AVANT-PROPOS
Où retrouvera-t-on dans dix ans, dans cent ans, ces journaux, ces revues ou ces livres qui s'étalent aujourd'hui, frais imprimés, à l'éventaire des kiosques et des libraires ?
Des journaux et des revues bien peu seront conservés dans les bibliothèques particulières, les livres le seront davantage, mais c'est surtout par les bibliothèques qu'ils seront recueillis ; c'est là que périodiques et livres de toutes sortes vont s'entassant sans cesse, garnissant, dans les dépôts, des kilomètres de rayons.
Des listes en sont dressées, des catalogues en sont faits et dans cinquante ans ou dans un siècle, littérateurs, historiens ou artistes trouveront là le livre inconnu ou le document inédit qui leur servira peut-être à faire avancer d'un pas la marche du progrès.
Les bibliothèques, destinées à toujours recevoir sans détruire jamais, sont appelées, par suite de l'énorme production littéraire de notre époque, à tenir une place de plus en plus importante dans le développement scientifique, littéraire ou artisti-
vin AVANT-PROPOS
que, et Ton ne doit pas s'étonner si rétablissement de locaux nécessaires à cet amoncellement formidable d'imprimés de toute nature est une question souvent difficile à résoudre et qui ne préoccupe pas seulement les gens du métier, bibliothécaires et architectes.
Il nous a paru intéressant, au moment où cette question est plus discutée que jamais, au moment où l'avenir des. bibliothèques, leur extension et leur rôle sont l'objet d'études nombreuses, tant en France qu'à l'étranger, de rechercher quelle est chez nous la législation applicable à ceux de ces dépôts qui sont ouverts au public.
L'histoire des bibliothèques publiques nous permettra peut-être de déterminer exactement à qui elles appartiennent ; en ce qui concerne les bibliothèques communales notamment, les questions de propriété sont encore l'objet de nombreuses controverses. Nous examinerons ensuite si ces collections affectées à l'usage de tous ne doivent pas être rangées parmi ces biens d'un genre particulier, pourvus d'une législation spéciale et qui constituent, dans un État, les biens du domaine public. Ces biens inaliénables et imprescriptibles, nous essaierons de démontrer qu'ils doivent être considérés comme tels par suite de leur nature j uridique, de leur domanialité publique, et nous écarterons ainsi l'application qu'on a tenté de faire aux collections littéraires publiques d'une loi impor-