D'ÉMIGRATION FRANÇAISE
Problême épineux. — Le nouveau parti dit « nationaliste » : Henri Bourassa. — Olivar Asselin. — La lutte ardente.
1' La question canadienne-française. — Proportion des Canadiens-Français. — Capitale importance parlementaire de la population de la Province de Québec. — La gigantesque immigration anglo-américaine dans l'Ouest : la question canadienne.
La qualité des immigrants. — Révélation de M. H. Bourassa. — Facilité de l'entrée au Canada.
2° La responsabilité du gouvernçment canadien. — Déclaration officielle du sous-ministre de l'Intérieur. — L'organisation de l'émigration anglaise par M. Smart. — Témoignage rendu aux colons français. — Commencement d'organisation de l'émigration belge.
Causes politiques et économiques de la grande immigration anglo-américaine : situation délicate des hommes d'Etat canadiens-français. — Ils laissent peu à peu s'abolir les droits officiels de la langue française. — Force des intérêts financiers : les agences d'immigration et surtout les Compagnies de transport, plus fortes que le ministère. — La formidable machine d'immigration : le ralentissement momentané de
Réponse aux objections de l'ancienne majorité libérale. — La moj'enne annuelle de 13.000 Français qui émigrent en divers pays. — L'aventure des Saint-Pierrais. — La législation fran-
çaise sur l'émigration. — Utilité de canaliser vers le Canada les courants français d'émigration. — Essais tardifs des « libéraux » canadiens.
La chute de sir Wilfrid Laurier (septembre 1911). — Le Canada s'éloigne de l'Amérique pour se rapprocher de l'Angleterre et par suite de la France. — Les « nationalistes » restent indépendants du gouvernement « conservateur ». — Dispositions du ministère Borden en fait de politique d'immigration.
30 L.v QUESTION FR.^Nç.usE. — L'iutérét de la France. — La grande utilité dune ligne maritime française joignant les deux paj-s.
Harmonie providentielle des intérêts entre la Nouvelle-France et son ancienne patrie.
De tous les problèmes qui se posent à la politique canadienne, l'un des plus épineux est assurément celui de l'émigration. Cet imme«se pays, presque aussi grand que l'Europe et peuplé seulement de sept millions d'habitants (une Europe, où il n'y aurait en tout et pour tout que la population de trois villes de Paris) a fait signe à grands gestes, de tous côtés, àl'Est comme à l'Ouest, aux foules d'émigrants, pour remplir ses solitudes, évidemment appelées à la plus brillante prospérité agricole et industrielle. Les foules accourent de plus en plus denses. Mais les nationaux commencent à résister.
Le 7 septembre 1907, à Vancouver, 600 émeutiers de race blanche pillèrent le quartier chinois et japonais, sur la nouvelle qu'un paquebot chargé d'émigrants nippons venait de partir d'Honolulu pour le Dominion, et cela un an après la traversée quasi triomphale que l'ambassadeur du Japon, le prince Fushimi, avait faite du Canada, de l'Est à l'Ouest. Les orateurs politiques qui sont venus par la suite à
toucher à la question, ont fait frémir cette région d'un profond sentiment de nationalisme canadien. En déGnitive, sir Wilfrid Laurier, qui cherchait activement à ouvrir à son pays le marché japonais, s'est engagé aussitôt à pajer les dommages de l'émeute de Vancouver, et il a dû envoyer, le 24 octobre, à Tokio, l'un de ses collègues les plus actifs du cabinet, M. Rodolphe Lemieux, pour arranger avec la puissante alliée de l'Angleterre la question de l'émigration.Le ministre japonais des Affaires étrangères, le vicomte Hayashi, s'est engagé, par lettre ofl&cielle du 23 décembre 1907, à « prendre des moyens efQcaces pour restreindre l'émigration au Canada » •. L'Est du pays, le Canada français n'avait pas attendu pour dessiner, plus pacifiquement, un mouvement analogue. Un an auparavant, en 1906, du sein même du parti « libéral » qui occupait le pouvoir depuis dix ans, du milieu de la majorité parlementaire, se détacha un député fédéral canadienfrançais, jeune, de belle mine, travailleur, d'une instruction solide, d'idées très élevées, de parole vibrante, d'un désintéressement au-dessus de tout soupçon : Henri Bourassa. Petit-fils du chef des patriotes de 1837, l'illustre Papineau, il rompit bruyamment avec l'opportunisme de ses amis politiques de la veille, pour se jeter dans une bouillante campagne contre ce qu'il regardait comme les abus de son propre parti.