‹ Nos chambres hautes [microforme]Chapitre 24 sur 61 · TENDANCES DÉMOCRATIQUES · texte numérisé non relu

TENDANCES DÉMOCRATIQUES

Mais, dira-t-on, quel inconvénient sérieux y aurait-il à admettre un tel principe, et à en subir les conséquences naturelles ? L’abolition du Sénat, nous voudrions la voir s’accomplir, tout aussi bien que celle du Conseil. Pourquoi ne pas en finir, une bonne fois, avec toutes ces Chambres ” utes ?

Cett» condamnation absolue des Chambres Haute tous surprend pas ; nous l’avons entendu prononcer cent tois depuis cinq ans. Bien des gens ont contribué, à leur insu peutêtre, à populariser parmi nous ces idées abolitionistes ; et il est plus que temps d'en arrêter la propagation.

Il n’y à pas à se le dissimuler : le caractère de nos intitutions s’altère sensiblement: nous tournons à la démocratie, à cette démocratie doctrinaire, fille de la révolution, qui a fait tant de mal à la France, qui convulsionne aujourd'hui l'Europe et est le premier symptôme du socialisme.

Un fait identique, mais beaucoup plus accentué, se produit même en Angleterre ; et il n’y a pas très-longtemps que Lord Beaconsfield constatait, dans l’un de ses ouvrages, et cela avec l'expression d’un grand regret, la tendance qui:existait en Angleterre à dénaturer la vraie portée des institutions anglaises, et à interpréter la constitution Britannique de manière a en altérer le sens.

De fait, la grande plaie des sociétés contemporaines, c’est la

généralisation des faux principes en matières sociales. Et le

flot, toujours montant, des idées Démagogiques produit partout l’affaiblissement graduel des saines notions de gouvernement. L’on peut en juger par les erreurs, les injustices, les

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fautes irréparables que la peur des préjugés populaires fait commettre tous les jours. De fait, l'on ne sait plus guère, aujourd’hui, résister à l'empire de la démagogie.

Vous voulez, dites-vous, en finir avec les Chambres Hautes ! Avez-vous bin calculé la portée sociale d'une telle mesure ?

En décrétant l'abolition de l’une des trois branches, vous affirmez, par là, que la constitution des pouvoirs publics est une chose de convention qu’il appartient au premier venu, non-seulement de discuter, mais même d'abolir, s’il en a la force.

C'est admettre également le droit d’abolir l'une ou l’autre des deux autres branches.—Toujours si l’on en a la force !

C'est dire au despote : Fais-toi dictateur : Réussis à capter la confiance populaire et celle de la Chambre Haute ; et ensuite, si tu en as la force, affranchis-toi du frein de la représentation : abolis les chambres électives.

C'est dire à l’anarchiste :

Le droit d'abolir la Chambre Hat : est proclamé. Par là même, est proclamé le droit du peuple d'abolir une autre branche : la Royauté.

Fais toi démagogue; et cette volonté du peuple, la puissance sans partage, tu la séduiras, tu l’auras dans la main.

Alors, tyran ou communard, César ou Gambetta, tu exploiteras la société au profit de ton ambition, au goût de tes caprices.

Le peuple aura décrété l'abolition de la Royauté. Dès lors, cette Royauté, devenue une ulégalité, un obstacle au bonheur de la nation, il faudra la faire disparaitre !

Par la proscription ? Fexil ?

Non! les Rois, proscrits aujourd’hui, reviennent demain, plus forts que jamais !

Le remède infaillible, pour sauvegarder les droits du peuple, c'était l’échafaud ! L’échafaud de Charles I; l'échafaud de Louis XVI ! voilà les grands remèdes qui ont sauvé la France en 1793 et l'Angleterre en 1649 !

Mais comme les peuples ont marché dans la voie du progrès, que l’échafaud est devenu un piètre remède, les instruments de la révolution avant, eux aussi, subi la loi du progrès, on à maintenant quelque chose de mieux : La bombe Orsini,

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le révolver, la dynamite ! (1) Voilà le remède efficace en l'an de grâces 1879.

it c’est ainsi qu'une logique inexorable pousse les peuples à tirer les plus affreuses conséquences des principes que des meneurs politiques leur ont fait proclamer.

Il existe surtout une tendance excessive au nivellement; et l'on ne veut plus souffrir qu'une classe de citoyens soit distinguée des autres, soit par le savoir, soit par la vertu, soit par une haute éducation, soit mêmie par le dévouement à la chose publique et le mérite des services rendus. De fait, 1l il n'y a plus que la richesse qui soit admise aujourd'hui comme titre incontesté de supériorité. Et encore, la richesse, ou jadmet, non par respect pour le droit de propriété, mais parce qu’elle fournit de quoi rassasier les appétits sensuels, parce qu'elle donne de brillantes fêtes et qu'elle paye la musique: Panem et circenses !

De là la nécessité, tous les jours de plus en plus urgente, de réagir contre ces tendances et de consolider celles de nos institutions qui sont une barrière aux envahissements de la démagogie.

De , le besoin absolu d’affermir nos chambres hautes, d'en rendre l’action plus efficace, d'en augmenter le prestige et de les mettre à la hauteur du rôle social que leur assignent les exigences de la situation. À plus forte raison, y a-t-1l nécessité de repousser, avec énergie, toute tentative de les abolir ou mêèrne d'en dimin’.er la force et l'autorité.

Cette question de l'abolition des chambres hautes est donc de la plus sérieuse importance : £’est pour nous une question sociale ; et paix les questions sociales, l’une de celles qui s'imposent le plus impérieusement à notre examen. Car, de sa solution, dans le sens de la vérité ou de l'erreur, dépend, dans une très-grande mesure, l'avenir de notre cher Canada,

(1) Allusion aux nombreuses tentatives d'assassinat par les armes à feu ou les explosions, commises depuis quelque temps, surtout celles dirigées, il ya quelques jours, cortre l'Empereur de Russie, et le Roi Alphonse d'Espagne.

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