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1858, ignoré totalement l'élément français de la Chambre haute.
De trois choses, leur disait-il : Ou il ne se trouvait pas, dans le Conseil Legislatif, parmi les hommes éminents de ce corps, un seul partisan de vos idées politiques ; ou vos tendances archi-démocratiques vous ont fait dédaigner notre Chambre haute ; ou bien enfin, vous avez apostasié tout sentiment national, à ce point que vous ne vous souciez même pas que la langue française eut, dans le Conseil, un représentant officiel de votre gouvernement.
C'était alors le sentiment qui régnait dans le cœur de nos chefs conservateurs ; et ce sentiment était partagé par l’unanimité de leurs partisans. Aussi, l’on voyait à cette époque, et cela fréquemment, le Premier ministre choisi dans la Chambre haute ! Et non-seulement dans la Chämbre haute, mais même parmi les honorables Conseillers Législatifs de la Pro- . vince de Québec. L’on était encore loin, alors, d’avoir découvert que, dans l'intérêt de la nationalité et de la province, il fallait que tous les ministres fussent pris dans la Chambre populaire !
Deux canadiens-français, Sir Etienne Pascal Taché et Sir Narcisse Fortunat Selleau, se succédèrent même, sans interruption, dans la haute position de Premier ministre du Canada. Et certes ! les affaires publiques n’en allaient pas plus mal ! et nous ôsons dire aussi que la popularité des députés conservateurs et de leurs chefs ne s’en portait pas plus mal !
Quel est le conservateur, à quelque origine qu'il appartienne, qui »:> se rappelle avec orgueil le règae des administrations Ta:hé-Macdonald et Belleau-Macdonald ! Et cependant, Sir Etienne Pascal et Sir Narcisse étaient membres de la Chambre haute !”
C’est qu’alors, voyez-vous, nos hommes supérieurs ne craignaient pas de s’amoindrir, encore moins de se suicider politiquement, en acceptant des siéges au Conseil Législatif !
Y a-til, aujourd'hui, un canadien qui ne se sente fier de relire, dans l’une des plus belles pages de l’histoire politique de ce continent, le nom vénérable de Sir Etienne P. Taché, comme Président de la célèbre conférence de Québec, où fut laborée la constitution de la Puissance du Canada ? et celui
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de Sir N. F. Belleau comme chef de l'administration sous
laquelle a été consommée la grande œuvre de la Confédération ?
Le régime politique de 1867 fut inauguré avec une position honorable faite au Sénat canadien. Evidemment, les hommes supérieurs de toutes les provinces auguraient beaucoup de cette Chamhre haute.
En lisant la liste des membres du Sénat, on voit qu'il eut sa large part dans le nombre des sommités politiques qui se par. tagèrent les siéges des deux Chambres, à l'avènement de la Confédération.
De 1868 à 1873, le Sénat eut, parmi les ministres ou membres du Conseil Privé siégeant dans son enceinte, Sir Alexander Campbell, Sir Edward Kenny, les Honorables Messieurs Jean Charles Chapais, Peter Mitchell, Fergusson Blair. James C. Aikens. Jamais il n’eut moins de quatre ministres. Le Sénat eut peut-être eu le droit d'exiger davantage, en vertu de la coutume qui prévaut en Angleterre. Toutefois, il avait le double de ce qu’on lui donne aujourd’hui. Car le Président actuel, qui a un siége dans le Cabinet, est ministre sans portefeuille et sans salaire.
L'élément français y eut, successivement, les deux premiers présidents, les Honorables Messieurs Cauchon et Chauveau, en même temps qu'un ministre, l’'Hon. M. Chapais. C’est un coutraste frappant avec la position qui lui est faite actuellement, où, ni la Province de Québec ni la race française n’ont de représentant sur les bancs du trésor, et où le Président, homme éminent d’ailleurs, ne parle ni ne comprend un mot de français. (1)
Le 30 janvier 1873, la bonne étoile des sénateurs québecquois pâlit tout-à-coup. Et le principe de la représentation
française au Sénat fu’ … rifié aux exigences des membres des Communes. Nous laissuns à l’histoire à dire qui doit porter la responsabilité de cette première capitulation.
(1) Nous ne faisons que constater un fait public, établissant que notre élément n'a pas sa part-dans le Sénat, sans vouloir faire aucune réflexion sur le compte du Président du Séna’, l’un de n6s collègues les plus affables, les plus bienveillants pour ses collègues canadiens.français, el qui, sous le rapport de la langue française, est dans le cas des dix-neuf vingtièmes des
honorables membres de son origine.
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Sous l'administration McKenzie, le Sénat n'eut que deux ministres ; l’un, l'Hon. M. Letellier, représentant l'élément français, et l’autre, l’on. M. Scott, représentant dans le gouvernement, des irlandais catholiques. Ainsi, la race et la langue françaises ne furent pas oubliées, non plus que lélément catholique du Sénat. Nous devons même dire, pour être juste, que dans le but de conserver, au ministère, un organe officiel français dans le Sénat, lors de la promotion de M. Letellier à ia charge de lieutenant-gouverneur de Québec, le gouvernement libéral sacrifia un comté, dans un temps où le désarroi était dans ses rangs, car la promotion de l'Hon. M. Pelletier, comme ministre de langue française au Sénat, coûta au parti libéral le comté de Kamouraska. |
Ces conditions d’infériorité, faites au Sénat de la Puissance sous un gouvernement conservateur, s'expliquent d'autant z moins que, de l’aveu de tous, le Sénat avait puissamment contribué au triomphe du parti maintenant au pouvoir, soit en reflétant fidèlement, dans ses décisions, les principes politiques de la grande majorité des habitants de la puissance ou en contribuant à former une opinion saine sur les questions d’in- } térèt public, soit en rejetant nombre de mesures du gouverne- | ment McKenzie, soit en combattant victorieusement sa volitique sur une foule de points, soit enfin en travaillant, avec | une activité infatigabie, à dévoiler, au moyen de ses nombreux 4 comités d'enquête, les fautes de ce gouvernement, les erreurs | | de sa politique, dans un temps où la-faiblesse numérique du parti conservateur, dans les Communes, ne lui permettait pas de faire là de semblables perquisitions.
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Les remarquables travaux de l’Bon. M. McPherson, démolissant de fond en comble les échafaudages financiers de Sir R. Cartwright ; ses manifestes aux habisants d'Ontario, de même que les manifestes de l’'Hon. M. McLellan, aux électeurs des provinces maritimes, les vaillantes luttes des Honorables Messieurs Campbell, Aïtken, Ferrier, Bellerose, Girard, Ryan, Dickey, Miller, Allan, Reed, Vidal, Cornwall, Kaulback, è Botsford, Smith, Wilmot, Howlan, Alexauder, et d’un grand nombre d’autres, ne contribuèrent pas peu à nous assurer la victoire.
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Sous de telles circonstances, le Sénat n’avait-il pas le droit de s'attendre à être mis au moins sur le même pied que durant les cinq premières années de la Confédération ?
Quant au Conseil Législatif, il a subi un mouvement de décadence encore plus prononcé, si possible.
Au commencement du régime féaéral, le gou-ernement de Québec, tel qu'organisé par Sir George Cartier, avait, dans le Conseil, trois de ses membres les plus éminents, le Honorables Messieurs DeBoucherville, Archambault et Beaubien de Montmagny. M. DeBoucherville fut ensuite Premier Ministre.
Mais viut le jour ou l’inflüence fatale du coup d'état du 2 Mars se fit sentir au Conseil, comme dans tout le reste du mécänisme corstit.uonnel de la Province.
Pour la première fois, le Conseil eut le spectacle d’un fonctionnaire qui était, à la fois, son présiaent et le chef du gouvernement dans cette Chambre, et qui, pour concilier cette double attribution, était obligé, vingt fois par séance, de changer d’attitude, de fonction, de siége, de costume, de tempérament, etc. M.Joly, lors de la formation de son gouvernement, s'était excusé de cette anomalie, en disant qu'après tout. il m'était pas obligé d’avoir, dans le Conseil, plus de ministres que de partisans !
Les conservateurs s’amusaient beaucoup, dans le temps, aux dénens de leur besogneux collègue, de ce maître Jacques, obligé sans-cesse. comme le valet d'Harpagon, de demander au Conseil si c'était à son cocher ou à son cuisinier qu’il s’adressait; et ils se demandaient si les libéraux n'avaient pas réussi a faire revivre le bon vieux temps de Molière. C'était bien sans doute aussi comique, sinon aussi divertissant, que sur la scène du Palais-Royel. Mais,
“ Rira bien qui rira le “ernier ?”
disait un vieux proverbe dont alors nos bons conservateurs du Conseil ne redcutaient guère l'application.
Cependant, voilà qu'un bon jour, après avoir rendu à la province le svvice le plus signalé, les conservateurs du Conseil, malgré qu'ils forment les cinq-sixièmes de cette Chambre, se voient placés dans la même position que celle faite par Monsieur Leiellier aux quatre (car il s'étaient multipliés jus-
qu'à quatre !) partisans du gouvernement Joly. Leur digne président va-t-il avoir le courage d’imiter, de point en point, le manége de son prédescesseur libéral, monter vingt fois sur le trône, le tricorne à la main, comme président de la Chambre, en redescendre vingt fois pour conduire ses procédés, présenter ses motions, comme chef (et queue) du gouvernement dans le Conseil, remonter encore pour les mettre aux voix, redescendre encore, etc. ?
Bref, l’Assemblée Législative voulait fus les portefeuilles, en vertu de l'égalité démocratique qui veut qu’en matière de partage la juste part de l’une des Chambres soit tout et celle de Pautre, rien !
On dit que le chef du gouvernement avait d’abord songé à ménager l'amour-propre du Conseil et à soulager un neu son président factotum, en lui adjoignant un ministre "‘ vwrtefeuille et sans salaire. Maïs l'égalité démocratique s’en fût peutétre alarmée. C’eut été trop aristocratique !