ROLE SOCIAL DE QUÉBEC DANS LA CONFÉDÉRATION
Fait remarquable: Lorsque furent posées les bases de la Confédération, la Province de Québec fut choisie comme le pivot sur lequel dr ait tourner tout le système fédératif, en ce sens que la représentation devait se régler, dans les autres provinses, d’après le chiffre de La population de Québec.
Placée au centre du Ganada, notre province est le cœur de la Confédération. Mais ce ne fut pas sa position géographique seule qui lui valut d’être choisie comme base immuable de comparaison, dans le système représentatif canadien, au mi lieu de la mobilité constante qui est, en matière de représen tation, là condition des autres provinces. Son état social, son histoire, ses traditions politiques lui assignaient ce rôle, et lui permettaient d'exercer une influence considérable, dans l’édification de la constitution politique de la nouvelle puissance.
Nous avons déjà dit comment elle avait, en luttant contre l'Union-Législative, fait prévaloir l’idée fédérale et par là, rendu réalisable la Confédération, en une grande puissance, de toute l'Amérique Britannique.
Ajoutons que si aujourd'hui la langue du sai siècle de Louis XIV, l'idiôme officiel des cours de l’ancien monde, celui des princes et des maisons royales, la langue diplomatique de l’uhivers, se trouve, de même que la langue anglaise, langue officielle dans pius de la moitié de l'Amérique du Nord, c’est à Québec qu'est dû ce résultat.
Grâce à Québec done, la langue de ces hardis découvreurs, de ces piorniers de l'Evangile qui, un siècle avant tous les autres, avaient promené le flambeau de la foi à travers tout un monde, relié la vallée du St. Laurant avec celle du Mississipi par une chaine continue d'établissements, et planté, dans toute la partie Septentrionale de ce continent, de si nombreux jalons de civilisation, continuera d’être parlée par tous les groupes français disséminés entre l'Atlantique et le Pacique. Grâce à Québec, l'Anglais d'Amérique, comme son cousin d'Europe, pourra se familiariser favec cette langue, et
rendre par là plus faciles et plus agréables ses voyages, de
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même que ses relations scientifiques et d'affaires, avec l’Europe et même avec tous les pays de l’ancien continent.
De plus, c'est surtout à l’action de notre Province que sont dues les libertées et franchises religieuses dont jouissent les minorités en Canada. Et si les habitants de notre immense Confédération peuvent se dire, presque partout, les heureux occupants d’une terre vraiement libre de la liberté de conscience comme de la liberté politique, Québec est loin d'avoir été étrangère à de tels résultats.
Notre Province était encore l'un des principaux éléments d'organisation de notre Confédération Canadienne, en ce qu’elle représentait en petit ce que la Confédération devait être sur une plus vaste échelle: Toutes les races qui se partagent aujourd'hui le territoire canadien ; tous les cultes qui divisent se nabitants, non-seulement y étaient suffisamment représentés pour avoir pu, dans loccasion, faire valoir leurs droits: mais de fait, tous ces intérêts y avaient déjà été en conflit. Toutes Les grandes questions nationales, religieuses et économiques, qui pouvaient surgir au sein de la Confédération, s'étaient déjà soulevées dans Québec, y avaient été l’objet, de la part de ses hommes d'état, de toute l'attention quelles méritaient ; et nous pouvons ajouter : avaient reçu déjà une solution satisfaisante pour tous, et calculée de manière à rendre justice à tous.
Depuis au delà de cent ans, deux races représentant les deux grandes nations qui, durant des siècles, se sont partagé l'administration du monde et ont réglé les destinées de l'Europe; deux races dont la noble émulation est, au témoignage de Lord Dufferin, un élément de prospérité si précieux pour le Canada, avaient, dans la Province de Québec, lutté à armes à-peu-près égales : l’une, forte par le nombre et l'amour du sol natal ; l'autre, puissante par le capital et ses relations d'origine avec la métropole : luttes tantôt agressives, inspirées par les antipathies de races et de religion; tantôt pacifiques et de
généreuse émulation : toutes deux, elles avaient, dans la paix comme dans la guerre, appris à se connaître et à s’apprécier, et s'étaient ainsi préparées à accomplir, dans une indissoluble alliance, les grandes destinées que la Providence réserve sans doute au Canada.
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Or, cette influence exercée dans l'adoption de nos institutions politiques, et dans les conditions sociales que le Canada s’est faites sur le continent, la Province de Québec parait destinée à l'exercer dans le fonctionnement constitutionnel du nouvel ordre de choses établi en 1867. |
De fait, depuis la mise en force de lActe de l'Amérique Britannique du Nord, jusqu’à aujourd hui, c’est au sujet, soit de la Province d2 Québec, soit des principes et des intérèts qu'elle représente, que se sont soulevées la plupart des grandes questions constitutionnelles qui se sont partagé l'attention de notre monde politique :
Résolutions du Sénat et des Communes, au sujet du coup d'Etat du deux Mars : question Québecquoise ;
Référence en Angleterre, par Son Excellence le Marquis de Lorne, de l'avis de ses ministres recommandant la destitution de M. Letellier et provoquant une réaffirmation solennelle du principe de la responsabilité ministérielle, de même qu’une définition de la position des Lieutenants-Gouverneurs vis-à-vis le gouvernement fédéral : question Québecquoise ; question traitée en Angleterre par l’un de nos hommes d'États Québecquois les plus'éminents ;
Jugement tristement célèbre du Conseil Privé dans la cause Guibord, renversant les décisions de nos Cour: d'Appel Provinciales, et proclamant un prétendu droit d'immixtion, en ma-
tières religieuses, des tribunaux civils, pour reformer les décrets de l'Autorité Ecclésiastique : question Québecquoise ;
Débats remarquables, dans les Chambres fédérales et dans la presse, concernant les écoles du Nouveau-Brunswick : question d'intérêts et de principes chers à Québec et défendus par Québec ;
Appel eu Angleterre, sur la question des écoles du Nouveau-
Brunewick : Cause religieuse soutente par Québec ;
Troubles du Nord-Ouest : question de races : Cause nationale épousée par Québec ;
Proscription de Riel et de Lépine ; affaires d’amnistie : questions de justice et de sympathie de race que Québec a fait siennes ;
Protection des franchises électorales de la minorité catho-
lique de l'Isle du Prince-Edouard : Cause religieuse et de droits politiques plaidée et gagnée par Québec ;
Législation assurant aux nouveaux territoires du Nord- Ouest, en y établissant le système des écoles séparées, la liberté de l’enseignement religieux, et la paix entre les différents cultes : politique de sagesse et de justice triomphant par Québec ; etc. :
Toutes questions qui nous ont donné l’occasion de faire l'essai de nos institutions nouvelles et de déterminer la mesure des droits et des franchises assurés à chacun.
Et voici maintenant que s'élève la question de l'existence des Chambres Hautes : question surgissant dans Québec, et au sujet des institutions et de l’état social de cette province : question qui provoque une étude aprofondie de l'esprit et du fonctionnement de notre constitution : question qui, nous l’espérons, recevra, dans la Province de Québec et de la part de ses habitants, une solution conforme aux principes d’une politique saine et en harmonie avec les intérêts bien entendus de notre pays.
Or, ne résulte-t-il pas de ce qui précède, que notre province semble destinée, par la Providence, à jouer un rôle considérable dans la Confédération ? Ne devient-il pas de plus en plus évident que, pour être à la hauteur de ce rôle, il lui faut garder son autonomie et conserver, dans toute sa perfection, le système complet de gouvernement que lui ont donné les auteurs de la Confédération : c’est-à-dire, sa Législature locale avec son Conseil Législatif ?