‹ Nos cahiers de 1789Chapitre 17 sur 35 · DE LA SENECHAUSSEE D'AGENOIS · texte numérisé non relu

DE LA SENECHAUSSEE D'AGENOIS

Le voici à la fin arrivé cet instant fortuné, où la raison, la philosophie et l'humanité, reprenant leurs droits trop longtemps méconnus, amènent cette liberté précieuse à laquelle* nous semblions même n'avoir plus droit.de prétendre; cet instant, où chaque individu, rendu à la classe qu'il doit occuper, forme un chaînon de ce vaste tout qui compose l'État, et fait du peuple Français, non une troupe d'hommes gémissant sous le poids de distinctions avilissantes, comme par le passé, mais une Nation libre, animée du désir sincère de se distinguer dans la carrière honorable qui vient de lui être ouverte !

Quel nouveau jour nous éclaire! Qu'il est beau ce moment auguste, où notre bienfaisant Monarque, abandonnant, pour ainsi dire, cet éclat et cette pompe extérieure, barrière trop souvent impénétrable aux réclamations du malheureux , se livre entier à nos désirs, et nous demande de l'éclairer sur les moyens d'opérer notre propre bien-être ; de faire par-

venir jusqu'à lui nos. doléances et nos vœux ; et de seconder celui de tous qui est le plus cher à son grand cœur, le bonheur de ses sujets.

Cette circonstance mémorable, ce moment qui fixera à jamais Topinion de TUnivers sur les tendres sentiments de notre auguste Monarque, le méconnaîtrions-nous ? Ce peuple cité depuis si longtemps, et recommandable par Tamour qu'il a toujours porté à ses Souverains, refuserait-il son hommage de reconnaissance, son tribut de gratitude, à ce père du peuple, qui ne se réserve de sa puissance que ce qui est indispensable pour nous conduire au bien? ne seconderat-il pas plutôt ses vues bienfaisantes, en se livrant tout entier à ce que la Nation exige? n'irait-il pas au-devant de ce qu'on lui propose? et ne saurait-il se réunir ou marquer de l'obéissance, que lorsqu'on l'opprime et qu'on l'y force?

Non, Messieurs, de pareils sentiments sont, sans doute, exclus de nos cœurs ; si nous avions le malheur d'y être livrés, c'est alors que nous mériterions d'être replongés dans l'état d'avilissement d'où notre auguste Monarque, assisté de ce génie tutélaire que le Ciel nous a envoyé tout exprès, veut nous faire sortir : mais bannissons ces craintes chimériques, et voyons plutôt cet enthousiasme de liberté échauffant nos esprits et nos cœurs, et nous portant à faire les plus grands sacrifices, s'il le faut, pour le maintien de cette union et de cette unité d'intention, dont les deux premiers Corps du Royaume nous donnent l'exemple. N'envions au premier de ces deux Ordres que le privilège d'offrir à l'Éternel des vœux purs et sincères pour la conservation de notre auguste Monarque, et la prospérité de l'État : que tout autre objet de rivalité soit à jamais banni d'entre nous. N'envions au second Ordre, que celui de veiller sans cesse à la sûreté et à la défense de la Nation. Mais pourquoi les leur envierions-nous ces droits sacrés? Partageons-les avec eux; faisons envers les Ministres des Autels, l'office d'Hur envers Aaron ; et renforçons de nos corps la barrière insur-

montable qu'opposa de tout temps la Noblesse aux ennemis de l'État.

Messieurs les Députés qui seront nommés par le Tiers- État, guidés par les sentiments ci-dessus énoncés, voudront bien y être constamment attachés, et ne se présenter à l'auguste Assemblée à laquelle ils seront appelés, qu'avec les sentiments de douceur, d'union, de paix, et de concorde, qui seuls peuvent aplanir les difficultés, et opérer la parfaite union : ils seront donc tenus d'éloigner d'eux tout sentiment de prévention et de personnalité, pour ne s'occuper que du grand objet qui les attire, et réunir leu-rs efforts pour faire adopter aux États Généraux, les demandes, plaintes, et doléances, qu'articule la Sénéchaussée d'Agénois.

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