vivement intéresser l'auditoire par les souvenirs de patriotisme français qu'ils évoquaient, en même temps que par l'histoire du Canada, si peu connue malheureusement en France.

SECONDE SÉRIE : l'ÉCOLE LYRIQUE DE MONTRÉAL.

l*"^ leçon : Naissance de l'Ecole littéraire de Montréal ;

2^ leçon : Un précurseur : Alfred Garnean ;

3* leçon : Emile Nelligan : sa vie et son pessimisme ;

4« leçon : Nelligan : les regrets, la foi et l'amour ;

5* leçon : Albert Lozeau : le sentiment et l'amour dans « l'Ame solitaire » ;

6* leçon : Lozeau : la musique et la nature ;

7^ leçon : Albert Ferland. — Synthèse sur la Poésie lyrique du Canada.

Une quarantaine de projections vulgarisèrent, dans cette autre série, les choses et les gens du Canada, et le public parut prendre goût à connaître les œuvres d'hommes, dont les ancêtres appartinrent si souvent à l'ouest de la France, ainsi qu'en témoigne le précieux « Dictionnaire généalogique des familles

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canadiennes », par Mgr Tanguay, très souvent consulté à Poitiers, depuis que, sur mon conseil, la Bibliothèque de notre ville en a fait l'acquisition : nous avons pu y voir, par exemple, que le poète Alfred Garneau et son père, qui a si souvent inspiré Fréchette, François-Xavier Garneau, l'historien national du Canada, sortent, originairement, d'un petit village du Poitou.

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