‹ Nos chambres hautes [microforme]Chapitre 41 sur 61 · ABSTENTIONS · texte numérisé non relu

ABSTENTIONS

Voulons nous une autre preuve de la position d’infériorité, je dirai même : de la position humiliante, faite en cette province aux Chambres hautes ? Nous n'avons qu’à interroger nos souvenirs, ou encore les feuilles publiques, pour constater com. ment ont toujours été traités depuis sept à huit ans, les membres de ces Chambres, dans toutes les circonstances solennelles où la nation affirme son importance, par le déploiement de ses forces et le dénombrement des ordres de la société qui la composent.

Prenez, par exemple, les manifestations solennelles, la célébration des grandes fêtes nationales et religieuses, et dites moi : combien de fois y avez vous vu figurer :es membres des Chambres hautes ? Où ? quand ? et comment ? s’est-on jamais soucié de leur assigner une place ? quand les avez vous vu traités à l’égal des membres des Chambres populaires el même des membres des simples conseils municipaux ? .Combien de fois avez-vous vu les membres des Chambres hautes mis au moins sur un pied d'égalité avec les dignitaires sur qui ils ont préséance, tels que les juges puinés où même les shérifs, les conseils de la reine et les simples magistrats de police ?

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Vous nous direz que ces faits n’ont aucune importance en eux-mêmes; et nous vous répondrons que vous avez raison, et que les derniers à s’en préoccuper sont bien les inembres des Chambres hautes. Aussi nous les citons, non pour faire de la récrimination, mais afin de constater un fait, savoir : la position amaindrie, nous dirons même humiliante, que l’on a faite à ces Chambres.

Il y a,toutefois, des circonstances où cette manie persistante d'ignorer les ordres supérieurs de l’état et même de les exclure, peut avoir de très-désagréables, sinon ‘le fâcheux résultats.

Croit-on, par exemple, que lors de l’arrivée en cette ville de Son Excellence le Gouverneur-Général et de Son Altesse Royale la Princesse Louise, ces personnages illustres ajent été bien flattés de ne se voir reçus que par notre digne corps municipal, lorsque, dans les autres villes, à Halifax par exemple, toutes les classes, suivant leur rang : les ministres, les membres des conseils privé et exécutif, les sénateurs, les juges, les conseillers législatifs, les députés fédéraux et locaux etc., etc., étaient là pour leur souhaiter la bien-venue et leur faire cortège.

Et pour parler de manifestations politiques, en ne prenant que celle dont le souvenir est le plus récent, mais qui n’a pas eu un caractère différent de bien d’autres, il n’y a que quelques semaines, la capitale de cette province offrait au digne chef du parti conservateur, le Très-Honorable Premier-Ministre de la Puissance du Canada, un banquet ayant tous les caractères d'une grande démonstration politique. Or, combien de Sénateurs ont figuré, dans cette importante circonstance ? (1). Et cependant, leur présence eut-eu, personne ne

(1) Nous ferons la même question au sujet du grand banquet d'Ottawa, bien que ce dernier ait été présidé par un membre du Sénat; Mr. Skead ayant d'autres titres à la présidence que celui de Sénateur.

A son tour, Montréal vient de fêter l'Honorable Premier de la Province de Québec, Nous ferons encore pour lui la mêine question : “ Combien de Conseillers Législatifs figuraient dans cette imposante démonstration ?

Naturellement, par cette remarque, nous ne voulons nullement diminuer la signification de ces témoignages si flatteurs en faveurs des ch’ conservateurs, ni aucunement mettre en doute la popularité de Sir John, pas plus que celle de l’'Honorable M. Chapieau. Nous constatons un fait qui concerne les Chambres hautes ; voilà tout.

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le niera, une signification au moins égale à celle des députés fédéraux. Car, il était très-1mportant de démontrer que l'honorable premier possédait la confiance des membres de la

Chambre haute, tout aussi bien que celle des membres de

la Chambre base.

Encore une fois, ce n’est pas que nous ajoutions à ces faits plus d'importance qu’ils n’en ont. Mais quand nous les voyons se répéter incessamment, nous croyons pouvoir les citer pour aider à démontrer combien a diminué l'importance de nos Chambres hauies. Il n’y a pas de doute que Sir John, non pius qu'aucun de ses amis, ne se sont aucunement préoccupés de l’absence des sénateurs ; peut être nc l’ont-ils pas remarquée. Cela confirme ce que nous disions : Car, si dans un grand banquet politique donné à Londres à Lord Beazonfield, la totalité ou à-peu-près des membres de la Chambre des Lords brilläient par leur absence, nous doutons fort que ce. grand homme d'état en fût flatté, et que le public anglais prît un tel fait comme une circonstance d'aucune importance et sans signification.

Nous pourrions citer grand nombre d’autres faits de même nature. Nous en avons dit suflisamment pour montrer le cas que, dans certains quartiers, l’on fait des Chambres hautes en ce pays.

Il est un autre fait remarquable : Dans tous les autres pays de l’univers, les gens titrés, les hommes politiques importants qui se sont illustrés dans la vie publique appartiennent, pour le plus grand nombre, aux Chambres hautes. Quand ils n’ont pas fourni leur carrière comme membres de ces Chambres, comme il est arrivé à un si grand nombre d’entr’eux, la Chambre haute est une retraite honorable qui leur est ouverte, et une récompense qui leur est donnée après les grandes luttes de la Chambre basse. Ici, rien de semblable. Presque tous les gens titrés, tous ceux qui ont occupé les plus hautes charges de l’état, demeurent en dehors des Chambres hautes, et préfèrent n'être rien du tout dans la politique, quand les circonstances ne leur permettent pas de jouer un premier rôle à la Chambre des Communes.

Il y a ici une tendance bien prononcée à former une aristocratie de l'intelligence et de la richesse, même une ic

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politique, aupres de laquelle les membres des Chambres. hauios soient une classe d'hommes bien secondaire. Et que: l'on ne dise pas que ces dernières, du moins, ont en partage l'influence poi.tique. Ce serait une erreur. Les citoyenz. marquants, placés en dehors de la politique, ont auprès des. gouverner ents de notre temps, plus d'influence que la plupart des membres des Ch2mbres hautes.

Eh bien ! ce sort là autant d'anomalies ! Ces faits ont pour résultat d’amoindrir les Chambres hautes, d'en diminuer l'importance et même d’en nuilifier en quelque sorte l’action. Et alors, que devient le grand principe de l'équilibre des. trois b:anches ? Que devient la pondération des pouvoirs ? Quedevient la constitution ?

C'est ainsi que nosinsiitv'ions s’altèrent et perdent le caractère propre qui en faisait l'excellence. Dans les temps ordinaires, en l'absence de grandes crises économiques et de commotions sociales, l'on ne s'aperçoit pas de ‘ette altération. La machine constitutionnelle continue à marcher sans que nous. nous apercevions que l’un des giincipaux rouages a perdu toute sa force, et ne peut plus répondre aux besoins pour lesquels il à été créé. Mais au moindre choc un peu violent, toute la machine se détraquera, quelque fois au péril des plus graves intérêts, au prix de la paix, de la prospérité, de l’existence mème de l'état, toujours au détriment de la fortune publique.

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