CHAPITRE VI
LES PREMIERS HOMMES — LÀ PÉRIODE QUATERNAIRE l'époque MAGDALÉNIENNE
Le temps continue à marcher; la terre subit toujours ses lentes transformations ; dans nos contrées, le sol tend de plus en plus à prendre la configuration que nous lui connaissons ; il fait de nouveaufroid, probablement encore plus froid qu'aux époques acheuléenne et moustérienne, et cependant les glaciers ne s'étendent plus aussi loin, ils reculent dans les massifs montagneux ; c'est qu'avec l'exhaussement du sol, l'humidité de l'atmosphère diminue et le climat, si rude qu'il soit devenu, est plus réguUer. Les hivers sont terribles et chassent vers le sud les espèces autres que celles qui sont constituées pour résister aux très basses températures. Plus de rhinocéros aux narines cloisonnées ; les grands félins et l'hyène ont décidément émigré sur les bords de la Méditerranée et dans les vallées abritées de la chaîne pyrénéenne. En revanche, le renne et le bœuf musqué, relégués de nos jours vers le pôle, florissent dans nos plaines et sur le bord de nos grands cours d'eau. Seul des anciens animaux, le robuste mammouth résiste encore;
mais a n'en a plus pour très longtemps, et, avant la fin de Tépoque quaternaire, il aura disparu de nos climats.
Par suite de ces circonstances, les habitants de notre pays modifièrent leur manière de vivre, leurs mœurs et leur industrie. Les campements à Tair libre devinrent impossibles dans la mauvaise saison, alors que tout était glacé sur la surface de la terre et des eaux. Il fallait se confiner sous des abris où un foyer constamment entretenu combattait im froid terrible, souvent mortel. Le sort de nos ancêtres, à cette époque, ne devait guère difierer de celui des .malheureuses peuplades qui actuellement luttent pour l'existence sur le bord de Tocéan Boréal dans les régions arctiques de l'Asie et de l'Amérique. Encore a-t-on lieu de croire que les hommes de cette période des âges quaternaires disposaient de moins de ressources que les misérables indigènes de la Sibérie et de l'Alaska; il ne semble point, par exemple, qu'ils aient eu des animaux domestiques, pas même quelques chiens faméliques, vivant auprès de l'homme plutôt qu'apprivoisés par lui, et pouvant, un jour de famine, remplacer le gibier absent ou impossible à atteindre.
Dés habitudes de prévoyance plus grande naquirent de cet état de choses; d'autres moyens d'alimentation furent recherchés, et à la chasse l'homme joignit alors l'art de prendre des poissons, la pêche. Nous ne savons si le filet était déjà inventé, mais le doute n'est plus permis sur l'usage des hameçons
et des harpons, car on en a retrouvé un grand nombre des uns et des autres parmi les débris d'industrie de cette époque, si abondants dans le sol des grottes qui servaient alors de demeures à nos ancêtres. En outre, des arêtes de poissons divers sont mêlées aux os d'animaux terrestres dans les brèches qui remplissent ces cavernes et qui ne sont que le résidu de la cuisine de la France quaternaire.
M. de Mortillet, dans sa classification des temps préhistoriques, a appelé cette phase ^ la dernière de l'âge quaternaire, magdalénienne, du nom de la Madelaine que l'on donne à une caverne des bords de la Vezère (Dordogne) et dont le mobilier, si nous pouvons nous exprimer ainsi, est tout à fait typique. Or, ce qui caractérise cette ^f;"j||| phase c'est à la fois l'abondance des instruments en os, et surtout en bois de renne, et l'art avec lequel ils sont façon néset même ornés. Nous avons signalé déjà à la période solutréenne des essais de sculpture; pendant l'époque magdalénienne, le sentiment artistique a pris des développements surprenants et les gisements qui remontent à ces temps si reculés sont remplis d'objets sculptés ou gravés avec un talent singulier. Ces curieuses productions d'artistes inconscients ^•■P<»d'<
dejeur talent nous révèlent presque toute la civilisation d'alors et ont permis à Broca (1) de reconstituer le tableau d'une époque aussi lointaine.
Le climat; caractérisé par l'abondance des animaux polaires tels que le renne, le bœuf musqué, le glouton et le lagopède, rendit les hommes de plus en plus sédentaires; les cavernes devinrent donc les principales habitations humaines, et si, duraut la belle saison, on se lançait dans quelque expédition lointaine au cours de laquelle on devait camper dans les bois, on n'en revenait pas moins bien vite au logis accoutumé. Celui-ci était donc habité toute Tannée : « On en trouve la preuve, dit Broca, dans les restes de leurs repas, car ils mangeaient des faons de renne de tout âge. L'étude des dents de ces jeunes animaux, de leurs os, de leur bois en voie de croissance, permet de déterminer le nombre des mois de leur vie et de savoir, par conséquent, dans quelle saison de Tannée ils ont été tués. On a pu constater ainsi que nos Troglodytes avaient une résidence fixe. »
Cette demeure ne devait point être ouverte à tout venant : la sécurité de la tribu Texigeait d'abord, et puis les loups, les renards et les dernières hyènes dé la période quaternaire rôdant aux alentours eùsfsent, en Tabsence de Thomme, fait joliment rij^aille avec ses provisions de viande et de poisson, avec ses àmaâ de peaux et d'os., Pour ces carnas-
(1) Compte-rendu de la 4^^ session de l'Association française pou9\ l'avancement des sciences, p. 1217 et suivantes. Bordeaux, 1872.
siers T entrée des cavernes offrait un régal bien tentant, car, si l'on en juge par l'état des couches de cette époque, nos ancêtres « magdaléniens » devaient être atrocement malpropres, et laissaient sur le sol de leurs habitations tous les détritus, tous les rebuts de leur cuisine et de leur industrie ; le froid et l'adaptation au milieu faisaient que ces sauvages vivaient sans dégoût dans cette saleté indescriptible dont l'odeur seule devait attirer plus d'un rôdeur Carnivore aux alentours de la grotte. Or, la plupart des os qui jonchaient le sol des cavernes et qui remplissent le terreau qui s'y est accimiulé, ne portent pas la trace des dents de ces carnaissers : les exceptions à ce* fait général que l'on constate démontrent donc bien que les Troglodytes quaternaires fermaient ordinairement avec soin leurs retraites, et comme rien n'indique que la clôture ait été en grosses pierres,, il est permis de supposer qu'elle consistait en palissades assez fortes pour repousser les attaques des fauves, mais non. en matière assez durable pour résister à celles des loDgs siècles qui se sont écoulés depuis lors.
Ce qui distingue tout particulièrement ce qu'on a appelé l'époque « magdalénienne » ou bien l'âge des cavernes et du renne, c'est l'industrie toute spéciale des hommes de ce temps-là. Antérieurement,, c'est le silex plus ou moins grossièrement façonné qui ù, fourni la niatière de tous les instruments^ ^ armes et outils en usage ; cette fois, il s'opère une ' transformation presque complété à ce point de vue ;
100 NOS ÀNGÊTRES
le silex n*est pas abandonné à vrai dire, mais il ne sert plus qu'à former de tout petits objets : racloirs pour préparer les peaux, couteaux dont la partie inférieure s'amincit comme pour former la soie qui s'insère dans un manche, petite scies bien dentelées, flèches minuscules et très aiguës. Mais, les armes si nécesaires à la guerre et à la chasse, les instruments de pêche et une foule d'outils et d'objets usuels sont, dès à présent, en os et surtout en corne de cerf et de renne. C'est à les préparer que l'on passe les longs hivers, défendus contre les frimas dans la caverne close, autour de foyers sans cesse allumés, ainsi que l'indiquent les charbons innombrables qui sont mêlés au sol quaternaire de ces abris.
Le froid qu'il fait permet de conserver de grands amas de viande, et d'ailleurs les Troglodytes ne sont pas difficiles : pareils aux Eskimos actuels, la chair un peu et même très avancée ne leur déplaît point. -Lorsque la provision lire à sa fin, les chasseurs les plus vigoureux et les plus agiles de la bande s'en vont dans les grands bois désolés, par les plaines couvertes de neige où les animaux trouvent malistisément leur nourriture et, à l'aide de pièges et d'appâts, parviennent à s'emparer du gibier qu'il leur faut pour la subsistance de la tribu. Habiles à lancer leurs flèches légères aux pointes délicatement taillées, qu'elles soient en silex ou en os, bien pondérées, bien équilibrées par rapport à la tige de bois, ces chasseurs abattent de loin les
oiseaux et les petits quadrupèdes. Ainsi la nourriture est à peu près assurée et si elle n'est pas encore bien délicate, bien soigneusemennt préparée, elle est à la fois suffisamment abondante et régulière pour éviter aux hommes de cette époque ces alternatives de famine poignante et de gloutonnerie vorace qui nuisent au développement de
Pointes ds flèche magdaléniennes. — Gisement de la Gorge d'Enfer, Vallée de la Vézère.
Tintelligence et ne permettent d'autre . pensée , d'autre préoccupation que celle de manger.
Nous venons de dire que l'art culinaire ne parait guère avoir été perfectionné dans les cavernes de la fin de la période quaternaire : on ne trouve, en effet, aucune trace de poterie dans les gisements de cette époque. Or, sans poterie, sans réceptacle qui aille au feu et permette de faire cuire la viande dans son jus, il n'est pas de cuisine variée possible. Faire griller sur des charbons ardents
iOi NOS ANCÊTRES
quelque lambeau de chair, ou rôtira la flamme d'un foyer incandescent quelque quartier de venaison, voilà seulement à quoi devait se borner le talent des ménagères des Troglodytes. Les poissons, pour la plupart des salmonidés, pris à la ligne armée d'un hameçon d'os, ou percés du grand harpon barbelé en corne de renne dont Ton retrouve encore les débris, devaient être dévorés crus, comme le font encore à présent les Eskimos ou bien grillés sur les cendres brûlantes.
Enfin, à cette alimentation animale, parfaitement adaptée à la rigueur du climat, ajoutait-on quelques fruits et végétaux? En l'absence de tout reste de noyau ou de graine, il est peu commode de se prononcer sur ce point. Toutefois, si certaines racines comestibles, quelques fruits, venaient à la saison chaude varier un peu le menu de nos ancêtres, ce ne devait être que sur une échelle des plus restreintes, quoiqu'il soit difficile d'admettre que la végétation très rare alors, ne fournit pas sa quote-part dans les repas des chasseurs de renne.
n ne faut pas croire, cependant, que les Trogodites ne connussent pas certains raffinements culinaires : comme leurs aïeux de l'époque « moustérienne », ils savouraient avec délices la cervelle et la moelle des animaux. Des temps anciens, ils avaient gardé les hachettes de silex, seulement d'une taille moindre et d'un usage moins général ; ces hachettes, indispensables pour couper et façon-
ner les grandes pièces de bois, n'avaient pas non plus subi les perfectionnements de retaille dont les pointes de lance et de flèche avaient été l'objet à l'époque solutréenne; elles étaient restées des instruments grossiers, communs, destinés à des travaux de force, à des emplois de basse domesticité pour lesquels il n'était besoin d'en soigner la fabrication.
Lorsqu'un renne, un bœuf ou un bouquetin avait été abattu et rapporté à la grotte par d'heureux chasseurs, lorsque la peau et les cornes en avaient été précieusement mises à part, lorsque le gibier du jour avait été inscrit au moyen de coches sur un bout de corne ou de traits et de points sur une plaque d'os, tandis que des morceaux de viande grillaient sur les rouges charbons ou rôtissaient devant la flamme joyeuse, le crâne était détaché des vertèbres cervicales d'un bon coup de hachette et le même instrument ne tardait point à le fracturer, à y pratiquer une ouverture d'où on extrayait la cervelle. Celle-ci était-elle mangée crue ou après aVbir subi une certaine cuisson, nous ne pouvons le dire. Il en est de même pour les os à moelle toujours soigneusement mis à part et non moins soigneusement brisés. Mais déjà, on ne voulait nen perdre de ces aliments savoureux et délicats ; dans les coins du crâne, dans les rigoles intérieures des os, il fallait aller chercher les parcelles qui ne sortaient point d'elles-mêmes; de là l'invention d'un instrument qui a beaucoup intrigué d'abord
les archéologues. Qu'on se figure un assez long morceau de corne de renne ou de cerf, dont un des bouts est taillé obliquement de façon à présenter sur le bord extrême une surface plane et sur les bords latéraux deux relèvements :
« L'uue de ces extrémités, dit Broca, étant sinon pointue, du moins à peu près conique, on s'est demandé si ce n'était pas un dard et si la cavité creusée sur l'autre extrémité n'était Jpas faite pour recevoir la hampe du dard. Mais s'il en était ainsi, on n'aurait pas taillé cette dernière extrémité en bec de flûte très oblique avant de la creuser ; on aurait évité au contraire d'amincir et d'affaiblir la partie du dard qui sert à l'emmanchement et qui exige le plus de solidité. D'ailleurs, l'ornementation élégante de toute la surface extérieure caractérise un objet de luxe. On n'aurait pas dépensé tant de temps à ciseler une arme de trait, qui peut se perdre, dans le premier buisson. Je pense donc , avec Edouard Lartet et Christy, que cet instrument était une cuiller à moellt^ à l'usage des personnages de distinction (1). »
Dans cet état de civilisation relative, les Troglodytes, soumis aux intempéries d'un climat rigoureux, ne devaient pas se contenter pour les combattre de la flamme du foyer éternel qui brûlait dans chaque caverne. Nous avons constaté plus haut que bien longtemps auparavant, avec le
(1) Xoc. ciU, p. 122â.
refroidissement de la température avait coïncidé Fusage du vêtement. Vêtement bien rudimentaîre
ItfH^fV
Objels d'os et de corne. — i. Cuiller à moelle. — 2 et 3 Marques de chasse. — 4. Aiguilles en os.
alors, puisqu'il ne consistait probablement qu'en une peau préparée à Taide des grattoirs môusté-
riens et dans laquelle Thomme se drapait et s'enveloppait comme il pouvait.
A l'époque magdalénienne, de grands progrès se sont efifectués dans ce sens ; ils nous sont révélés par l'existence, dans les débris de ce temps-là, d'un nombre considérable d'aiguilles en os et en bois de renne de toute grandeur. Il y en a qui sont pareilles à nos poinçons, à nos alênes de cordonniers, à nos passe-lacets, mais il y en a aussi de la force de nos aiguilles à tapisserie ou à toile à voile et dont les trous eu chas sont si petits et si régulièrement percés qu'on ne s'imaginerait jamais qu'ils ont pu être pratiqués au moyen d'instruments de pierre, si Edouard Lartet n'avait fabriqué luimême une de ces aiguilles avec des outils de silex recueillis par lui dans une des grottes de la vallée de la Vézère, dans celle des Eyzies. Lartet et Christy ont d'ailleurs découvert un os de cheval, un métacarpien dans la substance duquel on avait commencé à préparer des colonnettes longues, étroites et régulières qui devaient être détachées et transformées plus tard en aiguilles à l'aide de la fine scie en silex qui avait déjà servi à faire sur cet os les premières incisions longitudinales et parallèles.
Quant au fil employé à la couture, il est plus que probable qu'il n'était point emprunté aux fibres de quelque plante : les grosses aiguilles étaient garnies, sans doute, de minces lanières de cuir et les petites étaient enfilées avec les tendons des
animaux qui servent encore à cet usage chez plus d'un peuple sauvage. « Les Troglodytes, dit Broca, détachaient avec soin les longs tendons des membres par un petit coup particulier, qui produisait à la surface de l'os une abrasion superficielle assez régulière. On a trouvé cette abrasion toujours la même, sur divers os, mais les points où elle existe ont toujours cela de commun qu'ils donnent insertion à un long tendon. Elle est donc l'indice d'une opération méthodique, que l'on pratiquait sans doute avant de livrer au cuisinier le membre de l'animal et qui était destiné, selon toutes probabilités, à préparer des fils pour la couture (1)».
Au moyen de ces fils et de ces aiguilles on réunissait donc plusieurs peaux et on formait, vraisemblablement, d'amples manteaux, de larges robes peut-être, assez semblables à celles dans lesquelles s'enveloppent les Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord, Peut-être aussi avait-on inventé de grossières chaussures, précieuses pour marcher dans la neige et surtout dans la boue au moment du dégel.
Mais, la toilette ne se bornait pas là ; le goût
de la parure s'était manifesté depuis longtemps et
avec les progrès déjà marqués de l'industrie, il ne
pouvait que s'accroître. Les débris de colliers et
de bracelets de coquillages abondent dans les gi-
(1) Loc. cit., p. 1214.
sements des cavernes magdaléniennes ; coquillages marins venant de l'Atlantique et même de la Méditerranée, coquilles fossiles miocènes extraites des « faluns » de Touraine pour le moins ; ce qui dénote chez les Troglodjrtes de la Vézère Texistence de relations commerciales avec les autres tribus de la France. Aussi bienàLaugerie- Haute a-t-on recueilli des spécimens de cristal de roche apportés soit des Alpes ou des Pyrénées lointaines, soit de TAuvergne plus rapprochée. Ce système d'importation a été aussi constaté en Belgique, chez les Troglodytes de la Meuse qui faisaient venir des plaines crayeuses de la Champagne, le silex nécessaire à la fabrication de leurs armes et de leurs outils. Des morceaux de sanguine, pierre rouge d une belle couleur et friable, ramassés dans les cavernes, nous apprennent que les habitants de celles-ci se peignaient le corps et le visage ; Us se tatouaient également, si Ton en croit certains dessins gravés au trait sur bois de renne par des artistes de cette époque qui représentent la main et Tavant-bras d'un homme avec une figure quadrillée, assez régulière sur cet avantbras.
Les Troglodytes de l'âge du renne ne laissaient pas d'être, en effet, doués de sentiment artistiques assez accentués. A cette période si lointaine non seulement de la nôtre, mais encore du commencemen des temps historiques, il s'était créé déjà chez ces antiques habitants de la France et probablement du
reste de l'Europe occidentale une Teritable école d'art. Les symptômes, les tendances qui s'étaient manifestés dans les ébauches de Solutré avaient pris corps : le perfectionnement de l'outillage, la sécurité relative dont on jouissait dans des cavernes closes avec un certain soin, les loisirs forcés des longs hivers, tout avait contribué puissamment au progrès intellectuel de cette portion de l'humanité qui se plut à représenter, par tous les moyens à sa disposition, les objets extérieurs. La sculpture et le dessin naissent alors sur notre sol, et des artistes inconnus s'évertuent à figurer sur l'os, sur Tivoire, sur la corne, voire sur quelques minéraux, les animaux avec lesquels ils sont sans cesse en contact, quelques végétaux et aussi, quoique assez rarement, l'homme lui-même.
Les objets scuptés sont les moins fréquents; il y avait sans doute là une plus grande difôcuté d'exécution pour des artistes qui ne savaient point modeler l'argile plastisque et qui étaient au contraire forcés de ciseler à grand'peine une matière aussi dure que l'os ou la corne. Toutefois, à Laugerie- Basse, on a recueilli une statuette de femme dont le corps seul a été conservé et qui présente certaines particularités anatomiques intéressantes. Une ébauche assez grossière de la face humaine a été trouvé, dans la grotte de la Roche-Bertier (Charente), Mais, ce qui est surtout réussi c'est ce que nous oserions presque appeler la sculpture industrielle, lorsqu'elle s'applique aux formes ani-
iiO NOS ANCÊTRES
maies : un objet que Ton appelle, faute de meilleure désignation, tin bâton de commandement (nous reviendrons plus bas sur ce sujet), provenant brisé de Laugerie-Basse, offre à n^tra examai une admirable tête de mammouth ; de la même caverne, vient un manche de poignard en bois de renne qui nous représente précisément cet animal, relevant la tête de façon que ses cornes soient étendus sur son cou et ses épaules,pliant, avec un mouvement des plus
Manche de poignard eo bois de reone représentant cet animal. (Laugerie-Basse.)
naturels, ses pattes de devant sous son ventre et allongeant au contraire celles de derrière dans la direction de la pointe de Tarme qui n'a du reste jamais été terminée. €ette pièce est à bon droit célèbre et figure avec honneur dans les Reliquiœ
quitanicœ de Lartet et Christy.
Mais ce en quoi les artistes magdaléniens excel-' làient c'était dans la gravure au trait. Des œuvres* de leur burin recueillies dans les grottes delà Dordogne, des Pyrénées et du reste de la France, on' pourrait former un musée admirable. A l'Exposition universelle de 1867, un amateur offrit, dit-on, un
NOS ANCÊTRES ili
million de la vitrine qui contenait les 51 pièced se ce genre alors connues. Aujourd'hui ces spécimens sont plus abondants mais non moins précieux et, abstraction faite de Tintërêt intrinsèque « qu'ils pré- sentent au point de vue artistique, ils nous fournissent . d'inappréciables détails siir cette époque du renne si curieuse et si longtemps ignorée.
N'est-ce pas, en effet, une révélation que ce mammouth gravé sur une plaque d'ivoire trouvée dans la grotte de la Madeleine qui nous apparaît avec tous les traits que nous avions, à grand renfort de science, appris à lui reconnaître? Le voilà bien le gigantesque proboscidien, tel qu'il est sorti de nos jours des tourbes glacées de la Sibérie ; c'est lui, avec ses défenses extravagamment recourbées, avec les longs poils de sa fourrure, avec sa crinière et sa queue semblable à celle d'un formidable cheval; il a bien l'allure lourde et puissante du genre auquel il appartient, et celui qui l'a dessiné sur un morceau d'ivoire, arraché à l'un de ses congénères, avait dû le voir souvent traverser les halliers en brisant tout sur son passage, et n'avait pas manqué de prendre part à sa chasse émouvante.
N'est-ce pas aussi une révélation que cet ours' au front bombé, un des derniers survivants de l'antique race des ours des cavernes {ursus spelœus)^ réfugié dans les vallées pyrénéennes de l'Ariège oùle D' Garrigon a retrouvé safigure dessinée à là pointe
sur un galet conservé dans la grotte de Massât?
Le renne qui tenait une place si considérable
dans l'existence de nos Troglodytes a fourni un
Ours des cavernes {urstu apeUpua).
Foaille du docteur Garrigou dans lagrotl« de Massai (Àriége).
grand nombre de modèles à leurs dessinateurs; Tun de ces derniers^ avec un talent d'animalier aussi naïf que vrai et saisissant, nous a légué au gisement de Laugerie-Basse un petit tableau rempli de vie et naturel, gravé sur une plaque d'ardoise : c'est la
NOS ANCÉTRSS 03
bf^taâUe .4e dçiux mâleâ au printemps; Tun d'eus^ coiffé de larges andouillers est vainqueur, il aaaeAyersé son rival, tandis que la femelle attend paisî- Uement. la fin d'un combat dont elle doit être le pnx. M. Piette a recueilli dans la grotte deLortflt .(HautenGrâronne) un large fragment de bois de cervida
Combat de Rennes (Laugerie-Bassc).
Qfné d'une longue file de rennes tracés av^c i|t^i^ èx^uia ; la nature est là prise sur le vif et daa3<S0s moindes détails. Le mcHivement d un de ces Mimaux qui sê retourne est d'une vérité surprenaata et) chose étrange, l'artiste pour ne rien perdre !tfe la surface qu'il avait à graver a rempli tout rectpêifce d'une foule de poissons, figurés avec autant de taWt que les rennas»
Le cheval eut Itusjii lusse? fréquemment rejyréamté
114 NOS ANCÉTIUIS
et avec un art et une connaissance de ses allures yraiment remarquables : viennent ensuite Taurochs, le bœuf musqué, le bouquetin, Tantilope saïga qui hante encore les steppes de la Sibérie. Les poissons ressemblent presque tous à des saumons et nous avons vu que cette espèce était à peu près la seule que Ton péchât à Tépoque du renne. On connaît cependant une pièce où soit une anguille, soit un serpent serait iSguré. Dans les Pyrénées, à Sordes (Basses-Pyrénées) et à Gourdan (Haute-Garonne) on a recueilli deux âgures de phoque et dans la grotte de la Vache (Ariège) une figure de morse. Mais Toiseau n^a, jusqu^à plus ample informé, rien fourni en fait de sujets à l'art magdalénien qui, à part la représentation de quelques fougères, d'un sapin et de trois fleurs indéterminables, ne montre pas non plus un grand amour pour le règne végétal. Par un phénomène assez bizarre, l'homme non plus ne parlât point avoir été un des modèles favoris des dessinateurs de l'époque des cavernes : autant' ceux-ci traçaient avec un étonnant sentiment ^ réel leurs types d'animaux, autant ils étaient maladroits et inexpérimentés dans la représentation de la figure humaine. C'est dans les cavernes du Périgord, à Laugtftfie-Basse et à laMadelaine, que l'on a recueilli la plupart des spécimens de l'art quaternaire où l'homme apparaît. Une de ces scènes, provenant de la première de ces deux localités, a pour sujet une chasse à l'aurochs gravée sur tme corne de renne : mais tandis que Fani-
NOS ANCÈTRKS
lis
116 N0ft knotnm»
mal, un taureau adulte dans toute sa force, s'enfuyant la tête baissée, est reproduit avec une verve saisissante, lliomme qui le poursuit est mal fait et mal campé; cette âgure n'en est pas moins des plus curieuses et surtout des plus instructives par les renseignements qu'elle fournit sur Fhomme magdalénien.
M. Elle Massénat qui a découvert cette pièce décrit ainsi le chasseur d'aurochs : a L'homme est nu... les cheveux raides et en touffes sur le sommet de la tête; le menton est orné d'une barbiche très apparente; le col, un peu long; la partie du bras, du coude à l'épaule, relativement courte ; les mains mal dessinées ; le bras droit, rejeté en arrière, semMe vouloir lancer un trait dont il est armé, tandis que le bras gauche paraîtrait vouloir saisir l'aurochs par la queue. La poitrine est très bombée; le ventre bien dessiné; la colonne vertébrale, un peu longue, et par sa forme arquée, se rapproçjiaiit de celle du singe marchant droit sur ses jambes; les cuisses, assez bien dessinées, mais annonçant un fémur de longueur très courte ; le bas des jambes etie pied, réguliers et bien faits (1). » Ajoutoiid qu'une foule de hachures répandues sur le corps de ce chasseur nous indique que l'individu reprèaiwité doit être très velu.
Le mâBie: archéologue a recueilli,, égalemoni, à
(1) Matériaux pour l'histoire primitive et natwreïtt^ de l'homme v^ année, 1869, p. 253. Faisons observer â ce sujet que M. Massénat exagère les mérites du dessin qui est presque grotesque.
NOS ANeÊTM8 117
Laft^nehBasse, un fra^iétit d'^imoplaffie de bœuf sur lequel on aurait essayé de représeater un homme Jetant un harpon à un énonne poisson.
Rien de plus grossier que ce dessin où lliomme est infiniment moias grand que la moitié du corps de l'animal qu'il est en train de chasser ; mais en revanche^ son bras et son harpon sont chacun au moins de la taille de l'homme lui-même tout entier. Parlant de ce croquis informe, Broca a dit que le poisson gigantesque, figuré d'une façon un peu moins méconnaissable, pourrait bien avoir été un cétacé, un marsouin par exemple, puisque de nos jours il en est qui remontent parfois étourdiment la Gironde et s'engagent jusque dans la Dordogne,
C'est aussi à Laugerie-Basse que M. l'abbé Landesque a trouvé une plaque osseuse, malheureusement brisée d^uis très longtemps, sur laquelle est gravée, avec une habileté relative, la figure, vue de profil comme toujours, d'une femme dont le corps semble couvert de poils ; elle porte à l'avant-bras des stries qui représentent soit des bracelets, soit un tatouage, et bien que la tête ait précisément été dans le partie cassée, il semble qu'il y ait eu à la naissance du cou l'indication d'un collier de grosses perles ou mieux de coquilles. Là encore les proportions du corps humain sont mal observées et mal rendues ; les jiunbes sont trop courte^ par exemple, et les pieds ressemblent à des moignons, tandis que les
us
NOS ANGÈTKSS
jambes et les sabots d*un cervidé gravés sur la même plaque sont parfsdts d'exactitude.
La grotte de la Madeleine avait fourni enfla à
Dessin d^ane femme. -> FouUle de M. l'abbé Landesqae à Laugeric-Basse (Dordogne).
MM. Lartet et Christy un morceau de bâton de
commandement où entre deux têtes de chevaux
d'u ne grande vérité, une forme humaine apparaît
NOS ancAtrss
dessinée avec assez de vérité, quant aux lignes gjDnérales, mais cependant bien moins soignée que les gravures de la même époque, A diverses reprises, nous avons écrit le nom des
Bâton de commandement.
bâtons de commandement, et nous devons une explication de ce terme que Ton applique à des instruments bizarres en corne de renne ou de cerf, percés d'un ou plusieurs trous circulaires et couverts de ciselures et de dessins tracés avec grand soin. Ce ne sont certes point des outils, la richesse
NOS ATiCETRES
dé fcuT ornementation s'y oppose ; ce ne sont pa» davaBftage des armes de chasse ou de guerre, ils ne sont pas assez solides pour être employés à fnepfer ou à assommer un être quelconque. On a donc essayé d'en expliquer l'usage en les donnant pour les insignes de l'autorité des diefs de tribus : 2 est à remarquer, en effet, que les perforations pratiquées dans ces tiges de corne ne l'ont pas été toutes dès l'origine, mais probablement d'une façon successive puisque certains de ces trous attaquent quelques-uns des motifs de l'ornementation. On ajoutait un trou à son bâton, lorsque Ton montait en dignité, suppose-t-on. Ce n'est là, d'ailleurs, çi'uTO pure hypothèse à laquelle nous sommes tenté d'en opposer une autre qui consisterait à donner ces bàtous si bien ornés pour des baguettes magiques, des instruments de sorcellerie. Les Troglodytes portaient d'ailleurs comme amulettes des dents de loup, de renne, de bœuf ou de cheval, desftié«ssans doute aies rendre heureux à la chasse. B »e faut pas croire, assurément, que si peu civilisés que fussent les hommes des cavernes magdaléniennes, ils n'aient pas éprouvé ce sentiment composé de teireur de l'inconnu et du besoin drexpKquer les mystères des choses qui a été pai^tout l'origine des religions. Leurs dispositions artistiques indiquent qu'il y avait déjà chez eux <ks aspirations vers un idéal quelconque, et il ne paraît pas improbable que, tout au moins, grossières statuettes humaines ne furent
nos ANcérges ISl
autre chose que de petites idoles, représentations des esprits gourernant l'univers et que Ton sfe âgurait'déjà sous un aspect anthropomorphe.
Aussi bien, la musique, qui chez les sauyages, est toujours l'auxiliaire naturel de la surexcitâr ion religieuse, ne paraît pas avoir été ignorée des Troglodytes de Tépoque du renne. Déjà, à répoque de Solutré, on savait fabriquer des sifflets avec des ossements de cheval et de cervidé. Mais dans les grottes des Pyrénées, un chercheur très méritant, M. Piette, a recueiUi des os d'oiseaux façonnés en tubes de diverses longueurs et de grosseurs différentes, qui auraient bien pu servir à constituer une flûte de Pan. A Laugerie-Basse, M. l'abbé Landesque et à la Roche-Bertier, M. Fermond, ont également trouvé des tubes en os d'oiseau de même nature. Nos ancêtres des cavernes magdaléniennes auraient donc joué de la musique et par conséquent auraient dansé, car l'un né va pas sans l'autre chez les peuples de civilisation inférieure. Or, la danse est une cérémonie sacrée et plaît aux puissances surnaturelles ; ce qui nous do E ne à penser que les chasseurs de renne jouis-
aient déjà, sans doute, des bienfaits d'une croyance religieuse féconde en mille superstitions et en terreurs aussi multiples que justifiées.
Car, il faut bien le dire, c'est dans la pàriodte oi son ignorance et son inexpérience l'exposent davantage aux dangers que la nature lui suscite de toutes parts, que l'homme se plaît à se forger
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des përils imaginaires et que, non content d'avoir à se défendre contre des ennemis réels et à briser des obstacles matériels, il se découvre des adversaires mystérieux et fantastiques qui n*ont d'autre t>ccupation à ses yeux que de lui tendre les plus noires embûches. Aucun événement n'a pour le sauvage une cause naturelle, aucun phénomène ne se produit d'une façon régulière et normale ; tout ce qui se passe autour de lui, tout ce qu'il voit, tout ce qui l'atteint est le fait de la volonté plus ou moins capricieuses d'êtres animés. Pour lui, l'animal est aussi intelligent, sinon plus, que luimême, les plantes, les pierres, les nuées, les eaux, le vent, les astres sont non seulement vivants, mais doués des mêmes sentiments que l'homme ; ils savent vouloir, ils savent distinguer, ils aiment ou ils haïssent ; on peut s'attirer leur faveur où leur animadversion. Enfin, au milieu de ces millions d'êtres, circulent les esprits des morts, malicieux, souvent malfaisants dont il faut se garder soigneusement, car ils conservent après le trépas les sentiments d'affection ou de haine qui les animaient durant l'existence.
On a nié que les Troglodytes « magdaléniens » eussent rendu un culte aux morts; en effet, on ne trouve point de sépulture proprement dite de cette époque : certaines cavernes delavalléedelaMeuse où les cadavres furent accumulés paraissent appartenir à des temps postérieurs, et le célèbre abri de Cro-Magnon dans la vallée de la Vézère, où Ton. a
trouvé cinq squelettes humains passe aujourd'hui pour avoir appartenu à Tâge de transition qui sépare les temps quaternaires des comm encements de la période archéologique actuelle. Mais, de ce que les habitants des cavernes n'y entendent point leurs morts, il ne s'en suit pas qu'ils n'eussent pour leurs dépouilles aucun respect : nous dirons plus, nous supposons même que c'est la crainte des esprits qui les poussait • à transporter les cadavres loin de leurs habitations. Ne voyons-nous pas encore aujourd'hui certains sauvages, en Australie et dans l'Amérique du Nord, par exemple, jucher les morts au sommet des arbres et les y laisser se dessécher ou se corrompre entièrement ? Au cours de ses recherches dans les cavernes pyrénéennes de Lortet et de Gourdan, M. Piette a rencontré plusieurs crânes humains plus ou moins fracassés et portant des marques qui sembleraient indiquer que le cuir chevelu a dû en être détaché à l'aide d'un couteau de silex. Les Troglodytes des Pyrénées auraient donc scalpé les têtes de leurs ennemis, comme le font encore les Peaux-Rouges ; mais aussi, comme les Dayaks de Bornéo, ils décapitaient sans doute leurs adversaires tués à la bataille, car dans ces cavernes, M. Piette n'a point trouvé trace des autres parties du squelette qui correspondaient à ces crânes. Or, on sait que les peuplades samages qui emportent, en guise de trophée, les têtes de leurs ennemis, ne le font pas seulement pour conserver une marque de leur vic-
toire^mais encore par suite d'une concept^n superstitieuse qui leur fait considérer l'esprit du mort décapité soit comme privé de sa puissance malfaisante, scût comme devenu ainsi Tesclave de celui qui possède son crâne. Si donc les chasseurs de renne de la Gaule quaternaire se conduisirent de la sorte, c^est que vraisemblablement ils croyaient à la puissance des esprits des morts et qu'ils devaient rendre un culte quelconque à ceux de leur tribu.
Bien que d'humeur moins farouche que leurs aïeux, puisque d'assez longs espaces 'de calme et de paix leur permettaient de se livrer aiux arts, les Troglodytes n'en étaient pas moins assez belliqueux. Nous venons de voir, par exemple, que les habitants des Pyrénées coupaient vraisemhlement la tète de leurs ennemis vaincus, oe qui n'^indique pas une douceur de mœurs extraordinaire. L'iurraementplus perfectionné devait rendre les guerres d'ailleurs plus meurtrières, et les progrès de la civilisation les faisaient plus dfffldles à se terminer rapidement.
Bien nourri, repu de savoureuse viande de renne et de succulente chair de saumon, les muscles développés par l'exercice violent de la chasse aux grands animaux et aux bêtes féroces, habile et prompt à percer de ses flèches oiseaux et petit gibier, à harponner le poisson agile, le guerrier d'alors était admirablement entraîné pour le rude jeu des combats. Le voilà qui «ort de la grotte
im
OÙ réside sa tribu : il a rejeté ses lourds et eneombrauts vêtements de peau, précisément comme fe Peau-Rouge qui ne s'enveloppe point de ses robes de bison sur le sentier de la guerre; il est nu, mais soii visage et ses membres sont barbouillés de rouge, de jaune et de noir, ses rudes cheveux sont noués en forme de cimier sur sa têle, sa
Pointe de lance en os, fendue à la base. — Type d'Aurigaac. U Face. — 2. Prolil.
longue barbe descend sur sa poitrine où elle se mSLe aux poils épais de son corps tout velti; d^une main il agite son arc de corne ou de bois dur, encordé d'un tendon solide et élastique, de l'autre il brandit ses lances et ses javelines à pointes d'os barbelées; dans un sac de peau ou d^écorce, sont ses flèches de dimensions variées et dont quelquesunes contiennent un poison violent cadlé dans une tT^nure creusée à la surface delà pointe ; une lanière lui ceint les reins et porte un long poignard en bois dé renne, bien aiguisé à Textrémité, eurieu-
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sèment travaillé et sculpté au manche. IhuK» e^t attirail, notre Troglodyte ne craint personne, ni béte, ni homme. De loin, il saura percer son ennemi à coup de flèche, de près il le frappera de sa lance ou de ses javelots , et si l'on en vient au corps à corps, son poignard à la main, il parviendra à le lui enfoncer dans le flanc ou dans la j^oitrine. Autant qu'on en peut juger d'après les ossements humains trop rares, qui nous sont parvenus de cette époque, c'était une belle race que celle des chasseurs de renne magdaléniens. Les travaux de Broca sur lés squelettes de Cro-Magnoii, ceux de MM. de Quatrefages et Hamy, dans leur Crania eihmea, nous prouvent que les Troglodytes du Périgord et des Pyrénées, descendants des anciens habitants de nos contrées aux époques « moustérienne » et « solutréenne » ne ressemblaient en rien au type bestial de la race dite de Canstadt. Ils étaient de taiUe élevée (M. fiamy a trouvé une moyenne de 1™,78 pour six individus), et d'une grande force musculaire comme l'indiquent l'épaisseur et la solidité des os ; la tête, toujours allongée, était volumineuse, ce qui dénote une intelligence développée bien en rapport avec la civilisation relative de l'époque « magdalénienne. » Le front haut présente de belles proportions. La face est plus large que longue, les yeux sont étroits, mais le nez est long, mince et recourbé , et le menton est saillant au lieu de fuir comme chez l'homme de Canstadt. Cette race étai* répandue sur toute la
surfaee de la France, mais principalement dans le Ifiilî et au Sud-Ouest.
Dans TEst et dans le Nord, elle se trouvait en opposition avec une population dont le centre doit être placé dans le ^bassin belge de la Meuse, que Ton appelle la race de Furfooz, et que Ton a lieu de rapprocher de la race dite de Grenelle (Paris). Ces deux races se distinguent du beau type des Troglodytes du Sud par leur petite taille (1"',62 — 1",58), par des crânes courts, par leur nez encore saillant mais retroussé au lieu d'être aquilin, par des yeux plus ouverts. Toutefois la robustesse est le même; il le fallait bien, du reste, pour résister aux rigueurs du climat et aux difficultés d'une existence encore bien pénible, si améliorée qu^ait été alors la condition de Thomme depais les premiers temps de la période quaternaire.
De la juxtaposition de ces races, il résulta assurément des guerres implacables, mais aussi des ^mélanges, car les vainqueurs ne se firent pas faute, sans doute, d'enlever et de garder les femmes ot les filles des vaincus. Aussi, lorsque avec le cours des siècles, les conditions climatériques se transformèrent, lorsque le sol de l'Europe occidentale prit, à peu près, la forme et le relief qu'il a depuis les temps lûstoriques, lorsqu'enfin la période géologique dite quaternaire tira vers sa fin, dans plus d'une vallée, sous plus d'un abri, les tribus ne présentaient plus le type homogène qu'elles avaient conservé peut-être si longtemps. De nouvelles
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révrfutions se préparaieDt pour nos anoétres, rérolutioQs sociales et historiques, nous n'osons dire encore pditiques. Les saisons derenaient moins disparates, les hivers surtout moins rigoureux; le climat perdait peu à peu de sa rudesse polaire et les animaux amoureux du froid devenaient rares, s'enfuyaient les uns, comme le bouquetin et te chamois, sur les pentes des hautes montagnes, aux alentours des glaciers qui reculaient dans les ma£^ sifs alpestres et pyrénéens, les autres, comme le renne et le bœuf musqué, vers les grandes plaines^ du Nord que TOcéan commençait à laisser à sec. Devant des circonstances si nouvelles mais $i impérieuses aussi, les hommes durent se pli^ et changer eux aussi leurs mœurs et leurs habitudes. Toutefois, révolution ne se ât pas spontanément et par elle-même : un facteur étranger allait intersvenir et donner un caractère tout à fait accentué à la révolution dont notre pays fut le théâtre dès le début de la période géologique (A non» mo«s trouvons eneore.