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CHAPITRE V

LES PREMIERS HOMMES. — LÀ PÉRIODE QUATERNAIRE. — l'époque SOLUTRÉENNE

Le temps imperturbable s'écoule toujours : la nature poursuit sa transformationincessante. De plus en plus rares se font les animaux disparus aujourd'hui, qui se réfugient dans le sud de notre pays, au pied de la grande chaîne pyrénéenne et sur les bords de la Méditerranée bleue. Les fleuves etles rivières, creusant davantage leur lit, coulent au milieu de vallées plus larges;lesols'élèvelentement, tandis que la température s'abaisse d'une façon correspondante; il fait plus froid, mais plus sec ; aussi les grands glaciers diminuent-ils très sensiblement. Dans ces vastes vallées, sur les plateaux à perte de vue, croît une végétation herbacée, durcie par la brise, qui fournit une abondante pâture à d'immenses troupeaux de petits chevaux velus, aux crins ébouriffée et à grosse tête (les ancêtres de la race ardennaise). Les bisons d'Europe (aurochs), avec leur rude pelage, les bœufs primitifs (urus) ne manquent pas non plus. Parini les cervidés, le grand cerf d'Irlande se rencontre moins souvent, mais en revanche, les rennes se multiplient sous cet âpre climat qm convient par-

faitement à leur nature. Le mammouth résiste encore ; toutefois, si le froid n'a pas de prise sur cet énorme éléphant poilu, la végétation moins féconde offre à son formidable appétit des ressources plus restreintes et la réduction des moyens d'existence nuit à la reproduction du gigantesque proboscidien.

Le grand félin émigré dans le Midi et laisse désormais le champ libre aux ours qui se plaisent au milieu de cette nature austère et qui trouvent, dans les nombreux herbivores des vallées et des steppes, une proie succulente. Les hyènes, les loups, les renards continuent leurs chasses, rendues plus ardentes par la faim qu'excite chez eux la rigueur de la température.

Qu'il est triste dans sa grandeur sévère le paysage de cette époque si reculée! Le vent souffle aigre et froid, à travers une plaine immense, courbant les grandes herbes sur son chemin ; des sons lamentables, tantôt faibles comme des soupirs, tantôt déchirants comme des sanglots, passent dans l'espace. Le ciel est gris ; le soleil est pâle et sans cesse disparaît, caché par les grandes nuées qui voilent l'atmosphère ; les eaux des rivières sont ternes et sans reflet; les arbres et les plantes n'ont plus ces teintes vertes et gaies des clhnats tièdes, mais affectent des tons sombres ou jaunis. Certes, il ne fait pas bon vivre au milieu de cette nature lugubre, et, pour résister à ce changement défavorable dans les conditions de l'existence, une énergie et un ressort infrangibles sont devenus absolument nécessaires.

La lutte pour la vie est plus pénible que jamais. Pas un jour, pas une heure il ne faut s'abandonner au découragement ou à la nonchalance. A peine vêtu, grelottant autour d'un feu qui le défend médiocrement des âpres baisers de la bise, mal armé pour la chasse et la bataille contre les animaux féroces, l'homme, s'il ne veut périr, doit réagir avec vaillance et obstination contre les obstacles qui, partout, menacent de l'arrêter dans son évolution progressive. Ce devoir envers lui-même et envers sa race il ne le méconnaît point; il saura se mettre à la hauteur des circonstances nouvelles,et des combats qu'il va livrer à la nature implacable il sortira vainqueur.

Les liens sociaux se resserrent chaque jour davantage sous l'action des difficultés croissantes de la vie. La tribu commence à se constituer à peu près définitivement, avec ses institutions jalouses et exclusives. C'est que si, d'ime part, Tunion et la commu- • nauté des efforts rendent ceux-ci plus puissants et plus efficaces, d'autre part il importe de ne pas se laisser ravir par des concurrents les moyens d'existence devenus moins abondants et plus malaisés à se procurer. Chaque tribu veut jouir sans partage du territoire où elle se livre à ses grandes chasses ; qu'un autre groupe humain y pénètre et y abatte aussiles animaux qui s'y trouvent, voilà les ressources des premiers occupants considérablement dhninuées; la faim cruelle se fait sentir à cette petite société, dont les besoins sont plus variés et plus impérieux sous ce climat sévère. Il faut que personne n'em-

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piète sur son domaine; malheur donc aux envahisseurs, s'ils se trouvent être moins nombreux et moins forts.

La guerre fait son apparition dans le monde, la guerre véritable avec ses longues haines, avec ses embûches de loin préparées, avec sâférocité indomptable. Ce ne sont plus ces batailles momentanées que deux bandes fortuitement opposées l'une à l'autre engageaient autrefois pour la possession du corps de quelque éléphant et où les vaincus se consolaient promptement en attrapant d'autre gibier et en se transportant à quelques pas de là. Aujourd'hui c'est une question de vie ou de mort, ou tout au moins de bien-être relatif ou de misère atroce qu'il s'agit de résoudre entre les tribus rivales et ennemies.

Mais le caprice ou l'envie n'est pas toujours la cause de l'envahissement des terrains de chasse du voism. Une tribu, placée dans des conditions parUcu- Uerement favorables à son développement, s'accroît àxme façon notable : les enfants naissent plus nombreux, s'élèvent sans trop de difficulté et, arrivés à l'âge adulte, augmentent à la fois la force et les exi gences du corps social. Le territoire qui fournissait naguère assez de gibier pour la nourriture de tout le monde est désormais trop exigu; les animaux se font rares sous ces appétits considérablement multipliés : il en faut absolument chercher ailleurs C*est alors que les chasses s'étendent au delà des limites habitueîlcs, que l'on envahit le domaine d'une autre tribu.

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Un jour, deux troupes en quête de chevaux, de bisons ou de rennes, se sont rencontrées face à face : Tune, qui se trouvait dans un lieu où elle avait coutume de traquer et d'abattre en paix les bêtes sauvages qu'elle considère comme son bien, s'étonne d'abord et s'irrite bientôt à la vue de l'autre qui pénètre aussi insolemment dans une région où elle n'a aucun droit de chasser. La seconde troupe, de son côté, n'est pas moins vexée de constater que, là où elle se promettait de faire un butin facile et abondant, il va lui falloir compter avec d'autres. La colère est prompte à naître dans ces âmes farouches, et une querelle violente éclate aussitôt entre les deux bandes de chasseurs.

Bien que nées sous le même climat, dans une même région, et, qui sait, issues d'ancêtres communs, les deux tribus ne se connaissent pas, parlent chacune un dialecte différent, à peu près incompréhensible à l'autre; aucune entente préalable ne peut avoir lieu : déjà, l'étranger c'est l'ennemi.

Les deux troupes se ruent l'une sur l'autre en s'injuriant; les dards sont lancés avec rage, non pas cette fois sur une proie qui fuit, mais sur des hommes; on s'aborde, les lances brandies; on se frappe, on se prend corps à corps, la hache de pierre ou la massue au poing; le sang coule, des membres sont brisés, des crânes fendus. Les intrus moins nombreux, plus éloignés du centre de la tribu que les premiers occupants, sont enfin repoussés, laissantles cadavres de deux ou trois de leurs compagnons

sur le champ de bataille, mais emmenant avec eux leurs blessés. Les vainqueurs n'ontpas été moins rudement éprouvés et, quoique fiers de leur succès, reviennent au gîte avec les corps sans vie de quelques-uns d'entre eux et plusieurs blessés aussi.

La guerre est déclarée : dès lors, les hostilités se continuent sans relâche. Les vaincus de la première rencontre ont voulu prendre leur revanche ; ils sont revenus en force sur les territoires de chasse de leurs adversaires, qui, effrayés du grand nombre d'ennemis qu'ils auraient à repousser, les ont laissés cette fois, non sans fureur sourde et rancœur amer, poursuivre et tuer leur gibier. Mais les envahisseurs ont été suivis de loin jusqu'à leur campement. On sait à présent où ils habitent; quelques guerriers hardis, agiles et vigoureux, se glissent dans les grandes herbes et sous les broussailles, guettant l'instant propice à une attaque subite. Un matin, le gros de la bande est reparti en chasse, laissant femmes, enfants et vieillards sous la garde d'un petit nombre d'entre eux. L'occasion parait bien choisie pour tirer vengeance des rapines dernières, et quand les chasseurs sont bien loin, hors de portée de la voix, quand les membres de la tribu demeurés au logis vaquent sans inquiétude à leurs occupations domestiques, les guerriers de la tribu ennemie surgissent en hurlant et se précipitent sur ces gens sans défense. Une lutte inégale s'engage entre les hommes valides restés pour défendre le camp et les agresseurs. Ceux-ci ont l'avantage du nombre, et tandis qu'une

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partie des assaillants tient les premiers en respect et se bat avec eux, les autres courent sus aux femmes et aux vieillards, frappent de la lance et de la hache ceux qu'ils atteignent, mettent en fuite et dispersent le reste, saccagent tout, font main basse sur les peaux préparées, sur les réserves d'armes et d'outils, sur les provisions, et se retirent enfin fiers et satisfaits d'avoir puni ainsi la tribu qui était venue leur disputer leurs antique» terrains de chasse.

Triomphe éphémère bientôt suivi de calamités poignantes. A leur retour, les chasseurs de la grande tribu trouvent leurs familles et leurs amis épouvantés de la surprise dont ils ont été victimes. Une rage indicible remplit tous les cœurs et entretient chez tous le désir ardent d'une vengeance prompte et éclatante. Il est bien tard pour se mettre sur l'heure à la poursuite des ennemis qui ont d'ailleurs une avance considérable. Mais il ne sera point difficile de les retrouver au premier jour et qjiand on le voudra. La chasse a été bonne : cependanty au lieu de faire un festin, au lieu de se gorger de chair de cheval ou de bison, on ne songera plus qu'à reprendre des forces, à préparer des rmaes pour rendre dent pour dent et sang pour sang aux agresseur» de la journée.

Quelque temps se* passe. Puis, lorsque tout le monde est en vigueur, lorsque chaque guerrier a une bonne lance et de bon sjavelotsà pointes de silex aiguës et tranchantes, une hache ou une masque formidable, la campagne commence. Les fem-

mes, les enfants, les vieillards vont se réfugierez une place sûre, quelque grotte ou quelque abri sous roche où la défense sera facile. La petite armée se met en marche et pénètre résolument dans la contrée où Ton sait que se trouve la tribu ennemie. A son tour, une poignée de chasseurs appartenant à celle-ci est surprise, entourée et massacrée sans pitié. La recherche de Tennemi se poursuit. La nuit venue, au lieu de rentrer au campement, on s'arrête en quelque endroit bien choisi où Ton bivouaque jusqu'à Faube et l'on se remet en quête^ non pas d'un troupeau de rennes ou de chevaux, mais de ces hommes que l'on hait à l'égal des loups ou des ours. Comme ils sont sur leurs gardes, il est difficile de les rencontrer, car ils savent qu'ils ne pourraient résister au nombre. Alors, commence une guerre d'embuscades, guerre féroce, impla* cable. A la fin, la tribu la moins forte ne peut plus résister. Elle cède la place, et poursuivie avec acharnement à travers les steppes des hauts plateaux, elle ne trouve un refuge un peu sûr que dans les montagnes.

Là, une vallée étroite et abrupte, arrosée par un torrent qui gronde en sautant de rocher en rocher^ dominée par des cimes neigeuses et entourée de hautes pentes couvertes d'épaisses forêts, offre un abri aux fugitifs décimés par un ennemi intraitable. Celui-ci a perdu la trace de la tribu vaincue ; satisfait, d'ailleurs, de l'avoir chassée des grasses prairies où paissent en grand nombre les herbivores à la

chair savoureuse, îl ne tient guère à pénétrer à sa sui<^ dans les ravins et les halliers, hantés par les bêtes féroces; il ne songe plus à elle que pour prendre quelques précautions contre un retour offensif de sa part.

L'état de guerre permanent dans lequel vivaient nos sauvages ancêtres, aussi bien que la rudesse du climat, ne contribua pas médiocrement aux progrès sociaux et industriels des hommes de l'époque quaternaire. Il n'y avait plus moyen pour eux de vivre au jour le jour, se gavant, s'emplissant de nourriture a:u retour d'une chasse heureuse et ne repartant en expédition que pressés par l'aiguillon du besoin. U fallait songer davantage à l'avenir, avoir une certaine prévoyance et moins s'abandonner au hasard ou aux propres caprices de ces imaginations enfantines. La force et la vaillance dans le combat, la ruse etlaânesse dans les embuscades tendues à l'ennemi, l'adresse dans le maniement des armes constituèrent bien vite une espèce de hiérarchie. Ce ne fut plus seulement la supériorité des mâles adultes sur les faibles, femmes, enfants et vieillards, qui créa l'autorité dans la tribu, mais les guerriers entre eux en arrivèrent à se soumettre à des chefs, c'est-à-dire à ceux des leurs qui firent preuve de facultés puissantes dans les expéditions de guerre et de chasse.

Ces chefs mieux nourris, puisqu'ils se faisaient la part du lion dans la distribution du gibier, entraînés par l'exercice constant de leurs quaUtés distinctives,

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finirent par donner naissance à une aristocratie,à une véritable classe dirigeante dont les droits à la suprématie furent sans doute bientôt considérés comme d'origine surnaturelle. L'intelligence plus grande de ces chefs leur permettant de prédire des événements que l'esprit plus borné du vulgaire ne savait point prévoir, peut être aussi certaines observations empiriques sur les phénomènes de la nature et les mœurs des animaux, transmises secrètement de père en fils, donnèrent à l'autorité de ces individus mieux doués un caractère que nous n'osons appeler encore religieux, mais que nous pourrions presque nommer magique. Le prêtre et le roi ne sont pas encore apparus dans la vie sociale, mais le sorcier et le chef de tribu, confondus souvent en une seule personne, commencent à exercer leur empire sur les habitants de la France au milieu de l'époque quaternaire.

L'outiUage se perfectionne en même temps que l'intelligence; les pointes de silex, au lieu d'être grossièrement façonnées à grands coups de percuteur et sommairement retaillées pour acquérir une sorte de tranchant, sont plus soigneusement travaillées ; elles prennent l'aspect élégant d'une feuille de laurier ; tout en perdant de leur épaisseur sur certains points, elles deviennent plus homogènes, plus égales partout et, en conséquence, mieux adaptées à l'usage auquel elles sont destinées . Une amélioration importante est même apportée dans la forme des pointes de lance et de

flèche : la soie ou le pédoncule qui sert à Temmancher dans les tiges de bois fait son apparition. La surface de ces objets est presque égalisée par une foule de petits éclats produits à l'aide d'une pression lente, mais continue, d'un instrument à pointe mousse, d'un bout d'os ou de corne de cervidé. C'est ce que les archéologues ont appelé le type solutréen^ du nom de la principale station de cette époque, Solutré, près Mâcon.

Type de Solutré.

L'abri sous roche de Solutré est assurément une des localités les plus anciennement habitées de notre pays. Au pied du pan de rocher à pic qui se dresse sur le sommet du coteau, nos rudes an^ cêtres se sont établis depuis bien longtemps déjà avant qu'ils soient arrivés à tailler leurs pointes de flèche en forme de feuilles de laurier. Autrefois, quand le climat était moins sévère, quand les éléphants paissaient en bandes nombreuses sur les bords de la Saône, quand les redoutables félins

des premiers temps quaternaires guettaient et chassaient les cerfs aux vastes ramures et les lé* gères antilopes, leurs aïeux se donnaient déjà rendez-vous dans cette situation bien choisie pour dominer le cours de la grande rivière, au delà de laquelle s'étendent au loin, jusqu'aux Alpes, les vastes plaines de la Bresse, et pour se défendre contre des ennemis forcés d'attaquer de face les premiers habitants de Solutré. Leurs descendants n'ont jamais abandonné une position aussi favorable. Les rives humides et riches en pâturages de la Saône ont offert une abondante provende aux troupeaux d'herbivores qui ont pullulé à cette époque : rennes et chevaux, en quantités énormes, sont devenus la proie de la tribu humaine installée en cet endroit. Le cheval surtout a fourni un aliment inépuisable aux chasseurs de Solutré. Ceux-ci descendent la pente de leur colline, se glissent à travers les hautes herbes et les roseaux vers quelque troupe d'équidés, évitant d'être entendus et surtout éventés par ces animaux inquiets, aux oreilles sans cesse tendues, aux naseaux largement ouverts pour aspirer plus aisément la Irise qui peut leur apporter l'odeur d'un ennemi ; les chasseurs s'approchent à bonne portée ; naguère, ils se seraient contentés d'abattre le plus gras, le plus appétissant des chevaux qu'ils ont là :sous la main ; un javelot lancé d'une main sûre, quelques sagaies bien dirigées eussent suffi à leur rendre la chasse heureuse. Mais il eût fallu re-

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monter le coteau à grand'peine en portant ce lourd animal ou ses quartiers hâtivement dépecés ; déjà Thomme est plus raffiné, plus amoureux de son confort, plus soucieux de ses aises ; à quoi bon tuer ce cheval sur place, si on peut le conduire vivant, là-haut, au pied de la roche-abri, là où on fera cuire et où on mangera sa chair? On a remarqué que les chevaux blessés à la jambe, ou étourdis et renversés à terre, deviennent tout tremblants et perdent leur humeur farouche et indomptable : il ne s'agit donc plus que de s'en emparer d'une façon ou d'une autre et, quand on les aura soumis, de les emmener captifs au village où on les abattra, où on préparera leur viande et leur peau, paisiblement et sans crainte d'être dérangé ou attaqué par quelque bête féroce, voire par quelque tribu voisine. C'est ce que Ton fera désormais : la jambe brisée d'un coup de hache ou de massue, ou bien saisi, arrêté, jeté violemment sur le sol au moyen d'une longue courroie terminée par un nœud coulant, quelque chose comme le lasso des habitants de l'Amérique du Sud, chaque cheval attaqué est mis dans l'impossibilité de se défendre et contraint ensuite de se porter lui-même, sous la conduite des chasseurs, au charnier où il finira ses jours et où ses ossements, mêlés à ceux de plusieurs centaines de mille de ses congénères, formeront à la suite d'une longue série de siècles un amas formidable, bien fait pour étonner ceux qui les premiers

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ont fouillé et exploré le gisement de Solutré (1).

Dans cette résidence séculaire et sûre, au milieu de cette abondance de chair (à celle du cheval on associait parfois la viande du renne, du bœuf et même de Téléphant), les hommes de la vallée de la Saône, à cette époque, vivaient relativement bien et se trouvaient dans des conditions excellentes pour atteindre à un état de civilisation plus avancé que celui de leurs ancêtres : la nature, alors un peu plus clémente et pendant une assez courte période , leur rdonnait de s'évertuer à s'assurer une ample subsistance; mais, d'autre part, le bien-être dont ils jouissaient permettait à leur intelligence de ne point s'atrophier dans la poursuite exclusive et trop souvent inutile, hélas ! des moyens d'existence les plus élémentaires.

Grâce à cet heureux ensemble de circonstances, les Solutréens devinrent à peu près sédentaires et parla ils apprirent à se traasmettre, dans des prop<Mi;ions importantes, un trésor de traditions précieuses. Cette accumulation de traditions ne tarda pas à constituer à la tribu un bagage intellectuel qui lui donna une véritable supériorité sur les groupes moins favorisés, supériorité dont nous trouvons les indices dans les débris amoncelés autour de la station ! En effet, outre les instruments de silex finement travaillés dont nous avons parlé • plus haut, on a recueilli dans ce gisement une foule

(1) Cf. Compte rendu de la t^ ssssion de V Association française pour ravancement des sciences, p. 629-663. Lyon, 1S73.

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d'objets qui indiquent que les habitants de Solutré, quoique encore bien sauvages sans doute, appréciaient déjà certains raffinements dans Texistence. C'est ainsi qu'ils façonnaient déjà des manches d'outils avec des bois de rennes et d'autres cervidés ; qu'ils se paraient de morceaux de cristal de roche apporté sans doute des Alpes, de coquillages fossiles de l'époque miocène ou de coquillages originaires de l'Océan, de dents de carnassiers percées pour former des colliers ; qu'ils se peignsdent probablement le visage et le corps au moyen de sanguine et d'ocre jaune dont on a trouvé des morceaux mélangés aux rebuts de cuisine de cette intéressante station. Enfin le sentiment de l'art s'éveillait chez nos ancêtres, si l'on en juge par quelques figurines de pierre, assurément très grossières, mais qui dénotent déjà des aspirations plus élevées que celles des hommes des âges précédents et ime tendance à reproduire, artificiellement, les formes des êtres avec lesquels ils étaient en contact ; ces figurines représentent des animaux, notamment des rennes.

Enfin, mais la chose n'est point absolument sûre, les Solutréens quaternaires auraient commencé à rendre une sorte de culte à leurs morts. Au milieu de cet amoncellement d'os de chevaux qui formait sans doute comme im rempart autour des habitations, on a découvert des squelettes humains. Tous ne sont pas également anciens, et c'est ce qui fait encore douter de l'exactitude de l'hypothèse.

U ea est cependant, parmi ces sépultures, qui présentent des caractères presque concluants. Sur les dalles mêmes d'un foyer, dans les cendres duquel on peut recueillir des fragments d'os de renne et des silex brisés, mais taillés suivant le mode en usage à cette époque, un squelette entier est étendu sur le dos, les mains tantôt croisées sur Fabdomen, tantôt étendues le long du corps. Le cadavre a donc été déposé là intentionnellement^ et ne s'y trouve point par suite d'un accident. Aussi bien la fréquence de pareilles tombes indique bien qu'U y a eu ensevelissement intentionnel. « Il est démontré, dit Broca au Congrès de Lyon de 1873 — après avoir découvert et fouillé lui-même une de ces sépultures, devant une foule de savantset de spectateurs parmi lesquels se trouvait celui qui écrit ces lignes — que certains squelettes humains sont contemporains des foyers et, par conséquent^ du renne. » Peut-être, ajouterons-nous seulement^ les hommes, dont les restes ont été mis au jour dans ces conditions, ne furent-ils pas les preneurs de chevaux de l'époque dite solutréenne, mai» très probablement Us furent leurs descendants immédiats, ceux-là qui vécurent durant la période suivante des temps quaternaires, alors que les rennes pullulaient sur la surface de notre pays.

Aussi bien, ce fut vraisemblablement pour des causes toutes locales que les habitants de Solutré, qui taillaient si finement leurs pointes de lance et de flèche, se nourrissaient tant de chair de cheval.

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Dans d'autres régions, des gisements contemporains de celui de la vallée de la Saône, puisque Ton y a recueilli des silex du type solutréen, ne contiennent guère que des ossements de rennes, d'autres cervidés, de bœufs et d'ours, avec quelques rares débris de mammouths. C'est le cas des assises inférieures de la caverne de Laugerie-Haute, dans la vallée de la Vézère (Dordogne), de celle ée Gourdan (Haute*Garonne), et de plusieurs autres stations éparses dans différentes parties de la France.

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