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COLONISATION FHANÇAISE 267

Des cuisinières surtout recevront facilement des gages très élevés : c'est que la cuisine française est reine du monde ; elle est particulièrement appréciée à côté de la cuisine anglaise, qui ne fait, comme l'on sait, que commencer à préparer les aliments, le consommateur devant prouver son esprit de liberté et dinitiative, en achevant lui-même la besogne, grâce aux multiples ingrédients que Ton dresse en couronne autour de son assiette. Quant à la pâtisserie, au Canada, elle défie toute description, évoquant tour à tour, certaines fois, la colle de pâte, la gelée de pied de veau ou la teinture d'iode. Donc un ménage de domestiques, par exemple, qui aura pu laisser ses grands enfants en France, gagnera au Canada ce qu'il voudra, et nous ne craignons pas de dire que, seuls parmi tous les immigrants français, les domestiques (ne le clamons pas trop haut devant les nôtres) pourront rapporter en France, au bout de peu d'années, une petite fortune.

Nous en venons enfin aux colons proprement dits, c'est-à-dire aux cultivateurs de la terre.

Cette matière nous semble régie par trois principes, que nous ignorions totalement au départ, mais dont nous ont profnodément convaincu nos multiples observations sur place.

Le l^''est absolu et applicable à tout colon, quelle que soit la classe de la société à laquelle il appartienne : Ne doivent aller coloniser que les

HOMMES OU LES FEMMES DOUÉS d'uNE TRÈS GRANDE

ÉNERGIE. Car tous devront mettre la main à la pâte, les hommes au manche de la charrue, les femmes au pis des vaches ou à la queue des casseroles. Nous connaissons un tout jeune homme, appartenant à la noblesse française, qui doit promener chaque jour les sept chevaux de son père, et non seulement les promener, mais les changer de litière. Une famille, noble également, installée dans le Far West, reçoit aimablement à dîner les compatriotes qui viennent jusqu'à son domaine : les hommes sont en smoking (ce que les Anglais d'ailleurs appellent toxedo), la mère et les filles en « robe ouverte », mais chacune de celles-ci, tour à tour, va chercher à la cuisine le plat qu'elle a confectionné. Telles sont les mœurs courantes.

Les petits jeunes gens français mous et flasques qui n'ont pas réussi en France, faute d'énergie, sont donc nettement contre-indiqués pour faire de bons colons : ceux-là ne devraient jamais s'embarquer. Il n'est point rare d'en rencontrer sur les bateaux de retour, amèrement déçus et médisant du Canada parce qu'ils y étaient partis, sur la foi d'un prospectus ou d'un on-dit, pour faire fortune en quelques années dans l'élevage des poules, des lapins ou des moutons.

2® Principe : Ne pas croire qu'il soit possible

AU CANADA DE DIRIGER DE HAUT OU DE LOIN SA CUL- TURE. Quelques centaines de milliers de francs jetés dans un grand domaine ne sont rien là-bas, si l'on

n'exerce point une surveillance attentive et constante, si Ton ne s'oblige point à être le premier de ses serviteurs : ainsi connaissons-nous un grand éleveur de l'Ouest, qui, à 50 ans, passe de 10 à 12 heures à cheval, chaque jour, dans son « ranch » pour surveiller ses énormes troupeaux de chevaux.

Nous savons très bien qu'un propriétaire gagnerait sérieusement en France s'il s'imposait de pareilles contraintes : mais combien dans les classes élevées ont le courage de le faire ? Chez nous ce n'est malheureusement pas encore regardé comme « chic », mais c'est déjà considéré comme possible de s'asseoir sur le siège de la « faucheuse », ou du râteau à cheval, ou bien de présider au pansage quotidien, tandis qu'au Canada c'est la loi ; et qui plus est, un colon, en le faisant, est parfaitement approuvé par ses amis de France qui trouvent... de loin, une certaine saveur à ce rude genre de vie.

Il s'agit, en somme, de faire àprement et énergiquement rapporter ses capitaux, et l'on arrive bien alors à les faire rapporter là-bas deux fois plus qu'en France.

3° Ne pas croire que, au bout de dix a quinze

ANS DE CANADA, l'oN POURRA RÉALISER ET VENIR

PLANTER SES CHOUX EN France OU plutôt s'y reposer de ceux que l'on aura plantés dans la Nouvelle- France.

C'est une erreur, que nous avons partagée avant d'aller sur les lieux, et l'on comprend que c'en soit une : la propriété n'a pas de valeur dans un pays

neuf, aussi quand vous voudrez vendre votre domaine, vous ne trouverez pas d'amateurs, à moins que vous ne le cédiez avec un rabais de la moitié ou des deux tiers de sa valeur. Vous êtes là pour votre vie et vous y serez continué par vos enfants, qui le seront eux-mêmes par les leurs.

— Mais alors c'est un enterrement complet et une séparation définitive d'avec la France? — Pas le moins du monde : au bout de quelques années vous trouverez un fils ou un frère, un domestique de confiance ou un voisin, qui se chargera de faire votre moisson, et ainsi vous pourrez, tous les deux ou trois ans, venir passer quelques mois, en France, pour le plaisir de votre cœur et de votre esprit comme pour vos affaires, et vous prélèverez, de temps à autre, une part sur votre large gain pour maintenir serré le lien avec la mère patrie. L'on trouve sur les transatlantiques, avec les ratés de la colonisation, plus d'un colon prospère qui revient ainsi reprendre, comme l'on dit, l'air du pays.

Naturellement on le fera d'autant plus facilement que l'on ne sera pas installé trop loin. Ainsi se pose la dernière question pratique, qui est peut-être la première à résoudre :

Dans quelle région du canada faut-il coloniser ?

La question est loin d'être oiseuse, le Canada ayant, comme Ton sait, 5.000 kilomètres de large et

étant grand comme l'Europe moins l'Italie. Un Américain qui viendrait s'établir en Europe, n'en étudierait-il pas avec soin les différentes régions, pour savoir s'il élira domicile en Suède ou en Portugal, en Bretagne ou en Crimée?

Il existe en réalité deux Canadas, qui semblent séparés plus qu'unis par les grands lacs : le Canada de l'Ouest et le Canada de l'Est — à lEst le Bas- Canada ou Canada français, à l'Ouest le Canada anglo-américain. Pour arriver dans celui-ci ou pour en sortir il faut deux fois plus de temps et d'argent : il est nécessaire de compter, à partir de la côte, 3, 4, 5, 6 ou 7 jours de chemin de fer et autant de nuits. Un grand éleveur du pied des Rocheuses nous disait qu il fallait autant de temps à une de ses lettres de France pour aller de France à Montréal, que pour arriver de Montréal jusque chez lui : chez lui, c'est-à-dire à son bureau de poste, puisque nulle part, dans la campagne canadienne, le service postal à domicile n'est encore organisé; il faisait donc 80 milles, soit 125 kilomètres à cheval pour aller chercher une lettre partie de France 22 jours auparavant, et si le courrier avait subi un retard quelconque, il refaisait « bredouille » ses 80 milles du retour. Cela, c'est vraiment l'exil.

Nous n'avons aucun parti pris pour éloigner les colons français, de l'Ouest où les attirent les promesses de tant de brillants prospectus. Nous connaissons des colons français qui s'y plaisent, à condition d'avoir choisi l'un des nombreux petits

centres français où se groupent nos compatriotes. L'on prend une idée exacte et frappante de ces centres en jetant un coup d'œil sur les diverses cartes n° 29 de l'Atlas publié en 1907 par le gouvernement fédéral du Dominion : elles devraient obligatoirement passer sous les yeux de tous les candidats à la colonisation canadienne ; ils y verraient la couleur mauve, choisie parle géographe, M. James White, pour indiquer les pays de langue française, empreindre largement et continûment les deux rives du Saint-Laurent depuis la mer jusqu'à Montréal, puis se raréfier dans l'Ontario au milieu des larges étendues roses qui figurent les régions de langue anglaise, former encore un beau carré autour de Saint-Boniface, mais ne plus donner qu'une dizaine de colonies dans le reste du Manitoba et dans la Saskatchewan, et enfin, après un dernier carré et quelques îlots perdus dans l'Alberta, disparaître complètement dans la Colombie britannique intégralement teintée de rose.

J'ai vu, venant d'une de ces avant-gardes françaises, un colon qui y était arrivé, il y a peu d'années, simple journalier de Seine-et-Oise, ayant dû le prix du passage, tellement il était dénué de ressources, à la générosité de son parrain. Il m'a établi son budget actuel, d'où il ressort qu'il gagne chaque année 15.000 francs et que, après s'être nourri et habillé, lui, sa femme, ses trois enfants en bas âge et ses domestiques, il met chaque année 10.000 francs de côté. Il est vrai qu'il avait peu de

linge et que les enfants à bord le prenaient pour un « pauvre ». Que l'on dise le nombre de gens en France qui font annuellement une telle épargne !

Ce qui tente par-dessus tout les colons, dans l'Ouest, et ce que Ion s'entend à faire miroiter à leurs yeux, c'est la facilité de culture de la Prairie. Mais il convient de faire attention que cette prairie s'épuisera sans doute comme celle toute voisine des Etats-Unis, ce qui explique le perpétuel exode des habitants de ce grand pays, franchissant, pour passer au Canada, le 45* degré de latitude, frontière factice entre ces deux régions de constitution géologique analogue.

De plus, le froid dans l'Ouest est plus vif, en même temps que cette partie du Dominion manque de bois. L'on se chauffe au charbon de terre, et quand l'hiver est trop mauvais pour que l'on puisse en faire une provision suffisante, l'on souffre cruellement. Dans l'hiver de 1906-1907, quand nous avions 30 degrés de froid à Montréal, il y en avait 50 au delà de Winnipeg, et plus d'un habitant mourut de froid, sans compter le grand nombre de membres si facilement gelés.

Enfin, avec l'accroissement et quelquefois le doublement de la distance, l'on peut dire, sans rien exagérer, que choisir l'Ouest pour coloniser, c'est vraiment s'exiler deux fois.

L'Est du Canada a évidemment la Forêt, qui est dure à défricher, mais qui présente un profond humus noir séculaire, d'où les moissons ne deman-

dent qu'à jaillir. Le bois lui-même présente des ressources infiniment précieuses : le chauffage à discrétion dans ce pays qui gèle la moitié de l'année ; l'abondance des matériaux de construction pour les maisons, les ponts, etc. ; les « chantiers » pendant l'hiver, qui offrent au colon des débouchés de consommation pour sa viande ou son foin, ou même de travail s'il a besoin lui-même de s'y employer, les « moulins à bois » ou scieries, et les pulperies, où il trouvera à s'embaucher pour 5 à 8 francs par jour, et que font de plus en plus travailler les Etats-Unis après l'épuisement, pour leur papier, de leur propre stock de bois.

Et ce n'est pas tout ; nous parlons plus loin du sucre d'érable, qui rapporte, en 8 ou 10 jours, 1.500 à 2.000 francs en moyenne aux colons de la province de Québec. Il faut joindre la récolte du « beluet », c'est-à-dire du myrtil, qui, dans toutes les régions forestières où la chose est organisée, donne, sans aucune préparation, de 3 à 4.000 francs, pendant la seconde quinzaine de juillet.

Dans le Bas-Canada, contrairement aux provinces de l'Ouest, il n'est pas nécessaire d'être naturalisé, ce qui est considéré comme un avantage par bien des Français un peu sentimentaux, et vraiment cette région nous donne un peu l'air de la France, quand nous y retrouvons notre langue, agrémentée de quelques accents circonflexes en plus (« leFrançââ » et « le petit char »...), notre religion, nos traditions, notre gaieté encore plus franche, nos chansons trans-

posées la plupart en un mode plus joyeux — comme chanson nationale cette jolie et simple « Claire Fontaine », si connue dans notre Ouest français, et partout l'amour, la passion de la France.

Oui, en vérité, le Bas-Canada est deux fois plus près de la France par la distance : il est cent fois plus près par l'atmosphère si française que Ton y respire.

Il nous reste à caractériser en quelques mots chacune des trois régions ouvertes à la colonisation dans la province de Québec.

Cette « province », qui n'a rien de commun pour les dimensions avec nos « provinces » de France, la Bourgogne, le Berri ou la Touraine, est grande comme la France et l'Allemagne réunies. Or, l'on sait que la France et l'Allemagne comptent ensemble 90 millions d'habitants, et la province de Québec en a 2 millions.

En allant de l'Est à l'Ouest, cest-à-dire en s'éloignant progressivement de la France, cette province compte trois régions qui ont été ouvertes à la colonisation : le Lac-Saint-Jean, le Nominingue et le Témiscamingue.

A. — Le Lac-Saint-Jean.

La région du Lac- Saint- Jean, j'ai voulu aller la visiter moi-même en détail. Elle comprend 8 millions d'hectares, qui ne portent que 70.0§0 habitants. En

général, les meilleurs lots sont déjà pris, mais il y en a encore de bons à prendre, en cherchant bien et en profitant des bonnes occasions qui peuvent surgir.

Partout j'ai entendu répéter un double dicton qui marque bien les aptitudes spéciales des deux rameaux de la même race : « Le Canadien est défricheur, le Français est cultivateur. » Le Canadien, qui défriche depuis quatre siècles, ne peut plus se passer de le faire, et il attaque avec succès la forêt, sans jamais se décourager : l'on me racontait même là que, lorsqu'il cause avec vous, si l'entretien se prolonge un peu, on voit sa main qui peu à peu s'agite, décroche de sa ceinture la hachette qui y est fixée et se met à entailler vos propres arbres ! c'est plus fort que lui, il ne peut pas voir des arbres sans songer à les abattre. Il y a donc avantage en général à faire défricher son lot de forêt par la maind'œuvre canadienne.

Le Français vient ensuite et excelle à cultiver, à une condition toutefois, c'est que, avant tout, il ne se décourage pas au commencement. Là est notre point faible. Il n'y a qu'une voix au Canada sur notre facilité de découragement durant les premières années. Avec notre manie de tout faire parfaitement — et partout comme en France — nous prétendons avoir tout de suite un beau champ bien uni comme ceux de la Beauce, ce qui est méconnaître absolument l'âge des deux pays : dans celui-là il faut se résigner à labourer parmi les creux et les bosses, au

milieu des souches séculaires que l'on enlèvera une à une par beaucoup d'efl'orts ou bien par l'ingénieuse machine appelée l'ésoucheuse et que suffit à faire fonctionner un seul cheval canadien. J'ai vu des champs qui se trouvent dans tous les degrés de l'avancement successif et historique, et qui m'ont donné une véritable vision de ce qu'ont été fatalement les champs de notre France dans le haut moyen âge, avant que la charrue ait passé et repassé des milliers de fois pour en raboter la surface.

Bien ou mal rabotés, les champs du Lac-Saint- Jean donnent, en blé ou en avoine, de magnifiques moissons. De plus, l'industrie laitière y est parfaitement organisée.

Nous avons tenu à aller frapper à toutes les cabanes de colons français établis, dans tout le nord du lac, sur le bord de la forêt, et partout nous avons rencontré des gens satisfaits, exprimant ce contentement, chacun suivant sa nature, mais ne regrettant rien, parce qu'ils gagnent, parce qu'ils donnent tous leur plein d'énergie et que, dans un pays où l'Etat s'aperçoit au minimum, ils se sentent libres.

Le premier chez qui j'allai frapper en quittant Roberval, la jeune capitale du paj-s, m'accueillit par cette exclamation imprévue : « Nous voilà entre intellectuels ! » C'est qu'il était un ancien employé du iCabinet des Estampes delà Bibliothèque Nationale, marié à une employée des postes de Paris. Ils

avaient commencé par aller s'installer dans l'Ouest qui les avait lassés par son atmosphère uniquement anglaise ; ils avaient même craint que leur nom bien français ne vînt à sombrer, tellement il était écorché par des dents anglaises. Ces repentis de l'Ouest étaient donc revenus dans l'Est sur les bords du lac Saint-Jean, et là, au milieu des Canadiens- Français qui, eux, laissaient bien à leur nom de famille sa physionomie française, entourés de leurs deux fils et de leurs cinq filles, ils cultivent un lot situé dans un endroit très pittoresque, comme ceux choisis par la plupart de nos compatriotes; j'ai fait, par une belle tempête de neige, le tourde ce domaine, qui est en excellent état : le père le destine à son fils aîné, qui travaille avec lui, et il commençait alors à défricher un lot voisin pour son cadet qui avait 12 ans et dont il était fier : l'enfant commençait à abattre tout seul des arbres gros comme un bras. La fille aînée est fort bien mariée dans le pays.

Cet excellent homme, qui sent en effet son « intellectuel » et parle à merveille, voulut absolument nous retenir à déjeuner, moi, mon fils, mon cocher et mon cheval, et il me disait, l'œil un peu humide : « Ça me fait bien quelque chose quand je vois un Français comme vous, mais nous retournons de temps en temps au pays, ma femme ou moi, et puis, quand je vois ma femme et tous mes enfants contents et bien portants autour de ma table, je me dis : voilà mon bonheur et ma France, m

Ceci n'est point une idylle sortie d'une imagination d'écrivain, mais bien une réalité forte dont je me suis assuré, en la vivant tout un jour.

Le tour complet du lac m'a révélé les plus beaux cours d'eau que j'aie jamais vus nulle part, de vrais fleuves qui, courant dans les roches grises, roses ou lilas, ont des précipitations de torrents, par exemple, la Charaachouan appelée par les braves Canadiens la Saint-Machouan) et la Mislassibi.

Sur le bord de la Mistassini, affluent de cette dernière, l'on est reçu par des Trappistes canadiens et français, qui ont fondé là la paroisse la plus septentrionale.

A peu de distance, j'ai vu une scierie mue par l'une des chutes de la Petite Péribonka, l'une des si nombreuses forces hydrauliques de cette région, la plupart encore inutilisées, et que l'on estime former autour du lac Saint-Jean un ensemble d'environ 650.000 chevaux-vapeur

Un peu plus loin, je fus visiter la belle ferme-école des Frères français de Saint François-Régis, qui acceptent à bon compte de jeunes Français comme stagiaires d'agriculture.

La dernière maison de bois où j'allai frapper, joliment ouvragée d'une galerie à balustre et dominant de quelques centaines de pieds une admirable chute, était occupée par un palefrenier de Saône-et- Loire et sa famille. Il me déclara qu'il s'était parfaitement accoutumé à sa nouvelle vie : une seule chose lui avait réellement coûté, à ce Bourguignon,

c'était de remplacer le vin par le thé, cet « éternel thé », auquel il était bien fait à présent.

Comme je lui demandais s'il était en bons termes avec ses voisins canadiens : « Les plus proches sont à 12 kilomètres, me répondit-il, mais ils se réunissent souvent chez moi le dimanche et ils me disent : « Racontez-nous donc de l'histoire de France ! parlez-nous d'Elle, de Napoléon, de Louis XIV, de Jeanne d'Arc !... » En vérité, cette province de Québec est-elle restée assez française, etparée d'une fleur d'idéalisme que nos paysans français, hélas ! n'ont plus toujours !

B. — Le Nominingiie.

La 2^ région de colonisation, le Nominingue, s'étend au nord de Montréal. C'est un admirable pays de pêche et de chasse, comme la région du Lac- Saint- Jean d'ailleurs : la perdrix, qui se fait rare au Canada, y abonde, et j'y ai connu un colon canadien qui, en prenant son café sur sa terrasse au bord d'un lac, pouvait couramment abattre les chevreuils qui y venaient boire. La terre est également bonne, mais, pour dire la vérité, le Nominingue a causé beaucoup de déceptions par la quantité de rochers qui affleurent au sol.

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