LE DEFICIT. — L'ABIME
De combien était le Déficit ?
Écoutons M. Taine :
« Toujours, dans l'administration de l'État, la dépense a dépassé la recette. »
Donc, l'État, c'est-à-dire la Royauté, a toujours mal géré ses affaires.
« Un fils de famille qui mènerait les siennes de la même façon mériterait d'être interdit.
» D'après les aveux officiels (les aveux de M. de Galonné), le déficit annuel était de soixante-dix millions en 1770, de quatre-vingts en 1783.
» Quand on a tenté de le réduire, c'a été par des banqueroutes. Tune de deux milliards à la fin de Louis XIV, l'autre presque égale au temps de Law, une autre du tiers et de moitié sur toutes les rentes au temps de Terray, sans compter les suppressions de détail, les réductions, les retards indéfinis de payement et tous les procédés violents ou frauduleux qu'un débiteur puissant emploie impunément contre un créancier faible. »
Et M. Tainé cite Champfort :
« On compte cinquante-six violations de la foi publique depuis Henri IV jusqu'au ministère de M. de Loménie inclusivement. »
a En 1778, reprend M. Taine, il était dû 792,620 francs (par le Roi) au marchand de vin.
» En 1788, la détresse est telle que le ministre de Loménie (le cardinal Loménie de Brienne I) prend et dépense les fonds d'une souscription faite par des particuliers pour les hospices; au moment où il se retire, le Trésor est vide, sauf quatre cent mille francs dont il met la moitié dans sa poche. — Quelle administration ! »
Louis XVI estimait que son aïeul Louis XV avait endetté la Monarchie d'un milliard.
De 1776 à 1781 , Necker emprunta quatre cent quarante millions. De 1781 à 1783, Joly de Fleury et d'Ormesson empruntèrent quatre cent cinquante millions. De 1783 à 1786, Galonné emprunta quatre cent quinze millions. Total, en dix ans, un milliard trois cent cinq millions d'emprunts !
Cela équivaudrait de nos jours à un emprunt de trois milliards.
Où en est le déficit? Les Ministres eux-mêmes n'en savent rien.
En 1787, Galonné dit : cent millions.
En 1787, deux mois après, le contrôleur général dit : cent vingt-cinq millions.
En 1787, un mois plus tard, Loménie de Brienne le porte à cent quarante millions.
En 1788, Lambert, contrôleur général, l'évalue à cent soixante millions.
Personne ne connaît le chiffre véritable. N'est-ce pas le cas de s'écrier avec M. Taine :
(( Quelle administration ! »
Cependant, le bon Louis XVI payait à la Reine une paire de boucles d'oreilles trois cent quarante-huit mille livres, — plus de six cent mille francs de nos jours.
Les pensions aux favoris et aux favorites allaient leur train !
La Royauté était acculée. Elle avait inutilement convoqué les Notables pour avoir de l'argent ou des conseils.
Les États Généraux n'avaient pas été convoqués depuis
Au moment des difficultés qu'eut Louis XV avec le Parlement, un des seigneurs suggérait au Roi l'idée d'en appeler à la Nation en convoquant les États Généraux.
(c Monsieur, lui dit Louis XV irrité et lui serrant le bras, je n'ai pas un caractère cruel; mais, je ne réponds pas de jvotre tête si vous prononcez encore cette parole ! »
A la seule idée de consulter la nation, la Royauté était prise de fureur.
Mais, ses fautes, ses gaspillages, son incurie — après nous, le Déluge! — créèrent une situation telle qu'une nécessité inéluctable imposa cette capitulation.
La Royauté avait convoqué par deux fois les Notables, — lisez Taristocratie.
L'aristocratie fut impuissante à la tirer de là.
Louis XVI convoqua les États Généraux.
Les Députés avaient pour mandat de ne consentir des subsides à la Royauté qu'à la condition que la Royauté renoncerait à l'absolutisme et concéderait à la nation une Charte, une Constitution. Donnant, donnant !
La Royauté refusa le marché.
A peine les représentants de la nation" étaient-ils à Versailles que la Royauté, poussée par la Cour, eut pour idée fixe de les congédier.
La Royauté eut recours au coup d'État.
Au coup d'État de Versailles répondit le coup d'État de Paris.
Paris prit la Rastille.
La Bastille royale c'était l'image et le modèle de toutes les bastilles seigneuriales.
La Bastille, c'était l'ancien régime.
L'ancien régime fut pris — et rasé.
Sur l'emplacement, on dressa cet écriteau :
Ici Von danse !
A. MONDENARD.
Bibliographie : Chauvin, la Révolution et V Ancien Régime. — Granier de Cassagnac, Histoire des Causes de la Révolution. — Alexis de Tocqueville , V Ancien Régime et la Révolution. — Eugène Bonnemère , Histoire des Paysans et Histoire de Louis XIV.
— Eugène Pelletan, Décadence de la Monarchie française. — A. de Mondenard , la Féodalité en Agénois. — Amédée Thierry, Récits mérovingiens. — Fustel de Coulanges, les Institutions de Vancienne France. — Ghampionnière , Traité des Ea%ix courantes.
— Yves Guyot et Sigismond Lacroix, Histoire des Prolétaires. — Georges Tholin, Villes libres et Barons et Cahiers et Doléances du Tiers-État. — L'abbé Mathieu, V Ancien Régime en Lot^aine.
— Taine , les Origines de la France contemporaine. — Boudon de Saint-Amand, Œuvres. — Léon Laine, la Fédération des Communes. — Edmond et Jules de Goncourt, les Maîtresses de Louis XV. — Georges Picot , Histoire des États Généraux.
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