‹ Nos chambres hautes [microforme]Chapitre 14 sur 61 · PAS · texte numérisé non relu

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11 Juin 1878 était venu le proclamer! La Chambre n’avaitelle pas, en effet, par ce vote, condamné le gouvernement Joly pour avoir ‘ persisté à rester au pouvoir sans avoir été “ appuyé par la majorité de «la Chambre d'Assemblée lors de “ son entrée en office, et sans être encore appuyé par cette “ majorité?” Pour ces raisons et une foule d’autres, le gouvernement Joly n'avait pas droit aux subsides ! Je les lui ai refusés par mon vote, deux années de suite ! La première fois, c’est por le vote prépondérant de lOrateur, vote engagé solennellement auprès de ses électeurs a refuser les subsides au gouvernement Joly, que ces subsides ont été accordés.

—C'est très-consciencieusement, n'est-ce pas, que vous lui avez refusé les subsides ?

—Mais oui! Si j'eusse voté autrement, j'eusse agi contre ma conscience !

—Bien !

Qu'auriez-vous répondu alors à celui qui fut venu vous dire: Vous devez voter les subsides, malgré les protestations de votre conscience ?

—Ha! Ha! Il aurait fallu voir cela! Comme je l’eusse reçu! Je vote suivant ma Conscience ! Je ne connais que cela, moi, voyez-vous |

La constitution, mon droit de député me permettaient de re. fuser les subsides ; ma conscience mon devoir m’y obligeaient Je les ai donc refusés! C’est simple comme bonjour !

—Très-bien !

Prenez maintenant l’un des membres üu Conseil Législatif. Vous ne lui refuserez pas, je suppose, une conscience honnête, une intelligence de la situation aussi parfaite que la vôtre !

Eh bien! à lui aussi, il paraissait évident que le cabinet Joly n'avait pas droit aux subsides ! A lui aussi, sa conscience lui ardonnait de les refuser ! A lui comme à vous, la constitution lui en donnait le droit !

Lui comme vous, il croyait que les droits des électeurs avaient été trahis ; que l'existence du gouvernement Joly n’avait pas été légitimée par le vote populaire ; que son maintien, durant 18 mois, de même que son origine au ? mars, étaient le résultat de crimes politiques, d’attentats aux institutions du

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! pays, aux droits de la nation! que cette origine et cette 4 existence avaient été proclamées immorales, même paï la ma- ! jorité de l’Assemblée Législative élue sous les auspices du ! gouvernement libéral, pur les deux votes du 11 Juin! que par conséquent, le maintien de ce gouvernement était un outrage à la majesté de l’Assemblée des représentants du peuple ! que le contrôle appartenant au peuple, par la majorité légitime de ses représentants, sur les subsides, lui était frau- © duleusement enlevé, au moyen de la subornation de quelques uns de ses députés ! .

! Lui aussi, il avait vu tout cela ! il avait cru tout cela ! Etil avait d'autant plus de raisons de le croire que, sur ! motion pour seconde lecture du bill des subsides, le 18 Jui!let 1 1878, l'Assemblée Législative elle-même (l’Assemblée popu- A laire !) s'était divisée également — 26 contre 26—; et que … seule, la voix de l’orateur Turcot'e, cette voix solennellement 4 engagée sur l'honneur, en face de tout un pays, vis-à-vis tout 4 un collège électoral, à refuser les subsides, se trouvait, à elle 0 seule, annuller la volonté de la majorité de la Province, et accorder les subsides !

Comme vous, il se croyait, ce Conseiller Législatif, chargé, en conscience, de sauvegarder les droits du peuple; et parmi ces droits, le plus précieux ! celui d'empêcher une minorité, devenue, par l'achat des consciences et la trahison, une majorité apparente, de contrôler les finances, et d’administrer la “fortune publique !

Ce devoir d'intervenir pour sauvegarder les droits de la nation, il lui est apparu d'autant plus impérieux, que les hambres Hautes ont précisément pour mission d'intervenir et de contrebalancer le pouvoir du vote de l'assemblée popu aire, lorsque cette dernière, soit pour une cause soit pour une autre : soit lorsqu'elle doit sa forination à un moment “effervescence populaire ; soit lorsque, comme dans le cas

actuel, une majorité factice s’y est formée, en dépit de la vo lonté des électeurs, par la corruption ou autre moyens conraires à la justice et à l'honnêteté, ne représente plus l’opinion saine, la volonté du pays !

Il s’est donc cru comme vous, ce Conseiller Législatif, . obligé en conscience de voter contre le bill des subsides.

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C'était donc son droit! C'était donc son devoir de les refuser !

Et ce droit! Et la faculté d'accomplir ce devoir ! n’appartenaient-il pas également à chacun des membres du Conseil individuellement ?

Auriez-vous donc voulu que la majorité de ces hommes à qui la constitution soumettait le bill des subsides, non par enfantillage, non pour leur donner l’occasion de faire un acte d'approbation automatique et inconscient, mais pour qu'ils en appréciassent sagement et consciencieusement le mérite ; auriez vous donc voulu que cette majorité votât contre sa conscience ? prononçât blanc ce que la raison disait être noir ?

Comment pouvez-vous donc conclure logiquement, sensément, que, malgré les dictées de leur conscience, malgré les lumières de leur intelligence, les Conseillers Législatifs eussent dû accorder les subsides ?

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