NATURE DE NOS CHAMBRES HAUTES ; LEURS FONCTIONS
Les Chambres Hautes sont, d'après la théorie constitutionnelle anglaise, l’une des trois branches du parlement. Et le parlement, c'est l'autorité saprème de l’état.
Or, nos institutions politiques Canadiennes sont modelées sur Celles de l'Agleterre. Elles leur sont identiques en théorie, et même en pratique, autant, du moins, que peut le permettre la grande diversité qui existe dans l’état social et les conditions économiques des deux pays.
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Pour repousser toute tendance d’abolition, nous pourrions donc nous contenter de dire :
Les Chambres Hautes sont partie essentielle de ce qui constitue l'autorité souveraine dans l’état. C’est une partie d’un tout qui, en principe, est indivisible. Car, en bonne théorie constitutionnelle anglaise, l’on ne comprend pas plus le Parlement sars la Chambre Haute, qu’on ne la comprend sans le Souverain ou sans la Chambre des députés du peuple.
Or, ce tout, c’est la constitution. Et la constitution d’un pays, C’est une institution sacrée : c’est le triple système osseux, nerveux et artériel du corps de l'État.
Dans les conditions normales d’un pays, on ne touche pas à sa constitution. Il faut des circonstances extra-ordinaires pour l’amender, surtout lorsqu'elle a été sanctionnée par l’expérience des siècles et qu’elle n’a pas produit de résultat essentiellement mauvais.
Toute modification importante à la constitution est une révolution : révolution qui peut être pacifique, bienfaisante même, mais qui n’en est pas moins une révolution ; qui ne doit être opérée que pour les raisons les plus graves et d’après les dictées de la plus extrême prudence.
À cela, nous pourrions ajouter :
Ça été, durant des siècles, un axiôme en Angleterre que : le bien-être de l'empire Britannique avait son principe dans la conservation d’un équilibre parfait entre les pouvoirs égaux des trois branches du Parlement, de telle sorte que, tout abus d'autorité de la part de l'une était susceptible de correction, au moyen de l'in. tervention d'autorité de l'une des autres branches ou des deux ensemble.
Et c’est dans la mise en pratique de cette doctrine, que l’Angleterre a trouvé le secret d° sa force et de la prospérité sans exemple dont elle a joui durant si longtemps.
Naturellement, cette constitution a, de temps à autre, subi l'influence des erreurs prévalant à diverses époques ; et, comme toutes les choses humaines, elle a quelquefois fonctionné trèsimparfaitement. Souvent, le principe ci-dessus a été méconnu, et il y a eu abus de pouvoir, tantôt dans le sens de l’absolutisme Royal, tantôt dans la propondérance excessive de l’aris-
tocratie, tantôt enfin dans le triomphe momentané de l’élé-
ment démocratique ; mais toujours, le retour au principe fondamental de la constitution a ramené la paix et la prospérité, et a permis à l'Angleterre de reprendre sa marche prospère à travers les âges.
Or, cette constituton, les circonstances, l'autorité de la métropole et nos propres aspirations politiques l’ont faite nôtre. Elle a été consacrée par 40 ans d’un essai loyal et d’une expérience parfaite; elle a donné des résultats plus que satisfaisants. Il n’y a pas de force majeure, pas de ces motifs d'ordre supérieur résultant de nécessités absolues et nous imposant la règle : “ Salus populi suprema lex esto;” pas même de raison urgente, de la changer.
Eh bien ! nous ne la changerons pas !
Ce n’est pas que nous la trouvions parfaite, et que nous ne voyions par quels côtés elle pèche et montre ses illogicités et ses imperfections. Mais, telle qu'elle est, elle répond à nos besoins et nous assure des avantages que nous chercherions vainement sous un autre régime, théoriquement plus parfait.
Surtout, nous croyons que les quelques résultats déplorables, découlant de son fonctionnement, sont moins attribuables à la constitution elle-même qu’à la fausse interprétation que l’on fait de ses dispositions.
À plus forte raison, ne consentirons-nous pas à l'altérer dans le sens démocratique, et pour lui donner un caractère qui répugne à nos principes, à notre histoire, à nos traditions nationales !
Voilà ce que nous pourrions nous contenter de répondre.
Mais pour nous la constitution Britannique, sainement interprétée et gardant son vrai caractère, a d’autres titres à notre considération.
Après tout, nous sommes loins d'être étrangers à l'esprit qui dicta au roi Jean la grande charte de 1215. Les principes qui font la base des institutions Britanniques ont leur source dans le Christianisme. Il est même aisé de voir que l’Angleterre a emprunté à l'Eglise Catholique plusieurs des caractères les plus saillants de sa constitution. (1) Et la monarchie tra-
(1) Le pieux et fervent Alfred-le-Grand, qui avait admiré et compris la beauté et la force de la constitution du gouvernement de l'Eglise, essaya de l'appliquer au gouvernement de la nation qu'il gouvernait. De Montigny, Cathéchisme politique, p. 19. .
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ditionnelle qui a fondé le Canada Français et dont le drapeau nous est encore si cher, avait tant de points de ressemblance avec celle de l'Angleterre et assurait si efficacement la liberté de ses sujets avant que le gallicanisme des parlements, l’absolutisme de Louis XIV, l’irreligion et les honteuses débauches du règne de Louis XV en eussent complètement al eré le sens, que notre attachement aux institutions qui nous régissent n’a rien qui répugne aux anciennes traditions de notre race.
Pour ne parler que des Chambres Hautes, cette partie de nos insütutions se recommande encore à l'appréciation de tout esprit judicieux pour plusieurs autres motifs :
10. Leur existence est basée sur la raison et répond à la nature même de notre être ;
20. Elles sont nées des besoins ce la société ; leur création est une conséquence des principes qui sont la base de l’ordre social ;
30. Elles ont reçu la sanction de l'expérience dans tous les cultes, dans tous les pays, dans tous les siècles.