DUPIN
Nous avons, dans ce document, le seul exemplaire qui nous reste, pour TAgénois, de ces Cahiers de plaintes et doléances que les paroisses et communautés durent dresser. A ce titre, le Cahier des habitants de la « campagne de Marmande » méritait d'être reproduit. C'est, à d'autres égards,
(1) Necker, en qui tous les Cahiers décèlent une confiance profonde.
un document d'autant plus précieux qu'il est unique et qu'il nous montre, pris sur le vif, l'état dans lequel se débattaient les populations rurales sous l'ancien régime, à la veille même de la Révolution. Quand elles n'étaient pas pressurées par la noblesse et le clergé, elles étaient exploitées par la bourgeoisie des villes avec la complicité des fonctionnaires locaux, des subdélégués et des Intendants eux-mêmes. Elles n'avaient pas même part à la charité publique qu'elles alimentaient de leurs sueurs. Aux fréquentes époques où sévissait la misère , les travailleurs des champs étaient exclus des ateliers de charité. Les paysans n'étaient admis ni dans les conseils de la ville, ni dans les fêtes, ni dans les délibérations populaires. Ils ne pouvaient entrer nulle part — non pas même à l'hôpital. Dans la répartition des charges, étant les plus pauvres, ils étaient les plus chargés. C'est un préjugé de croire que les franchises des villes profitaient à la liberté des campagnes environnantes. Les villes exerçaient des exactions, établissaient et exigeaient des droits au profit de leurs bourgeoisies, tout comme les seigneurs dans leurs seigneuries. C'est un fait à remarquer que les bourgeois de Marmande avaient dépossédé à leur profit les paroisses suburbaines de leurs boucheries. Hors des murs, les populations rurales, dans des rixes trop fréquentes, pouvaient s'assommer, s'exterminer; la bourgeoisie municipale, chargée de veiller au maintien du bon ordre, n'en avait cure.
Quant aux procédés de l'administration d'alors, le Cahier des provinces rurales de la juridiction de Marmande les dépeint avec une si naïve exactitude qu'il est inutile d'en faire plus amplement ressortir l'ignominie.
Notre clergé regrette parfois l'ancien régime ; par le narré des difficultés auxquelles se heurtèrent, pendant plus de soixante ans, pour faire réparer leur modeste église, les bons habitants de Beaupuy, il peut juger si , après la Révo-
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lution, rÉtat moderne n'a pas mieux assuré Texercice du culte que l'ancienne monarchie I
La ville de Marmande comptait 708 feux; les paroisses suburbaines en comptaient ensemble 613.
Cependant, à l'assemblée générale des électeurs des communautés et paroisses qui se réunit à Agen le 12 mars, figuraient les d représentants » de Beaupuy, de la Madelaine, de Bouillas, de Garrigue, de Coussan, de Saint-Pardoux, de Masseur, de Granon et de Thivras. Malgré des différences d'orthographe, on reconnaîtra ici les noms des paroisses rurales voisines de Marmande dont nous venons de produire les plaintes et doléances.
Les représentants de ces paroisses insistèrent violemment pour faire insérer leurs doléances au Cahier général.
Leur réclamation, présentée par le sieur Terme, bourgeois-cultivateur de Marmande, ne fut pas admise par les commissaires-rédacteurs. Le conflit fut porté devant M. de Lafitte qui, confirmant la décision des commissaires, les autorisa « à élaguer et retrancher toutes demandes insérées dans les Cahiers particuliers qui leur paraîtraient, à la pluralité des voix, impliquer contradiction, être injustes ou ridicules... »
Il s'agissait bien, en effet, de restaurer i'éghse de Beaupuy!...
L'assemblée générale des électeurs des communautés et paroisses se tint le jeudi, 12 mars, avant midi, dans l'église des Jacobins. Elle fut présidée par M. de Lafitte, « écuyer, lieutenant général de la Sénéchaussée, commissaire du Roi en cette partie. »
M. de Lafitte était assisté de M® Jean-Baptiste de La Boissière, « avocat du Roi, la charge de Procureur étant vacante ; écrivant M^ Jean-Pierre Mathieu , greffier du siège. »
Le procès-verbal enregistra les noms, prénoms et qualités des députés de l'Ordre du Clergé qui était le premier Ordre. On avait consacré à appeler les noms des députés du Clergé, dans cette première journée, deux séances : Tune tenue le matin, l'autre c< Taprès-dînée ». Celle-ci n'avait fmi qu'à « heure tarde ».
Le soir, M. de Lafitte écrivait à Barentin :
Monseigneur ,
L'assemblée générale des trois Ordres de cette sénéchaussée s'est tenue aujourd'huy. La séance du matin a duré cinq heures; celle de relevée quatre.
L'Ordre ecclésiastique est formé, demain la Noblesse, puis le Tiers-État.
Tout se passait avec une décence, une tranquillité admirables, lorsque MM. les Curés ont fait une insurrection terrible contre leur prélat, dont je ne puis assez louer la modération (1).
Il leur a fait une exhortation édifiante qui, j'espère, ramènera tout dans la règle ; mais , je crois que , pour la députation, les curés feront la vole !
Si la séance de demain se passe sans orage, je réponds de tout (2) et notre Tiei"s-État sera sage.
Mes deux amis décrétés ont rendu leur audition et se sont retirés sans la levée de leur interdit. Ils vont se défaire de leur charge et le ressort perdra les deux meilleurs de ses sujets (3).
La FiTTE.
(1) C'était l'évêque d'Usson de Bonnac, un des nombreux favoris de la Du Barry, renvoyé en disgrâce dans son diocèse d'Agen. La Du Barry l'avait fait inscrire sur le livre des pensions pour une pension annuelle de 40,000 livres. (Voir le Livre rouge. ). — A. M.
(2) Cette séance devait être consacrée à la noblesse. C'est donc d'elle que pouvait venir V orage. — A. M.
(3) J'ignore à quel incident il est fait ici allusion. — A. M.
Le lendemain, vendredi, 13 mars, dans la même église des Jacobins, il fut procédé à Tappel des électeurs de la Noblesse.
L'appel des députés du second Ordre étant terminé avant la fin de la séance, on commença Fappel des députés du Tiers, qui fut achevé le samedi, 14.
Le procès-verbal de cette deuxième journée finissait par ces lignes :
Et attendu qu'il ne se présente plus personne de l'Ordre du Clergé , de celui de la Noblesse ni des représentants du Tiers-État et que Messieurs les Curés ont représenté la nécessité de se retirer dans leurs paroisses pour y faire le Service divin, demain quinzième du courant, jour de Dimanche, du consentement dudit avocat du Roi, nous avons permis auxdits sieurs Curés de se rendre dans leurs paroisses ; au surplus nous avons renvoyé la continuation du présent verbal à lundi prochain, seizième du courant, à huit heures du matin , à laquelle tous les membres des trois Ordres demeurent intimés et avons signé avec ledit avocat du Roi et notre Greffier.
La Fitte, président.
La Boissière.
Mathieu.
Quel était le sujet de la querelle qui avait éclaté entre les députés de TOrdre du Clergé et leur Évêque, querelle que le Lieutenant général qualifie d' « insurrection terrible » et à la suite de laquelle il prédit gaîment que le bas clergé, maître du terrain, fera la vole?
L'évêque d'Agen, Jean-Louis d'Usson de Bonnac, était d'un caractère altier et fort imbu d'absolutisme. Comme la plupart de ses confrères, les hauts prélats de Cour, il avait, pour le clergé inférieur sorti du Tiers-État, des hauteurs et des mépris que .celui-ci supportait avec plus de colère que de résignation. C'est M. d'Usson de Bonnac qui, plus tard, à l'Assemblée nationale, donnera au clergé de Cour le signal de la révolte contre l'Assemblée souveraine. Afin de s'assu-
rer, au début des opérations électorales qui s'ouvraient à Agen, une influence prépondérante sur ses prêtres, il avait cru devoir recourir à deux manœuvres que les députés du Clergé déjouèrent avec autant de perspicacité que de vigueur.
Il voulut réunir les députés du Clergé chez lui , au palais épiscopal (1). Il les aurait eus mieux sous la main.
Les curés refusèrent de s'y rendre.
Ils se réunirent aux Capucins et, comme ils étaient en immense majorité, l'aristocratique evêque dut incliner sa fierté au profit de son ambition. Entouré de sa petite cour de vicaires généraux, de chanoines, d'abbés et de supérieurs de couvents, il se rendit aux Capucins.
Les membres du bas clergé étaient sur leur vrai terrain. Ils tinrent tête à l'évêque avec intrépidité, cherchèrent querelle à ses grands vicaires, à ses chanoines, au supérieur du Collège, aux professeurs de son Séminaire, aux pré-^ bendés pourvus de procurations dont le clergé inférieur contestait la régularité. Le Lieutenant général, saisi de la contestation, se prononça contre la validité de ces procurations, et les favoris de l'évêque durent quitter la chambre ecclésiastique.
Le clergé inférieur était d'autant plus irrité contre le prélat que celui-ci, d'accord avec les chanoines de sa cathédrale, avait émis la prétention d'exclure de l'assemblée du clergé un assez grand nombre de curés, sous prétexte qu'ils étaient à la tête de paroisses situées à plus de deux lieues d'Agen et dépourvues de desservants (2).
Les membres du clergé inférieur furent désarmés par leur victoire même. M. d'Usson de Bonnac, comme on le verra
(i) Aujourd'hui l'hôtel de la Préfecture.
(2) Le lecteur est prié de se rappeler l'analyse que j'ai donnée plus haut du Règlement et du système d'ailleurs si compliqué de la procédure électorale arrêtée par la Cour.
plus loin, arriva à ses fins et fut élu député aux États Généraux par son Ordre (1).
Le jugement rendu par de Lafitte, infirmant les procurations dont s'étaient pourvus les grands vicaires, chanoines, professeurs du Collège et du Séminaire et autres favoris et partisans de Tévêque, fut cassé par MM. de Barentin et Necker, mais trop tard pour que la décision ministérielle arrivât à Agen en temps utile. Ceux qui bénéficiaient de cette décision, M. de Parades, supérieur des Oratoriens, qui dirigeait le Collège, M. de Passelaygue, chanoine, et autres intéressés, eurent le mauvais goût de rendre publiques par la voie de la presse les lettres de Barentin et de Necker qui la leur notifiait, sans les communiquer à M. de Lafitte. Le Lieutenant général blâma publiquement un tel procédé. Mais, comme il devait s'incliner, il le fit avec bonne grâce :
« Mes sentiments sont connus, écrivait-il; je n'ai jamais rougi d'avouer l'erreur où je suis tombé ; et ma satisfaction est complète lorsqu'il est en mon pouvoir de la réparer. »
Le samedi, 14 mars, au cours de l'appel des électeurs du Tiers-État et de la vérification de leurs pouvoirs, deux incidents s'étaient produits.
M. de Lagrange, électeur-député de la ville de Puymirol, dont il était maire, réclama au nom de cette ville le droit d'être appelée immédiatement après six autres villes de la Sénéchaussée. Question de préséance; Puymirol ne voulait pas que l'on prenne le pas sur elle. Acte fut donné à M. de Lagrange (on se croirait chez les Précieuses Ridicules I) de sa protestation et l'on passa outre — heureusement !
Aussitôt, M. de Falagret, au nom des électeurs du Tiers- État, s'avança vers le bureau et remit au Lieutenant général
(i) Voir aux Pièces justificatives les documents relatifs à cette affaire.
« une feuille de papier libre, écrite sur deux pages, en ce compris plusieurs signatures, contenant une motion en cinq articles », de laquelle remise acte lui fut donné. Cette motion était ainsi conçue :
Les députés du Tiers-État de la Sénéchaussée d'Agénois, représentant le nombre de cent trente juridictions sur celui de cent trente -quatre qui composent ladite Sénéchaussée, réunis dans l'église des Frères prêcheurs où se tient maintenant l'assemblée de la vérification des pouvoirs , chargent M. de Falagret d'aller devers M. de La Fitte, lieutenant général, commissaire du Roi et leur président , et au nom de l'Ordre dudit Tiers-État , réclamer :
lo Qu'il soit évité toute confusion, tant dans la présente assemblée que dans celles qui se succéderont ; ce faisant que tous les députés seront placés en face et se tiendront assis. '
2» Qu'aucun ne restera debout, à moins qu'il ne soit porteur de parole, ce qui ne sera permis qu'à un seul à la fois.
3° Que tout autre qu'un député sera prié de se retirer.
4o Qu'il sera pris des moyens pour qu'à l'avenir, il ne reste dans le lieu de l'assemblée aucun étranger.
La motion ci-dessus étant conforme aux règles et méritant par là d'être approuvée , ledit sieur député en demandera acte.
A Agen, dans l'église des Frères-Prêcheurs (1), aujourd'hui quatorzième mars mil sept cent quatre-vingt-neuf, à dix heures du matin , l'assemblée tenant.
Signés : Marraut, député de Monclar. — Coutausse de Saint-Martin, député de La Sauvetat-de-Caumont. — Ville- NEUVE-DoRDAYGUE , député de Casseneuil. — Cornier, député de Lévignac, — Boucherie de Lamothe , député de Duras, — Geneste, député de Laparade. — Dubois de Grillon, député de Montauriol de Castillonnès. — Moranges, député de la juridiction de Frégimont. — Boussion, faisant pour Lauzun. — Audié, faisant pour Tonneins-Dessus. — François, faisant pour Clairac. — Bruguiéres jeune, faisant pour Castelmoron, — Dardes, député. — Albre, député. — Gayral, député. — Vidouze-Roquevert, député de Grateloup. — Glory, député de Nicole. — Gauche, député pour Prayssas. — Dubruel de Broglis. — Go-
(1) Jacobins.
LOMBET DE PRAGNAN. — FrAIGNEAIJ. — DrILLOLE. — MaURÈS ,
député. — Fray. — Pelissier jeune. — Fontanet. — Verdolin. — GiMBER de Sissac. — BouDiN. — Falagret, député du Tiers- État,
Ne varietur, La Fitte.
La Boissiëre, procureur du Roi.
Le surlendemain, c'est-à-dire le lundi 16 mars, tous les députés auraient dû se trouver, dès huit heures du matin, dans l'église des Jacobins. La séance ne put être ouverte qu'à neuf heures. Encore quelques électeurs manquèrent-ils à l'appel. M. de La Boissière, faisant fonction de procureur du Roi, requit contre les défaillants. Ils encouraient une amende de cinquante livres.
L'Assemblée générale des trois Ordres ainsi constituée, M. de Lafitte, en sa qualité de commissaire du Roi, prit la parole et, a d'une voix forte et accentuée, avec beaucoup de mouvement et de chaleur ))(!), il débita la harangue suivante :
Messieurs,
Parmi les matières souvent importantes qui ont été jusqu'à présent agitées parmi vous et sur lesquelles vous avez eu à délibérer ou à prononcer, il ne s'en est jamais présenté d'un ordre supérieur à celles qui sont aujourd'hui soumises à votre examen et à votre sagesse.
La restauration des finances , la réforme des abus , la régénération d'une vaste Monarchie dans toutes les parties de son administration, tels sont, Messieurs, les grands objets qui vont faire désormais la matière de vos assemblées.
(1) C'est lui qui nous l'apprend dans une lettre qu'on trouvera plus loin.
Ce travail immense qui va heurter de front tant d'intérêts divers a déjà causé, dans plusieurs parties du Royaume, des convulsions violentes qui ont entraîné après elles la confusion et le désordre.
Félicitons -nous, Messieurs, de nous rencontrer ici dans une Assemblée privilégiée qui bannira bien loin d'elle les passions intéressées qui aveuglent et précipitent, qui écartera de son sein tout esprit de parti , tout amour-propre mal entendu qui égarent ceux qui s'y livrent et lui font faire autant de chutes que de faux pas.
Nous allons voir régner parmi nous l'union, la concorde et la paix qui nous sont si salutaires et si désirables ; vous allez vous distinguer par une noble émulation pour le bien , sans laquelle il est si difficile de l'opérer. Vous allez nous montrer enfin que c'est de l'amour de tous les citoyens et du patriotisme de tous les Ordres que dépend aujourd'hui le salut de la République.
Mais , plutôt , oublions cette distinction des rangs et des Ordres ; souvenons-nous seulement que nous sommes citoyens et Français, que l'État a des besoins auxquels il est indispensable de pourvoir et que, pour parvenir à ce grand objet, toutes les immunités, tous les privilèges dont la conservation sera reconnue incompatible avec le bien général doivent lui être sacrifiés sans murmure: Déjà les Prélats, les Princes et les Pairs nous ont donné un grand exemple en déclarant vouloir contribuer dans la même proportion que le Peuple et ce sacrifice volontaire autant que généreux leur a valu un juste tribut de reconnaissance de la part de leurs concitoyens.
Le meilleur des Rois signale aujourd'hui. Messieurs, son amour pour ses peuples par le bienfait le plus précieux pour une nation policée , celui d'une Constitution libre ; et les États Généraux vont nous rendre tout le bonheur dont une administration vicieuse nous privait depuis si longtemps.
Mais , pour franchir ce grand intervalle , il a fallu que la Providence nous fit rencontrer dans sa miséricorde ce Génie immortel qui semble ne respirer que pour la gloire du nom français. Demandons pour second bienfait la conservation d'une tête si précieuse , que ce Ministre nécessaire à la France, ce Ministre tel que la Nation française eût pu le demander au Ciel veille sans cesse au pied du trône pour en affermir les fondements et pour dicter les conseils de sa sagesse à un Rpi juste et bon , toujours disposé à foire le bien qu'on lui propose ou à réparer le mal qu'il n'a point fait et que des cir-
constances malheureuses, éloignées et indépendantes de lui, ont produit.
Lui seul, Messieurs, vous a mis à portée de faire retentir vos plaintes jusqu'au trône par Torgane de vos Députés. Mais, en réfléchissant que ces Commissaires vont balancer votre sort dans leurs mains, songez donc aussi de quelle importance il est pour vous de ne rassembler vos suffrages que sur des personnes d'un cœur droit et d'un esprit éclairé.
Le Législateur n'a pas pensé que votre intérêt môme, tout puissant qu'il est, eût assez d'empire sur vous pour déterminer le meilleur choix possible ; il a voulu vous lier encore par l'appareil de la Religion et sous la foi du serment que vous allez bientôt prêter dans nos mains.
S'il était malheureusement parmi vous , Messieurs , quelque esprit malintentionné , malheur à lui ! 11 doit savoir que tous les regards sont portés sur lui , que l'opinion publique l'investit dans ce sanctuaire et que s'il était capable de trahir ou de tromper les intentions bienveillantes du Monarque et les espérances de la patrie, le déshonneur et l'opprobre seraient le juste salaire de sa perfidie. Que s'il les remplit, au contraire, comme cette auguste assemblée et d'élite nous en est garant, il peut s'assurer d'avance de la bénédiction de tous ses concitoyens qui le regarderont avec justice comme l'honneur de sa famille et la gloire de son pays.
Cette grande éloquence, qui était dans le style et le caractère du temps, ne fut pas sans produire une profonde impression ; elle ajouta à la gravité, à la solennité de l'acte qui allait s'accomplir.
Après que le Lieutenant général eut achevé son discours , M. de La Boissière prit de nouvelles réquisitions en conformité de l'article 20 du Règlement pour qu'il fût procédé sur le champ et par Ordres à la prestation de serment en la forme accoutumée.
Tous les membres du Clergé mirent la main sur la poitrine et promirent et jurèrent par serment de procéder fidèlement à la rédaction du Cahier général de leur Ordre et à la nomination de leurs députés aux États Généraux.
A leur tour, les gentilshommes levèrent la main à Dieu, promettant et jurant sous la foi du serment de procéder fidèlement à la rédaction de leur Cahier et à l'élection de leurs députés.
Enfin, les électeurs du Tiers-État firent le même serment et les mêmes promesses en levant la main.
Cérémonie auguste et solennelle qui prouve quelles graves pensées présidaient alors aux actes de la vie publique !
Les Ordres n'avaient plus qu'à se séparer afin que chacun d'eux, retiré dans le local qui lui serait assigné, travaillât à la rédaction du Cahier général.
M. de Lafitte assigna le couvent des Capucins à l'Ordre du Clergé ; la Noblesse se retira à l'Hôtel de Ville; le Tiers- État resta aux Jacobins.
Le Qergé et la Noblesse se retirèrent et le Tiers^État procéda à l'élection des Commissaires qui devaient être chargés de la rédaction du Cahier général.
Furent élus : MM. Lacuée, lieutenant-assesseur au présidial; Bergognié, conseiller du Roi au sénéchal; Lucinet, avocat à Puymiclan; Laperche, médecin à Tonneins; Coutausse de Saint-Martin , avocat à La Sauvetat-de-Caumont ; Falque, juge à Beau ville; Terme, bourgeois de Marmande ; Albre, avocat à Villeréal ; Fraigneau, notaire et juge à Cahuzac; Bruyère, avocat à Cancon; Aubert, juge à Villeneuve; Moulenq, médecin à Valence; Vacquié, avocat à Roquecor; Delbourg, juge à Castillonnès ; Balguerie, bourgeois à Clairac; Graulier, avocat au Port-Sainte-Marie; Orliac cinquième, négociant à La Magistère; Escourre de Peluzat, avocat à Libos; Armand, bourgeois à Lacépède; Martin, avocat à Sainte-Livrade ; Cazabonne, jugea Combebonnet; Lamothe, avocat à Duras; Chauzenque, avocat à Gontaud ; Dutreilh, ancien notaire aux Tricheries; Mautor, avocat à Aiguillon ; François, négociant à Clairac ;. Boucher,
procureur à Sauvagnas ; Cornier, garde du Roi à Lévignac ; Vital, notaire à La Sauvetat-de-Savères ; Hugonel fils, bourgeois à Lauzun; Boissié, avocat à Laugnac; Falagret, conseiller au sénéchal d'Agénois; Dardes, ancien notaire à St- Julien; Golombet, avocat à Marmande; Marraut, avocat à Agen ; Latapie, bourgeois à Valence; Ducondut, avocat à Monflanquin ; Fray, avocat au même lieu ; Dupeyron, avocat à Montaigut ; Auzeral, avocat à Ladignac ; Troupel, notaire à Penne ; Beaubens, conseiller honoraire au sénéchal ; Gazemajor, notaire à Pujols; Marabal, notaire à Valeilles; Cabrol, jyge à Péchagut; Lagrange, maire de Puymirol; Gayral, notaire à Gastelsagrat ; Hugonis, juge à Sauvagnas; Monforton Saint- Amans, bourgeois à Villeneuve; Venès, avocat à Tonneins; Delcussot, notaire royal, lieutenant de juge à Goudourville ; Borie, avocat à Tournon; Laulanié-Lavergne, feudiste à Masquières; Savignac, juge à Valence; Mayrac, médecin à Villeréal; Lapeyrière, bourgeois de Virazeil.
Les commissaires ainsi désignés, les autres électeurs s'en allèrent en congé jusqu'au lundi 23 mars. Les commissaires comprirent qu'ils étaient trop nombreux pour se livrer à un travail utile; ils nommèrent, pour la rédaction du Cahier, une commission composée de MM, de Lacuée, Bergognié, Falagret, Daubert, Saint-Martin et Vacquié. A ces six commissaires, on nomma dix-huit commissaires adjoints qui furent MM. de Lagrange, Escourre, Fray, Gazemajor, Gornier, Terme, Lamothe, Albre, Fraigneau, Hugonet, Delbourg, Laperche, François, Lucinet, Mautor, Dupeyron, Marabal et Falques. Ges commissaires adjoints avaient la faculté d'assister au travail des six premiers et de leur fournir (( des instructions ».
A ces vingt -quatre commissaires furent adjoints deux négociants, MM. Gounon, d'Agen, et Orliac, de La Magistère.
MM. de Lafitte, de La Boissière et le greffier Mathieu dressèrent procès-verbal de ces opérations et se retirèrent pour laisser les commissaires travailler à la rédaction du Cahier du Tiers.
Le 17; Lafitte rendait la décision qui considérait comme nulles et non avenues les procurations dont s'étaient pourvus les Chanoines, Prébendes, Religieux, Séminaristes, Oratoriens tenant le Collège et autres.
Puis, vaincu par la fatigue ou par l'émotion, il tomba malade.
Le 19, le greffier Mathieu écrivait, en effet, à M. de Barentin :
Monseigneur,
M. le Lieutenant général étant malade dans son lit et ne pouvant pas lui-même vous rendre compte des choses concernant les États Généraux de cette Sénéchaussée, m'a chargé, en ma qualité de greffier, d'avoir Thonneur de le faire pour lui.
L'Assemblée générale se tint le jeudi , 12 ; elle dura jusqu'à samedi, 14, inclusivement, à deux séances par jour de quatre à cinq heures chacune.
L'énumération et la qualification des membres devait nécessairement être fort longue puisque l'Assemblée est composée d'environ deux cents prêtres, trois cents gentilshommes et six cents du Tiers- État. Cependant, elle a fini à la séance du soir, samedi.
Après la prestation de serment par Ordre , la Chambre ecclésiastique fut assignée dans l'ÉgUse des Capucins, MM. les Curés s'étant expliqués hautement qu'ils n'iraient pas à PÉvêché que M. le Lieutenant général avait l'intention de leur fixer. Celle de la Noblesse au Gouvernement et le Tiers-État au Palais pour les assemblées particulières et pour le travail des commissions. Chaque Ordre travaille séparément à la rédaction de son Cahier général. Il paraît que celui du Tiers-État sera volumineux (1), puisque les vingt-quatre commis-
Ci) Cette insinuation du greffier Mathieu ne fut pas justifiée par l'événement. En effet, si l'on compare l'étendue des trois Cahiers
saires chargés de la rédaction ont annoncé qu'ils ne pouvaient pas rendre compte de leur travail avant dix ou douze jours.
Il s*élève de temps en temps quelques difficultés dans les Chambres. Elles sont terminées par M. Uchard, lieutenant particulier du siège, assisté de quatre commissaires et sur les conclusions de M. l'avocat du Roi.
Mais , du reste , tout va rondement et se passe avec une grande décence. Il est vraisemblable que les'Dépu tés-Représentants (4) pourront partir pour Versailles le 1er avril prochain.
Monsieur le Lieutenant général qui m'a chargé particulièrement, Monseigneur, de vous offrir l'assurance de son respect , vous prie de croire que s'il ne continue pas ce travail dont il sait toute l'importance, c'est que les forces lui manquent et non le courage et le zèle.
Je suis avec un profond respect , Monseigneur,
Votre très humble , etc.
Mathieu, greffier au Sénéchal-Présidial d'Agen.
Le Garde des sceaux répondait pour accuser réception et réclamer, dès que les députés aux États Généraux seraient élus, renvoi de leurs noms et qualités et rindication de la « nature de leurs pouvoirs, sans aucun retard ».
Le Lieutenant général devait y joindre un état de toutes les paroisses de la Sénéchaussée, avec l'indication du nombre de feux par chaque paroisse , ainsi que les noms et qualités de tous les électeurs des trois ordres.
Du 19 au 22 mars, les Chambres des trois Ordres se complètent par l'arrivée d'électeurs retardataires qui remettent leurs pouvoirs et prêtent serment.
entre eux, dans l'édition de la veuve Noubel, on trouve que le Cahier du Clergé a 17 pages, celui du Tiers, 20, et celui de la Noblesse , 30 ! Mais il souffle désormais au Présidial un esprit hostile au Tiers-État.
(i) Aux États Généraux.
Le 22, M. de Lafitte, remis de son indisposition, est appelé à vider un incident qui s'est produit dans la juridiction de Castelculier. Les habitants, appelés à désigner leurs électeurs, se sont divisés en deux réunions opposées; chacune de ces réunions a fait des choix différents.
Les sieurs Lespinasse, notaire, et Jean Hybre, bourgeois, pour Castelculier, et le sieur Bonaventure Pradié pour la paroisse de Saint- Amans, s'étant présentés à T Assemblée générale tenue aux Jacobins, ont été renvoyés à se munir de nouveaux pouvoirs devant les Juges ou les Consuls du lieu. Or, ni juge, ni consuls n'ont tenu compte de cette décision purement verbale du Commissaire du Roi, — en sorte que la juridiction de Castelculier court risque de n'être pas représentée...
Sur quoi, M. de Lafitte les admet et leur fait prêter serment.
Le 23, Pierre Paganel, curé de Saint-Martin de Noaillac de Pujols, est admis à prêter serment et à se rendre à la Chambre du Clergé. L'abbé Paganel jouera plus tard un rôle important dans le département de Lot-et-Garonne.
Ce même jour, les Commissaires du Tiers déposèrent sur le bureau le Cahier dont ils venaient d'achever la rédaction. Le Lieutenant général ordonna qu'il en fût immédiatement donné lecture par son greffier devant tous les électeurs.
L'Assemblée y fit ajouter six articles complémentaires.
Puis, les vingt-quatre commissaires furent invités à signer et arrêter le Cahier,
M. Delbourg, juge à Castillonnès, l'un des commissaires, signa le Cahier, y compris les six articles additionnels, sans faire d'observation. Les vingt-trois commissaires restants firent observer que les six derniers articles n'étaient pas de leur rédaction et ils en demandèrent acte. M. de Lafitte fit droit à leur demande ; apfès quoi ils signèrent le Cahier, y
254 t^OS CAHIERS DE 1789
compris les articles additionnels, et tous les électeurs du Tiers signèrent à la suite, à l'exception de quelques-uns pour ne savoir.
Une légende existe , d'après laquelle les commissaires du Tiers, incapables de rédiger le Cahier, se seraient laissé acculer jusqu'au dernier moment et, en désespoir de cause, auraient eu recours à la plume de M® Borie, avocat.
Rien , dans les documents qui ont passé sous nos yeux — et ils sont nombreux — ne justifie cette légende.
Le procès-verbal qui constate la remise par les Commissaires du Tiers du Cahier de leur Ordre, porte, au contraire, textuellement : « Nous avons, sur le requis dudit avocat du Roi, fait faire lecture, par notre Greffier, du Cahier du Tiers-État dont la rédaction avait été faite par les susdits commissaires, » Rien de plus formel que cette affirmation authentique.
Après la remise du Cahier, M. de Lafitte, sur la réquisition de M. de La Boissière, consulta la Chambre du Tiers sur la question de savoir si , pour l'élection des députés aux États Généraux, tous les électeurs voulaient prendre part au scrutin ou si l'Assemblée était décidée à se réduire, conformément à l'article 34 du Règlement, au tiers de ses membres.
La Chambre du Tiers, respectueuse de la légalité, déclara unanimement qu'elle se réduirait, dans les proportions réglementaires, au chiffre de deux cent quarante-huit électeurs et par la voie du scrutin.
Cette réduction faite, les trois doyens d'âge — Latapie, bourgeois de Valence, — Escourre de Péluzat, avocat à Libos, et Falques, juge de Beauville, — constituèrent le bureau provisoire pour procéder à l'élection du bureau définitif.
Ce bureau qui devait procéder, à partir du lendemain,
25 mars, aux opérations du scrutin ouvert pour l'élection des députés du Tiers aux États Généraux, se trouva composé de MM. Viremondoi, Escourre et Cornier, écuyer.
Le 25, dans « l'auditoire du Palais », commencent les opérations électorales.
M. de Lafitte préside.
Au milieu de la salle, derrière le bureau, se tiennent les trois scrutateurs.
Lecture est donnée de l'article 47 du Règlement.
Puis, les trois scrutateurs déposent leurs « billets » dans l'urne ou plutôt, pour employer les tertîies mêmes du procèsverbal, dans « le vase préparé sur ledit bureau ».
Chaque électeur vient voter à son tour, à l'appel de son nom.
Les scrutateurs comptent les bulletins : deux cent quarante-huit. Tous les électeurs ont voté.
Puis , les scrutateurs ouvrent les « bulletins » et les vérifient.
Escourre de Péluzat est élu le premier par 197 voix.
Les bulletins sont brûlés en présence de l'assemblée.
Le 26, les opérations continuent.
A l'appel de leurs noms, les électeurs votent pour l'élection d'un deuxième député. Mais, quelques électeurs manquent à l'appel.
M. de Lafitte donne défaut contre eux et veut décider que, pour ce tour seulement, ils perdront leur droit de suffrage.
Contre cette décision , dont la gravité n'échappe à aucun
des assistants, l'un des scrutateurs, Cornier, se lève et, au nom des deux autres comme au sien , il déclare que si les absents doivent perdre leurs suffrages, ses collègues et lui refusent leur concours.
M. de Lafitte cède. La séance est levée (il était neuf heures du matin) et renvoyée « à deux heures précises de relevée ». Le Lieutenant général ordonne que les électeurs seront convoqués « au son de la cloche de l'Hôtel de ville ». Le beffroi existait encore.
A deux heures, deux cent cinquante-deux électeurs sont présents. Huit d'entre eux s'excusent de leur absence du matin. Il leur a été impossible d'arriver à l'heure; les rivières sont débordées.
Votants : 250.
Daubert, juge royal de Villeneuve, est élu par 179 voix.
On procède à un autre tour.
Votants : 248.
Renaut, avocat à Agen, est élu par 193 suffrages.
A cause de 1' « heure tarde », la suite des opérations est renvoyée au lendemain, 27 mars.
Le 27, il n'y a plus que 243 votants.
Pierre Milhet de Belisle, avocat, propriétaire à Miramont, obtient 245 suffrages. C'est deux de plus qu'il ne faut. Il est élu.
M. de Belisle étant absent, on procède à l'élection d'un suppléant afin que, s'il n'accepte pas, la représentation de la Sénéchaussée n'en soit pas diminuée.
Sur 229 suffrages, 169 se réunirent sur le nom de Boussion, médecin à Lauzun.
Dans la même journée, mais à la séance de l'après-dîner, c'est-à-dire de l'après-midi , François, bourgeois-cultivateur à Clairac, est élu par 163 suffrages sur 232 votants.
On procède à un autre tour.
Terme, bourgeois-cultivateur à Marmande, est élu par 124 suffrages sur 232.
A peine ce résultat est- il proclamé que six membres de rOrdre de la Noblesse apparaissent dans la salle et se dirigent vers M. le Lieutenant général. Ce sont messires Paul de Cadot d'Argeneuil, Marc- Antoine Dangeros de Castelgaillard, François - Louis de Fumel de Montaigu, Louis d'Albert de Laval, î'rançois de Garbonneau de Foncouverte, Pierre-Léon Drouilhet de Sigalas et Guillaume Ballias, chevalier de L'Aubarède.
Ils viennent au nom et comme Commissaires-députés de la Noblesse, en ce moment réunie dans l'église des Pénitents bleus, déclarer au Lieutenant général que la noblesse de la Sénéchaussée d'Agénois ne saurait tolérer ni souffrir qu'aucun de ses membres prenne, dans les actes où elle comparaît en corps, aucune qualité qui les distingue les uns des autres et établisse entre eux des marques de supériorité telles que celles de Monseigneur, de très haut et très puissant Seigneur, comme aussi celles de marquis, comte, vicomte, baron, etc.
Et ils protestent contre les qualités prises par certains de la Noblesse dans des actes relatifs aux élections aux États Généraux, et ils demandent acte de leur protestation.
M. de Lafitte, ayant à répondre à ces illustres personnages, dresse un procès- verbal en tête duquel il se revêt de tous ses titres et qualités :
Par devant nous , Jacques de La Fitte , écuyer, conseiller du Roi , Lieutenant général, Juge-Mage, président de la Sénéchaussée et présidial d'Agénois, commissaire du Roi, etc.
Il donne acte aux six gentilshommes de leur protestation.
M. de Lafitte, qui nous a conservé dans ses procès-verbaux les plus minutieux détails des opérations électorales du Tiers, ne dit pas un mot, dans sa Correspondance, des
incidents qui se produisirent dans les Chambres des deux Ordres privilégiés.
Cependant, nous savons que si le duc d'Aiguillon et M. de Bourran réunirent la presque unanimité des suffrages de leur Ordre, M. de Fumel-Monségur, commandant en second de TAgénois et du Condomois, ne put être proclamé qu'après trois tours de scrutin. Encore avait-on introduit dans la salle des électeurs qui n'étaient pas gentilshommes et qui lui donnèrent leurs suffrages !
Cette candidature n'était pas du goût de la Noblesse. Elle fut d'autant moins agréable au Tiers-État que M. de Fumel s'était vanté « de mettre, avec cinq cents hommes, le Tiers- État de la province à la raison ! »
Cette brute fut élue.
Les gens de la Noblesse étant sortis, un autre incident se produit :
L'avocat du Roi, M. de La Boissière, se lève et représente à l'assemblée du Tiers qu'elle s'est mise en' contradiction avec elle-même en votant pour des députés qui, lors de la signature du Cahier, ont publiquement déclaré ne point approuver les articles additionnels. A son avis, l'assemblée devrait indiquer de façon précise les pouvoirs qu'elle entend donner aux députés en les astreignant à faire prévaloir de tout leur pouvoir et sur leur honneur les six articles.
Dans le cas contraire, il demande qu'il lui soit donné acte de la protestation qu'il élève contre l'élection des sieurs Escourre, Daubert, François et Terme.
A peine M. de La Boissière, avocat du Roi , — qui eût été tenu, selon nous, à plus de réserve, — a-t-il achevé, que M. de Falagret se lève :
((.Les quatre députés, dit-il, n'ont pas protesté contre le Cahier général; ils se sont bornés à déclarer que les dix derniers articles sont l'œuvre de l'Assemblée et ne sont pas de leur rédaction. Au surplus, c'était à M. le Président à
faire des observations, s'il y avait lieu, non à l'Avocat du Roi. Si M. FAvocat du Roi proteste, j'ai, moi, Falagret, comme tous les électeurs , le droit de protester contre la protestation du Procureur — et je proteste ! »
M. de Lafitte déclare que, « sans toucher aux élections », il donne acte au Procureur de sa protestation et ordonne « qu'il sera sur le champ procédé par l'Assemblée à la fixation des pouvoirs qu'elle doit donner à ses députés. »
M. de Falagret reprend la parole pour déclarer que les observations qu'il a présentées, il les a faites non en son nom seulement, mais au nom de l'Assemblée tout entière,
R s'élève soudain dans l'auditoire — d'après le procèsverbal de M. de Lafitte — un « vacarme épouvantable », les uns criant : oui! les autres : non!
Sur quoi , M. de Lafitte a le « mal au cœur » de rompre, pour la seconde fois, les opérations électorales. Il consigne dans son procès-verbal que « les esprits étaient si échauffes et les sentiments qui les agitaient si violents que le sieur de Falagret, dans l'emportement de ses réponses, s'était trouvé mal et qu'il avait fallu, pour lui rendre un calme qui lui devenait si nécessaire, lui faire respirer du vinaigre et lui en faire boire mêlé avec de l'eau. »
M. de Falagret était conseiller au Sénéchal. C'est un point à noter, parce qu'il explique un passage de la correspondance de M. de Lafitte avec Barentin, correspondance que nous allons mettre sous les yeux du lecteur.
La séance du 28 ne fut pas moins mouvementée.
M. de Lafitte — c'est lui qui nous l'affirme dans une lettre que nous publions plus loin — en avait habilement préparé le programme et réglé les incidents avec la connivence de
la Noblesse et du Clergé. Il eut Tair de « se faire forcer la main » pour mettre brusquement fin aux travaux de la Chambre du Tiers, au risque d'empêcher le Tiers -État d'aboutir.
Sur sa demande, la Chambre du Clergé lui avait fait signifier, dès le matin, par Laborde, huissier, la pièce suivante :
Messieurs de l'Ordre de la Noblesse ont fini leurs opérations ; Messieurs de l'Ordre du Clergé ont également fini les leurs. Le Clergé, instruit que M. le Lieutenant général vient de terminer rélection des Députés du Tiers-État et que, néanmoins, il est traversé dans ses opérations, désirerait cependant que l'Assemblée générale pour la prestation de serment des Députés se tint dans la journée d'aujourd'hui, 28, n'étant pas juste que les deux premiers Ordres fussent retenus dans la vilte d'Agen pendant un temps indéfini , celui qui s'est écoulé ayant été plus que suffisant pour terminer les élections du Tiers-État, d'autant que plusieurs séances ont été interrompues ou levées fort vite , sans qu'on en puisse pénétrer les motifs. C'est pourquoi l'Ordre du Clergé requiert M. le Lieutenant général d'assigner, par toute la journée d'aujourd'hui, l'heure de l'Assemblée générale pour la prestation de serment des Députés des divers Ordres.
Signés : f Jean-Louis , Evêque d'Agen , Président
de l'Ordre du Clergé.
Prudhomme, Secrétaire.
De son côté, après entente préalable avec M. de Lafitle, l'Ordre de la Noblesse lui faisait signifier une pièce analogue :
Nous, membres de la Noblesse de la Sénéchaussée d'Agénois, ayant achevé les opérations pour lesquelles nous étions convoqués ; instruits que celles de l'Ordre du Clergé étaient finies et que l'élection des Députés de l'Ordre du Tiers-État est terminée , nous désirons que l'Assemblée générale des trois Ordres, pour la prestation de serment de nos Députés, se tienne dans la journée d'aujourd'hui, samedi, 28 mars 1789 ; n'étant pas juste que l'Ordre de la Noblesse soit retenu dans la ville d'Agen pendant un temps indéfini , celui qui s'est écoulé déjà étant plus que suffisant pour que toutes les opéra-
LES ÉTATS GÉNÉIIAUX 261
fions de l'assemblée soient terminées. En conséquence, nous demandons et requérons que M. le Lieutenant général assigne , par toute la journée d'aujourd'hui, l'heure de l'assemblée générale pour la prestation de serment des Députés des diflFérents Ordres.
Armé de ces deux pièces, le Lieutenant général ouvrit la séance à onze heures du matin, en représentant à la Chambre du Tiers, « dans les termes les plus mesurés, le tort qu'elle se faisait à elle-même en n'apportant pas dans ses délibérations le bon esprit d'union et de concorde qui était si nécessaire pour seconder les vues bienfaisantes du Monarque dans ce moment précieux et que la conduite du Commissaire du Roi, pleine de douceur et d'honnêteté et qu'on pourrait qualifier dans un autre (moment) de sagesse et de prudence, ne méritait pas les insurrections continuelles et les traverses fréquentes qu'on apportait à ses opérations. »
M. de Lafitte déclara, en outre, « à l'assemblée dudit Tiers-État que le Clergé et la Noblesse ayant fini leurs opérations et étant instruits que les six Députés du Tiers-État étaient nommés, lesdits deux premiers Ordres l'avaient requis de fixer, par tout ce jour vingt-huit mars, l'heure de la dernière assemblée générale pour y recevoir le serment des députés des trois Ordres, au nombre de douze; n'étant pas juste que le peu d'intelligence qui régnait dans cette Chambre relardât la marche des deux autres et les exposât à prolonger, pendant un temps indéfini, leur séjour dans cette ville, qui leur était si préjudiciable. »
Ainsi parle le procès- verbal dicté par M. de Lafitte luimême à son greffier Mathieu.
Il faut citer tout le reste de ce document :
Nous, Commissaire susdit, avons encore représenté à l'assemblée du Tiers-État que, l'ayant requise, hier au soir, de déterminer la nature des pouvoirs qu'elle entendait donner à ses députés, elle s'était occupée de tout autre chose ; et d'autant cpie sa demeure (1)
(1) Retard.
à cet égard , dont elle sera comptable au Roi et à la Nation , ne doit pas préjudicier à Tensemble du travail important qui occupe aujourd'hui tous les Ordres , le Commissaire du Roi , sans entendre blesser les droits de personne , autant que sa qualité peut le lui permettre et dans la seule vue de conserver les droits de la Sénéchaussée que la mésintelligence d'une partie des Électeurs laisse dans l'abandon, déclare qu'aux termes du Règlement les six Députés du Tiers-État auront tous pouvoirs généraux et suffisans pour proposer, remontrer, aviser et consentir tout ce qui peut concerner les besoins de rÉtat, la réforme des abus, l'établissement d'un ordre fixe et durable dans toutes les parties de l'administration et la prospérité générale du Royaume , ainsi que le désire le Monarque bienfaisant qui nous gouverne. A la charge néanmoins par lesdits Députés de ne voter sur l'impôt qu'après que la Constitution de l'État aura été fixée sur les bases qui auront été adoptées parles États Généraux, toutefois de concert avec le Roi ; sans cependant interdire auxdits Députés les facultés d'octroyer un subside extraordinaire ou provisoire, suivant les circonstances, pourvu qu'il frappe sur tous les Ordres et qu'il soit réparti en proportion des facultés de chacun.
Duquel procès-verbal , que nous avons cru devoir dresser par suite de notre précédent d'hier au soir et pour le bien de la chose , nous avons fait nous-même lecture à ladite Assemblée ; nous lui en avons laissé copie sur le bureau signée de notre Greffier afin qu'elle n'en prétende cause d'ignorance et qu'elle soit juge elle-même de la pureté de nos intentions.
Puis, le Commissaire du Roi fixait à trois heures de relevée la prestation de serment pour les douze Députés.
C'était une sommation injurieuse pour le Tiers-État, sommation dans laquelle le Commissaire du Roi avait la prétention de dicter à la Chambre du Tiers les pouvoirs qu'elle devait donner à ses députés.
Mais, les électeurs du Tiers avaient déjà délibéré sur les Mandats et Pouvoirs qu'ils entendaient leur confier.
Avec une patience admirable, ils entendirent lecture de la sommation que M. de Lafitte venait de leur adresser.
Sa lecture finie et copie étant laissée sur le bureau (il était
onze heures et demie), le Commissaire du Roi s*en alla avec son greffier.
Les électeurs, reprenant toute leur liberté, délibérèrent sur les Mandats et Pouvoirs à donner à leurs députés. On trouvera plus loin cet admirable document qui contient virtuellement la Révolution tout entière. Les considérants sont une réponse mesurée, mais précise et ferme aux agissements et aux insinuations du Lieutenant général : « Considérant, disent-ils, qu'après avoir procédé à l'élection de leurs Députés aux États Généraux avec la réunion de tous les sentiments nécessaires pour opérer un bon choix, il leur est essentiel de fixer l'étendue des mandats et de déterminer la force des pouvoirs qu'il convient de leur donner; bien convaincus que cette dernière fonction, une des plus précieuses de leur propriété, letir appartient sans mesure comme sans partage, nonobstant toutes oppositions, protestations, allégations particulières qui seraient jugées tendre à détruire Vharmonie qui a régné jusqu'ici parmi eux et la confiance méritée de leurs députés... »
Admirable réponse autant que modérée à la prétention du Lieutenant général de leur dicter la formule de leurs Mandais et Pouvoirs, aux accusations d'inintelligence ou de mésintelligence (le Tiers-État montra autant d'intelligence que de modération) formulées par l'agent du Roi !
De mésintelligence, il n'y en eut point dans la Chambre du Tiers où les incidents tumultueux furent toujours provoqués par les officiers du présidial. C'étaient les magistrats préposés au maintien de l'ordre qui, seuls, le troublaient.
L'union régna non seulement entre les membres du Tiers, mais aussi entre la Chambre de cet Ordre et les Chambres des deux Ordres privilégiés. Les trois Ordres entretinrent les meilleures relations; ils se communiquèrent leurs projets de Cahiers et, comme il était alors de mode, ils se haranguèrent à maintes reprises.
Touchante union entre les divers Ordres de la nation que les résistances et les manœuvres de la Royauté allaient bientôt mettre aux prises en jetant le pays dans les plus sanglantes convulsions !
Qu'on lise les Mandats et Pouvoirs donnés par les électeurs de 1789 à leurs députés et qu'on nous dise si, dans toute la volumineuse collection des Cahiers, on trouve un programme formulé avec un sentiment plus exact des besoins de la nation, avec plus de fermeté, avec plus d'élévation ?
Le Commissaire du Roi , dans sa correspondance avec les Ministres, accusera les électeurs du Tiers d'avoir. été dans l'impuissance de rédiger eux - mêmes ce programme et d'avoir eu recours à un avocat. Eh ! qu'importe, en vérité? Assurément, ils ne se sont pas mis à deux cent quarantehuit électeurs pour rédiger les Mandats et Pouvoirs. L'un d'eux ou une commission en aura préparé le projet; puis, l'assemblée du Tiers, avec ou sans modification, l'a fait sien. Est-ce que cela ne se fait pas toujours ainsi? Si l'auteur du projet fut, comme on l'a dit, M^ Borie, honneur à lui. Honneur aussi à toute la Chambre du Tiers qui l'approuva.
Ce que je constate, c'est qu'à onze heures et demie, la sommation dans laquelle le Commissaire du Roi avait accumulé des allégations blessantes pour les électeurs du Tiers était déposée sur le bureau de l'assemblée du troisième Ordre et qu'il y était immédiatement et victorieusement répondu , puisque, à trois heures, les Mandats et Pouvoirs étaient déposés sur le bureau de l'Assemblée générale.
Le jour est fait aujourd'hui sur ces incidents, et la vérité, débarrassée des légendes, est mise en pleine lumière.
La prudente patience des hommes du Tiers fut condamnée à de rudes épreuves ; elle ne se démentit point. Ils connaissaient le but vers lequel il fallait tendre. Ils y marchèrent sans bruit, sans forfanterie, sans lassitude, opposant la prudence aux habiletés, le sang-froid aux provocations.
M. de Lafitte, pour des raisons qu'on a quelque difficulté à entrevoir, était évidemment surexcité, aigri ; il avait hâte d'en finir. Le motif allégué que le séjour prolongé dans la ville d'Agen finissait par être onéreux aux électeurs de la Noblesse et du Clergé n'était, nous le savons, que le motif apparent et, pour tout dire, qu'un prétexte. Car, ce séjour n'était pas moins onéreux sans doute pour les électeurs du Tiers qui, au mépris de leurs intérêts, demeurèrent à Agen depuis le 12 mars jusqu'à la fin du même mois...
Mais, le temps n'était plus où M. le Lieutenant général, dans une de ses lettres à Barentin, disait, avec une caresse à peine voilée : « Si la séance de demain se passe sans orage, (et il faisait allusion aux seuls orages qui avaient éclaté dans les Chambres de la Noblesse et du Clergé), je réponds de tout et notre Tiers-État sera sage. »
Fallait-il tant s'étonner que le Tiers-État qui, à lui seul, comptait autant d'électeurs que les deux autres Ordres réunis, employât quelques heures de plus à mener à bonne fin les opérations électorales que la Noblesse et le Clergé achevaient à peine quand M. le Commissaire du Roi mit le Tiers en demeure d'être prêt le 28, à trois heures de relevée?
• Le Tiers-État fut prêt à l'heure voulue.
La cérémonie de la prestation de serment avait été annoncée pour trois heures par la cloche et le cri public, A trois heures de l'après-midi, le 28, en l'Église des Jacobins, les douze députés des trois Ordres de la Sénéchaussée d'Agénois, savoir :
Pour le Clergé,
MM. d'Usson de Bonnac, évêque et comte d'Agen ; Malateste de Beaufort , curé de Montastruc ; de Fournetz, curé de Puymiclan ; Pour la Noblesse,
MM. Duplessis de Richelieu, duc d'Aiguillon, pair de France ;
MM. de Bourran;
le marquis de Fumel-Monségur ; Pour le Tiers-État , MM. Escourre de Peluzat, avocat à Libos ;
Daubert, juge royal de la ville de Villeneuve ;
Renaut, avocat de la ville d'Agen ;
Boussion, médecin à Lauzun, suppléant de M. Milhet
de Belisle, avocat à Miramont, absent; François, bourgeois-cultivateur à Glairac ; Terme, aussi bourgeois-cultivateur à Marmande, jurèrent entre les mains de M. de Lafitte et dans Tordre cidessus, de « bien et fidèlement remplir les mandats » qu'on venait de leur confier.
Ainsi s'accomplirent les élections aux États Généraux dans TAgénois.
Les minutes des Cahiers des trois Ordres avec les copies certifiées des procès- verbaux des opérations électorales furent remises au greffe du Présidial. Les députés n'emportèrent à Versailles que des copies certifiées conformes des Cahiers originaux.
Nous pouvons ajouter que tous les Cahiers primaires des juridictions, paroisses et communautés avaient été également remis en dépôt entre les mains du greffier du Présidial.
On ne les retrouve ni dans les dépôts publics de Paris, ni dans les archives du département (1).
C'est une perte irréparable.
M. Milhet de Belisle apprit à Miramont, où il habitait, son élection aux États Généraux. Il se rendit en toute hâte à Agen et il y prêta serment, devant le Lieutenant général, de bien et fidèlement remplir son mandat.
(1) Cependant, notre vénérable ami M. Dupin a publié, dans la Revue historique, un abrégé du Cahier de la Communauté de Miramont.
Il nous reste à faire connaître une partie de la correspondance dans laquelle M. de Lafitte rendait compte à M. de Barentin des dernières agitations électorales. Car, si Ton voulait s'en tenir aux procès- verbaux dressés par le Lieutenant général on se condamnerait à coup sûr à ne point connaître toute la vérité et les causes secrètes des incidents qu'il y a relatés.
Le jour même où les députés élus par les trois Ordres avaient été appelés à prêter serment, M. de Lafitte adressait à M. de Barentin les procès-verbaux des opérations avec cette lettre d'envoi :
Aujourd'hui, 30 mars 1789.
Monseigneur,
Ma mission est finie et mon opération consommée, malgré les traverses infinies que j'éprouve depuis trois jours.
Voici mes verbaux ; ils sont l'expression fidelle de la vérité. Noms des Députés-Représentants :
Clergé : MM. l'évêque d'Agen, — Beaufort, curé de Montastruc, — Fournetz, curé de Puymiclan.
Noblesse: M. le duc d'Aiguillon, — M. de Bourran, de Villeneuve d'Agénois, — M. de Fumel-Monségur.
Tiers-État : MM. Escourre, avocat, — Daubei-t, juge , — Renaut, avocat , — Belisle , avocat , absent , Boussion , suppléant , — François, bourgeois, — Therme, bourgeois.
On se plaint beaucoup des cabales dans le Tiers-État. Tout ce que j'en sais, c'est que la majorité des Électeurs s'assemblaient toutes les nuits ; que les listes couraient de main en main ; que, trois jours
d'avance , les Députés étaient connus et qu'ils ont tous passé au premier scrutin sans que l'ordre des listes se soit jamais démenti (1).
Vous les verrez, Monseigneur, et vous jugerez du' mérite de chacun. Les honnêtes gens doivent se féliciter qu'on ait ti'ouvé six personnes qui ayent été estimées plus sages qu'eux. . Tout ce que j'ai à dire , c'est que les têtes gasconnes sont bien difficiles à manier et que je ne ferai plus , sous votre bon plaisir, une pareille opération.
Je suis avec un profond respect, Monseigneur, votre très humble,
La. Fitte, Lieutenant général.
Cette lettre témoigne d'un dépit dont les procès-verbaux ne nous indiquent pas très clairement les causes.
Le 2 avril, le Lieutenant général écrit à M. de Barentin :
Monseigneur,
Je dois m'estimer heureux d'avoir prévenu vos ordres en vous envoyant d'avance tout ce que vous me demandez par votre lettre du 20 mars.
Vous avez vu que la fixation des pouvoirs avait causé un éclat scandaleux qui m'obligea de lever la séance, le vendredi, 27.
Bien conseillé par quatre vieux renards qui m'ont conduit à la lisière, je me fis forcer la main par les deux Chambres du Clergé et de la Noblesse afin de faire prêter serment aux Députés-Représentants le samedi soir, 28.
Le Tiers , piqué de ma conduite nerveuse , se choisit un président (c'est la tête chenue de M. Escourre!), établit deux bureaux de correspondance dont je fus exclu — et je l'en remercie; enfin, chargea cinq orateurs de me laver la cornette le samedi soir, en présence de l'assemblée générale, lors du serment des Députés.
Me voilà donc ordonnant le serment au Clergé, à la Noblesse et au Tiers. Tous se présentent sur-le-champ; s'avancent fièrement
(1) Quel hommage involontaire à l'union, à l'entente, à la fermeté avec lesquelles les électeurs du Tiers résistèrent aux intrigues et aux cabales ourdies pour leur imposer d'autres choix ! — A. M.
mes deux orateurs.... « Monsieur le Président, nous vous demandons la parole !» — « Bien volontiers , Messieurs ; mais ma mission est finie , l'opération consommée ; je romps l'assemblée et me retire. Parlez tous à la fois et tant que vous voudrez ! »
Et moi , en carrosse , gagnant l'Hôtel.
Figurez- vous , Monseigneur, la triste posture de ces oi*ateurs , en avant, dans le parquet, au milieu de douze cents personnes, la bouche béante , le Cahier à la main et — les rieurs de mon côté !
Le tableau est d'après nature.
Dieu soif loué ! vous verrez un Cahier ! Ah ! non , Monseigneur, ne le voyez pas, il vous ferait mal au cœur.
Et où est né le désordre? Il faut le dire : dans le sein du présidial. Un cerveau brûlé a rompu toute l'harmonie et nos verbaux en demandent justice.
Je suis avec un profond respect, Monseigneur, etc.
La Fitte, Lieiitenatît général.
Cette lettre, dans laquelle M. de Lafitte raconte avec tant de désinvolture la cruelle avanie qu'il fit essuyer aux orateurs du Tiers qui le voulaient haranguer, est suivie, dans le dossier, de cette note explicative, non signée :
Motifs des Plaintes de M. de La Fitte, Lieutenant général
Le procès- verbal du 28 mars au matin et la retraite du Commissaire ayant jeté les Électeurs du Tiers-État dans un étrange embarras,- ils envoyèrent chercher un excellent avocat (i) qui leur traça des pouvoirs (2), lesquels furent signés de cent membres sur deux cent cinquante-six. Ils établirent deux bureaux de correspondance dont ils exclurent le Commissaire et firent remise du tout à la séance du même jour de relevée, lors de la prestation de serment.
Le Commissaire, loin de réclamer contre une conduite aussi
(1) Borie, avocat à Tournon, électeur du Tiers. — A. M.
(2) Il ne faut pas confondre avec le Cahier du Tiers-État ces Pouvoirs complémentaires que nous publions avec le Cahier du Tiers. — A. M.
irrépréhensible (sic), s'estime trop heureux (1) de voir finir une mission aussi onéreuse ; mais , il est obligé de donner avis des faits suivant les ordres qu'il en a reçus afin que le Roi et ses Ministres soient instruits de la manière dont les choses se sont passées à Agen.
Il paraît ressortir de tous ces documents que le Lieutenant général avait mis au début dans le Tiers-État ses plus chères espérances et qu'à la fm des opérations, il était animé, à l'égard de cet Ordre, de sentiments qui tenaient à^la fois du dépit et de la rancune. Les choix qu'avait fait la Chambre du Tiers en élisant ses six députés déplaisaient évidemment au Commissaire du Roi qui les considérait comme le résultat d'une combinaison arrêtée à l'avance. Mais, les électeurs n'avaient-ils pas le droit de s'entendre, de se concerter?
Le désordre, si l'on en croit M. de Lafitte, était parti du présidial. Il fait, sans aucun doute, allusion à M. de Falagret qu'il a impitoyablement ridiculisé dans un de ses procèsverbaux. Le désordre, s'il y en avait, fut provoqué surtout par M. de La Boissière. Beaucoup d'ambitions paraissent s'être agitées au présidial et, à notre avis, ce n'est pas du côté des électeurs du Tiers que se trouvèrent les brouillons. Toutes les manœuvres furent déjouées et le Tiers-État demeura jusqu'au bout maître de ses libres suffrages.
Le Lieutenant général , que les électeurs du Tiers avaient négligé d'admettre dans le Bureau chargé d'assurer la correspondance entre les députés et les électeurs, vit bien qu'il n'avait désormais aucune satisfaction à attendre de ce côté et il se retourna vers le pouvoir central auquel il adressa, avec plus de zèle que jamais, les témoignages de son dévouement.
On a vu plus haut le discours qu'il prononça à l'Assemblée générale des trois Ordres. Pour panser les blessures faites par le Tiers à son amour-propre, il se donna la satisfaction
(1) La note semble bien émaner de M. de Lafitte lui-même. — A. M.
un peu tardive d'adresser à Necker le texte de la harangue qu'il avait prononcée, dans la séance du 16 mars, devant les trois Ordres réunis, harangue dont, il faut bien le dire, les procès-verbaux ne portent aucune trace. Il la faisait suivre de cette lettre où l'on voit qu'il n'était pas le dernier à concevoir une haute opinion de ses talents oratoires :
Monseigneur ,
Vous êtes né pour la vraie gloire ; de grands éloges vous sont dus et mon cœur est bien fait pour les sentir. J'ai vu briller sur tous les visages le même feu dont j'étais animé en parlant de vous. C'est un cadre uni pour un beau portrait qui seul en fait le mérite. Une voix forte et accentuée , du mouvement et de la chaleur aidèrent à l'impression.
On m'a demandé ce discours avec quelque empressement ; mais , il n'est sceu que de vous.
M. le Garde des sceaux pourra vous rendre compte de ma conduite dans cette circonstance. J'ai eu des moments où je n'étais rien moins qu'à mon aise.
Votre très-humble et très obéissant serviteur.
La Fitte, Lieutenant général.
Avant de se séparer, les électeurs du Tiers, avons-nous dit, avaient organisé dans la ville d'Agen un Bureau permanent avec lequel les députés étaient tenus d'entretenir une correspondance régulière et suivie. Les membres de ce Comité permanent étaient obligés de correspondre à leur tour, avec le reste de la Sénéchaussée qui était divisée, à cet effet, en cinq bureaux ou comités particuliers. Ces cinq bureaux ou sous-comités étaient établis l'un à Marmande, le second à Tonneins, le troisième à Villeneuve, le qua-
trième à Tournon et le dernier à Castillonnès. Cette organisation était réglée par l'article 18 et dernier des Mandats et Pouvoirs,
Le Comité central de correspondance, en permanence à Agen, se composa de six membres : MM. de Falagret, Bergognié, Marraut, Andrieu, Cahusac et Pélissier le jeune.
Pour veiller à la fidèle exécution des mandats et pouvoirs qu'elle avait donnés à ses députés aux États Généraux et pour leur transmettre les avis et opinions de leur Ordre sur les points imprévus au Cahier, la Noblesse avait eu recours à une organisation plus complète encore que celle du Tiers- État. C'e§t dans sa séance du 28 mars qu'elle en avait réglé les détails.
Les gentilshommes décidèrent qu'il serait constitué, à
Agen, un Bureau permanent et que la Sénéchaussée serait
partagée en huit districts ou arrondissements dont le bureau
serait en correspondance permanente avec le Comité central
" siégeant au chef-lieu de la Sénéchaussée.
Le Comité central se composa de douze membres qui furent :
MM. Sarrasin de Bellecombe ;
Drouilhet de Sigalas, commissaire-député du district de Marmande;
Cazenove de Pradine, id., correspondant pour ledit \ , bureau ;
Le chevalier de Carbonneau , commissaire et député du district de Villeneuve ;
Pey-Ferrier, commissaire - député du district de Tonneins ;
Sevin, correspondant pour le district de Castillonnès ;
La Roche-Montbrun , correspondant de Monflanquin ;
MM. Le baron de Saint-Beauzel, député du district de Tournon ; Montpezat, du district de Penne ; Raymond, pour le district d'Agen.
D'Avach ; — Rissan ; — Lafont du Cujula et Saint- Amant.
La Chambre de la Noblesse arrêta, en outre, que, dans chaque chef-lieu des huit districts, le bureau serait composé de gentilshommes habitant au chef-lieu ou près du chef-lieu. Tous les gentilshommes électeurs qui avaient pris part aux opérations électorales d'Agen furent appelés à se réunir au chef-lieu de leur district pour élire le bureau.
Cette organisation des bureaux de district ne souleva des protestations qu*à Penne.
Six gentilshommes , qui habitaient Penne ou les environs , protestèrent contre la régularité de l'élection du bureau : c'étaient MM. le chevalier du Gravier; — Duclos-Sarrasin, chevalier de Saint-Louis; — Sarrasin-Lagréze, chevalier de Saint-Louis ; — Sarrasin de Gaillade ; — de Montmarés et le comte de Péchon.
Le Comité central d'Agen, saisi de la protestation, répondit, par l'intermédiaire de M. de Montpezat, qu'il n'avait pas qualité pour trancher de tels différends ; que cependant il lui était impossible de correspondre régulièrement avec le bureau de Penne avant que le différend ne fût arrangé ; •' qu'enfin, il ne pouvait qu'exhorter les gentilshommes de Penne à la conciliation et à l'union.
«Il peut se faire, ajoutait M. de Montpezat, que ncwas aurons besoin de nous conseiller respectivement pour diriger nos députés dans des circonstances difficiles. Jugez quels seront les conseils et les instructions que nous pourrons leur donner si l'harmonie ne règne pas entre nous ! »
Quelques jours après, le Comité central, voyant que le bureau de Penne avait l'adhésion de la plupart des gentils-
hommea de la région, reprenait sa correspondance a\'ec ce bureau, présidé par M. de Pontajon. La querelle soulevée par M. le chevalier du Gravier finit par s'apaiser.
Le Comité central de la Noblesse n'était pas inactif. Il eut à intervenir notamment en deux occasions qu'il nous faut signaler,
M. de Montalembert, qui avait présidé, à Agen, les séances de la Chambre de la Noblesse, avait protesté par un écrit rendu public contre l'esprit, trop libéral à son gré, du Cahier de son ordre. Chose étrange! M. de Montalembert, dans cet écrit, prétendait être le fidèle interprète de la Noblesse ellemême!
Le Comité central s'émut et déclara que la protestation de M. de Montalembert ne pouvait engager que son auteur.
Au moment où s'agita aux États Généraux, la question de savoir si les députés de la Noblesse et du Clergé devaient se réunir aux députés du Tiers, les députés de la Noblesse d'Agénois, MM. d'Aiguillon, de Bourran et de Fumel-Monségur, firent interroger sur ce point , par le Comité central , les gentilshommes de la Sénéchaussée. De l'avis de la majorité des commettants, il fut décidé que les trois députés de la Noblesse devaient se réunir aux Communes pour y travailler à la Constitution ; les gentilshommes de t'Agénois n'apportaient à cette autorisation qu'une restriction : en aucun cas, les députés de la Noblesse ne de\'aient renoncer aux privilèges honorifiques de leur Ordre.
M. de Montpezat, dont la correspondance avec M, du Gravier nous fournit ces renseignements, ajoute :
K Le dernier courrier de M. le duc d'Aiguillon a mandé que, d'après les circonstances, il s'était décidé à se réunir au Tiers. Il est sûr, ajoute M-. de Montpezat, qu'il est animé de la meilleure volonté et qu'il croit n'avoir pris ce parti que pour le Ijien public. Il promet de se retirer si l'on ne
ipeclc pas les privilèges de la Noblesse. Je désire de tout
mon cœur qu'il réussisse. MM. de Fumel et de Bourran n'y sont pas réunis encore. »
Ils attendaient pQur s'y déterminer les ordres de leurs commettants.
« L'on espère, disait en terminant M. de Montpezat, que la réunion générale [des trois Ordres) se fera, que la besogne ira son train et que le résumé sera le bonheur de la France. Personne ne le désire plus sincèrement que moi ; je crois que vous pensez de même. »
Or, M. le chevalier du Gravier pensait autrement :
« Je ne savais. Monsieur, — répond-t-il à M. de Montpezat, — que par les nouvelles publiques que M. le duc d'Aiguillon était du parti de la minorité de notre Ordre aux États Généraux. Je ne savais pas du tout qu'il eût passé aux communes.
»... Il me paraît très singulier que notre noblesse aye permis à nos Députés... de passer à la Chambre des Communes. Je doute que ce nouveau mandat puisse casser le premier. »
M. le duc d'Aiguillon réservait aux gentilshommes de l'Agénois bien d'autres surprises.
On sait qu'il eut l'initiative de la mémorable nuit du 4 août.
Pour prendre cette initiative, avait-il l'assentiment de ses commettants? Le doute est permis. Quoique très libérale et même — on peut le dire — révolutionnaire, la Noblesse d'Agénois ne pouvait, de sang-froid, aller jusque-là.
Mais, jusqu'à la nuit du 4 août, nous pensons que M. le duc d'Aiguillon fut le représentant exact et fidèle de ses électeurs.
Notre opinion s'appuie sur le document que voici, en date, à Agen, du i^^ juillet :
Lettre des Électeurs de la Sénéchaussée d'Agen à MM. leurs Députés aux États Généraux, en réponse à une précédente envoyée à leurs commettants.
Nous, Membres de la Noblesse de la Sénéchaussée d'Agénois, assemblés extraordinairement dans les différents districts, ayant pris communication des Lettres et autres pièces adressées à la Commission Peimanente de la part de MM. les Députés de l'Ordre ;
Après avoir pris en considération l'état des affaires actuelles aux États Généraux et avoir fait le recensement général des suffrages de la Sénéchaussée dans l'Assemblée des députés soussignés nommés par les différents districts et réunis aux Membres du Bureau d'Agen;
Nous ne pouvons voir sans la plus vive douleur que les efforts de nos Députés ayent été jusqu'à ce moment vains et illusoires pour amener I'Assemblée Nationale à un point de Constitution légale fondée sur les droits respectifs des trois Ordres. En conséquence, désirant de voir nos Députés avancer à grands pas dans l'ouvrage du bien public , nous croyons devoir rendre , ici , l'hommage le plus éclatant à l'esprit de justice et de paix qui a dirigé leur conduite. Lés sentiments qu'ils ont manifestés dans la Chambre, la sagesse qu'ils ont montrée et l'esprit de modération, de conciliation qu'ils ont apporté dans leur Ordre sont autant de titres qui méritent le tribut de notre confiance.
Et , comme les motifs qui , dans cet instant , doivent nous déterminer, sont clairement discutés et solidement établis dans les Pièces mises sous nos yeux ; moins jaloux de nos droits particuliers que de la prospérité de l'État, nous avons pris, à la pluralité de la Sénéchaussée, l'arrêté suivant :
Supposé que tous les moyens de conciliation ayent été sans effet , nous autorisons et ordonnons, si besoin est, à nos Députés de se rendre sans tarder dans la salle des États Généraux pour y travailler, avec les membres des trois Ordres qui s'y trouveront constitués en Assemblée Nationale et procéder à l'établissement de la Constitution.
Nous laissons à leurs lumières et à leur sagesse les moyens d'assurer à cette réunion le succès que la dignité de l'Ordre peut demander, sans compromettre néanmoins les Privilèges, les Droits uniquement honorifiques de la Noblesse ; nous en rapportant à
l'honneur et au zèle desdits Députés pour tout ce qui peut intéresser leur Ordre et le bien de l'État.
Leur ordonnons, de plus, de résister et d'être fermes et inébranlables pour obtenir la Constitution désirée avant d'octroyer aucuns subsides , ni consentir à aucun emprunt ;
Leur permettant de se relâcher, s'il est nécessaire , sur les articles XIV et XV de notre Cahier, concernant le Militaire.
Fait à Agen , dans l'Assemblée générale des Députés des Districts de la Sénéchaussée , le 1er juillet 1789.
Le document est signé de tous les membres du Comité central.
Au reste, si, en provoquant la nuit du 4 août, le duc d'Aiguillon mécontenta quelques-uns de ses électeurs, son initiative fut secondée, à l'Assemblée nationale, par la plupart des députés de son Ordre. La réforme des abus et des privilèges était inscrite dans tous les Cahiers. La conduite du duc lui conquit d'un seul coup les suffrages enthousiastes de ses concitoyens de l'Agenais et de la nation entière. 11 ne fut blâmé que du Roi et de la Cour.
Les Agenais, pour assurer, au milieu de l'émotion universelle, le maintien de l'ordre, s'étaient organisés en troupes réglées. Il y avait à peine quelques jours, un ^.utel avait été dressé sur l'allée centrale du Gravier ; au son des cloches , au bruit des salves, le Régiment national d'Agénois était venu se former en carré devant les degrés de l'autel sur lequel il avait déposé ses quatre drapeaux.
Le Comité, présidé par M. de Saint-Phélip , était parti de l'Hôtel de ville, escorté par la compagnie du guet. Au moment où le Comité était apparu, le carré formé par le régiment s'était ouvert devant lui ; les gens du guet avaient fait halte et les représentants de l'autorité municipale avaient
pris place sur les bas côtés de l'autel, les tambours battant, le canon tonnant et la musique du régiment sonnant ses plus belles fanfares.
La bénédiction des drapeaux avait été faite par M. de Passalaygue, vicaire général, abbé de Pérignac; on les avait, ensuite, distribués au Régiment. Le colonel, M. de Bellecombe, avait prêté, aux mains du Président du Comité, le serment « de bien et fidèlement servir pour le maintien de la paix, pour la sûreté des citoyens et contre tous perturbateurs du repos public. »
Puis, les membres du Comité s'étaient dispersés dans les différentes compagnies et, à un signal donné par le Colonel, officiers, sous-officiers et soldats avaient levé les mains et prêté le même serment.
Toute la population était en fête. On avait entonné le Te Deum auquel avaient répondu des salves et les cris redoublés de la population : Vive la Nation ! Vive le Roi ! Vive la Loi !
Moments sacrés ! jours pleins d'enthousiasme et d'espoir ! jours de confiance naïve dans une Royauté qui se disait paternelle ! illusions que les complots de la Cour se préparaient à dissiper pour jamais !
Jours heureux où les députés sentaient derrière eux la nation tout entière qui leur avait confié ses destinées, où ils étaient dignes de cette confiance, sacrifiant à des mandats nettement définis, donnés et reçus sous la foi du serment, leurs intérêts les plus chers et prêts à sacrifier leur vie !
Mais aussi, de quelles manifestations reconnaissantes leurs concitoyens payaient leur dévouement !
La généreuse initiative prise par le duc d'Aiguillon dans la nuit du 4 août était à peine connue à Agen que tous les soldats-citoyens couvraient cette lettre de leurs signatures :
Monsieur le Duc, Vous vous êtes montré , vous vous êtes fait entendre , et vous avez gagné tous les cœurs. Votre zèle patriotique a secondé celui de nos
concitoyens , et , par une démarche éclatante vers le bonheur de la Nation, vous avez couvert vos commettants de la gloire que vous avez acquise.
Ace titre, Monsieur le Duc, les Troupes patriotiques agénoises, qui viennent de se former pour la sûreté publique , ont eu l'honneur de vous proclamer leur Général.
Recevez, Monsieur le Duc, l'hommage de notre reconnaissance.
Nous sommes, avec respect, Monsieur le Duc, vos très-humbles et très-obéissants serviteurs.
Les Officiers et Soldats volontaires des Troupes patriotiques agénoises.
Si Paris fit le 14 Juillet, nous pouvons constater, non sans fierté, que ce fut Tun de nos Députés qui provoqua la nuit du 4 Août,
Or, cette date vaut l'autre.
C'est à la voix du duc d'Aiguillon, député d'Agénois, que s'effondra l'Ancien Régime!
CAHIER