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velle : « Envoj'ez-nous un prêtre digne de ce nom, qui sache construire un pont. »

Les médecins s'établiront en Canada s'ils ont le courage, même docteurs de la Faculté de Paris, de passer un examen canadien qui est obligatoire. Ils s'installeront dans les grandes villes s'ils se sentent cet autre courage d'affronter une effrayante concurrence : là il semble bien au passant que vraiment une plaque de médecin brille, toutes les deux portes ; c'est que le Canadien-Français montre de remarquables dispositions pour la médecine. Chaque année, plusieurs centaines déjeunes docteurs sortent des Universités françaises ou anglaises : les plus fortunés d'entre eux ont terminé leurs études à Paris, et attirent la clientèle par un double avantage, leur origine canadienne qui flatte le chauvinisme et le prestige qui accompagne toujours les revenants de Paris.

A l'Université canadienne-française de Montréal, nous avons vu pourvoir un docteur français d'une chaire de bactériologie, qu'il abandonna malheureusement peu après.

Aux médecins et aux chirurgiens, seuls entre tous, nous donnons le conseil de s'enfoncer dans cet Ouest canadien où les cités doublent en 2 ou 3 ans • — sous la condition expresse qu'ils possèdent très bien l'anglais.

Les vétérinaires sont bien plus désirés que les

1. Calgary 4.097 habitants en 1901. 43.736 en 1911 Edmonton 2 626 — 24 882 —

Winnipeg 42 340 — 135.440 — etc.

médecins au Canada, et il est telle région de colonisation qui en manque, où la plupart des colons se trouvent chacun à la tête de 7 ou 8 chevaux et de 30 à 40 vaches.

Nous en venons enfin aux architectes et aux ingénieurs. Les premiers trouveront peu d'occupations. Le Canada construit beaucoup, mais vite et à l'américaine, c'est-à-dire assez mal et, la plupart du temps, en se passant d'architecte. Les ingénieurs, même ceux qui apportent un titre français, doivent le confirmer aussi par un examen canadien, et se mettre dans l'esprit que les plus beaux diplômes de France en cette profession n'obtiennent là-bas aucun crédit particulier.

Ingénieurs et même architectes trouveront, lors des vacances de chaires, quelques postes de professeurs à « l'Ecole pol3'technique », école de génie civil rattachée à l'Université Laval de Montréal. C'est ainsi que M. Max Doumic y a professé pendant deux ans. Mais, par notre maladresse, nous avons laissé successivement les emplois de directeur et d'un certain nombre de professeurs passer de Français de France à des Belges.

Sur les bancs de ses élèves, cette école offrirait, si nous le voulions, un admirable foyerd'instruction à quelques-uns de nos fils. Ce nom d'Ecole polytechnique ne doit pas effraj-er un jeune Français, car les candidats qui prennent part au concours d'entrée sont à peine plus nombreux que les places. Le concours, auquel on peut se présenter à partir de 16 ans,

comprend un petit examen de mathématiques de deux niveaux ditTérents de difficultés, selon que l'on entend passer 4 ou 3 ans à l'école, en qualité d'externe. Il ne peut donc s'agir que de jeunes gens sérieux, qui trouveront facilement d'ailleurs un certain nombre d'intérieurs de famille pour s'ouvrir à eux avec la charmante cordialité canadienne. Les 4 mois de vacances, de mai à septembre, pourront être employés par les plus énergiques dans les travaux d'arpentage qui ne manqueront point de leur être proposés par de grandes Compagnies et leur seront payés 100 dollars, c'est-à-dire 500 francs par mois. Les hommes d'Etat de la province de Québec me disaient qu'il n'y avait point d'exemple, depuis quinze ans, qu'un élève de l'Ecole polytechnique n'eût pas, avant même de sortir, une place assurée comme ingénieur civil dans une des immenses Compagnies de chemins de fer, telles que le « Ci-pi-ar », comme l'on dit, ou le Canadian Pacific Railway^ qui a la grande ligne interocéanique actuelle de 5.000 kilomètres, ou le Grand Tronc Pacifique, qui est en train d'en construire une à son tour — ou bien qu'il ne soit engagé dans les bureaux du gouvernement à Ottawa, et, selon l'expression canadienne, toujours avec un bon « salaire ».

Les carrières commerciales demandent , tout comme les carrières libérales, que l'on ne s'y jette pas au hasard en Canada.

La représentation du commerce français n'est point facile, en raison de la concurrence anglaise ou indigène.

Le traité de commerce franco-canadien, signé en 1907, favorise nos échanges avec notre ancienne colonie ; il faut souhaiter seulement que le Canada n'en diminue point les avantages à force de les étendre à d'autres nations.

Pour ce qui est de nous, nous éprouvons une grande joie de ce que notre grande Compagnie transatlantique française ait enfin abouti à mettre à flot une ligne française allant directement du Havre au Canada, ce qui déchargera sa ligne de New-York et fera faire un progrès aux échanges franco-canadiens, que s'est déjà si bien appliquée à développer la Chambre de commerce française de Montréal ^.

Pour le commerce proprement dit, je ne vois guère qu'un cas, sauf circonstance particulière, où il est sûr de réaliser des bénéfices, c'est quand il peut arriver à temps dans de nouvelles régions de colonisation pour fonder une maison de magasins généraux, c'est-à-dire l'une de ces épiceries-bazars, où le colon trouve tout, depuis une charrue pour lui jusqu'à un paquet d'aiguilles pour sa femme.

Dans les mêmes régions, le commerce d'argent ou la banque peut à bon droit séduire des Français. Dans les villes- ' ceux-^ nt une cause certaine d'infériorité en^' ^"^ prudence tiye qui leur fait chérir

j çf. - plus haut, p. 251-252,

et conseiller les placements « de père de famille », tandis que tous leurs concurrents ne craignent point de perdre chacun leur million, quittes à en regagner un ou plusieurs autres ensuite par tous les moyens, et de fins observateurs remarquent que l'Amérique est aussi facile sur la question d'argent que la France sur la question de mœurs *.

Dans les régions de colonisation, les Français peuvent faire des placements à la fois sûrs et avantageux, car le prêt aux colons, qui s'élève couramment à 8 0/0, est légalement assimilé à un titre de première hypothèque ; l'argent court un très faible risque, les emprunteurs étant presque toujours des hommes jeunes, bien portants, actifs et énergiques. Nous connaissons des paj's nouvellement ouverts où le banquier aurait besoin de nouveaux fonds qui rapporteraient à leurs bailleurs de France 7 du cent — d'autres pays qui ne possèdent même pas de banquiers.

La question des ouvriers et des domestiques peut se traiter en peu de mots...., tout comme celle des gens heureux.

Qu'il soit domestique de ferme, bûcheron dans la forêt, en « chantier », comme l'on dit, — embauché dans une usine ou même simple journalier, louvrier reçoit toujours un minimum de salaire de 1 dollar,

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