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Ce portrait était publié au mois d’octobre

LOUIS 11 LANG

Sa mère, corse d’origine, était de la famille Pozzo di Borgo.

Louis Blanc fit des études brillantes à Rodez. Fn 1830 il sortait du collège et arrivait avec son frère à Paris, au milieu des barricades de Juillet. \vant de passer la barrière, les jeunes collégiens jugèrent prudent de couper les boutons fleur- Jelysés de leurs uniformes.

Accueillis par M. Ferri-Pisani, conseiller d’ Ktat, eur oncle, ils demeurèrent d’abord chez lui. Leur 1ère malade et ruiné par la Révolution qui lui mlevait sa pension sur la liste civile ne pouvait eur venir en aide. M. Ferri-Pisani leur fil alors me petite pension et s’occupa de leur trouver juelque emploi.

Ils allèrent demeurer rue et hôtel Coquillière. Présentés par M. Ferri-Pisani à M. Pozzo di Borgo, tmbassadeur de Russie, leur allié par leur mère, Is n’obtinrent de ce diplomate que des témoignages de regrets pour son impuissance, la chute le Charles X lui ayant enlevé toute influence uiprès du gouvernement français.

Mais M. Pozzo di Borgo se fil apporter par un tomeslique un sac de pièces de cinq francs qu’il •(frit aux deux jeunes gens.

Louis Blanc, blessé de cette aumône, prit le sac,

alla le déposer sur la cheminée, et sortit, sans ajouter un mot à ce refus significal if. Cette susceptibilité lui valut une semonce de son frère qui trouvait, peut-être avec juste raison, que, dans leur posilion, ils pouvaient bien accepter un cadeau d’un parent.

En 1 83 1 , Louis Blanc, qui avait refusé un emploi dans les Domaines, entra, comme clerc, chez Me Collot, avoué.

Admis dans la famille Geraldy, il y fit la connaissance de M. Corne, qui lui procura l’emploi de précepteur du fils de M. Ilallette, à Arras, chez lequel il resta deux ans. Il sc lia dès lors avec Frédéric Degeorge et fil ses premières armes dans le Propagateur du Pas-de-Calais. Ces armes étaient enrubannées; le jeune écrivain débutait, en vers et en prose, et deux poèmes, Mirabeau à l'IIôtel des Invalides et un Éloge de Manuel , furent couronnés par l’Académie d’Arras.

A ce propos, Louis Blanc a écrit : « Je dois à Béranger de ne pas avoir perdu une partie de ma vie à faire de méchants vers. » Le chansonniei qui l’aimait d’une amitié vigilante et clairvoyante, lui indiqua sa \oie et lui fit prêter serment d’immoler sa poésie équivoque à la belle prose qui l’attendait.

LOUIS BLANC

lût

Revenu à Paris en 1834, Louis Blanc passa pai ■e stage difficile et douloureux des débutants jour îalistes . Sa volonté et son talent en triomphèrent.

1 écrivit au Bon Sens, au National, à la Revue rcuiblicaine ; il fonda la Revue du Progrès politique :ocial et littéraire, dans laquelle il publia des ravaux politiques et économiques de la plus liante importance; le 15 août 1839, il fit paraître un îompte-rendu des idées napoléoniennes; l’article ît du bruit, cl, peu de jours après, son auteur iccosté par un inconnu que la police ne retrouva amais, était rudement frappé à la tête et laissé mur mort sur le pavé.

En 1840, Louis Blanc imprima l'Organisation lu travail, dont il avait déjà émis les idées dans eBon Sens et surtout dans la Revue du Progrès.

Président de la commission du Luxembourgmars 1848), il y soumit aux délibérations des ouvriers de Paris les bases de son système écononique,

■ A ce propos, il a écrit : « Mon idéal est l’état de mciété dans lequel chacun, ayant le pouvoir l’exercer complètement toutes ses facultés et de satisfaire tous ses besoins, jouirait de la plus grande somme de liberté qui se puisse concevoir.

» J’ai proposé des mesures transitoires, propres

à conduire progressivement et sans secousses ; < cet idéal ; mais ces mesures, je n’entends pas qu’or les impose. Elles appartiennent à la discussion que l’opinion publique les juge et que, s’expri niant par le suffrage universel, elle les rejette, si elle les croit mauvaises, ou les adopte, si elle les croit bonnes. »

Dans V Organisation du travail proposée pai Louis Blanc, l’État, c’est-à-dire t'assemblée des mandataires du peuple, aurait commandité les associations ouvrières et fondé des colonies agricoles, tenues d’accepter des statuts rédigés en vue d’amener graduellement et pacifiquement l’abolition du prolétariat. Pendant la première année seulement, l’État devait régler la hiérarchie des fonctions; après la première année, la hiérarchie devait sortir du principe électif. Il ne serait resté à l’État que la surveillance et l’observation des statuts.

Il ne s’agissait d’ailleurs de violenter personne. L’État donnait un modèle; à côté vivaient les associations privées, le système économique actuel, les travailleurs urbains et agricoles auraient ; choisi entre les deux systèmes.

1,7/ istoire de Dix Ans a été, avant l’ Histoire de I la Révolution française, l’œuvre la plus considé-

LOUIS BLANC

rablede l’écrivain. Certes, on ne s’étonnera pas de trouver dans le récit et le commentaire des faits contemporains, une émotion qui est le rayonnement même de la vie intérieure, l’expression de la foi.

Louis Blanc historien est un maître, varié, souple et d’une sûreté de pinceau, en même temps que d’une richesse de couleur incomparables. Ce qu’il y avait de généreux, d’élevé, de compatissant aux misères sociales en lui, s’épanche dans l’histoire.

11 y mettait de la passion, la sienne. Mais qui donc se plaint de sentir un homme vibrant aux souffles de son temps, dans un chroniqueur des choses contemporaines? Je me méfie des histoires impartiales; elles ne sont pas vraies, parce que l’humanité ne saurait être juste. C’est au lecteur à comparer et à faire la part des influences, du milieu, des préjugés, des préventions.

Je me souviens qu’à la mort de Louis-Philippe, il écrivit dans son journal, daté de l’exil, une élude qui reste comme le témoignage le plus juste, le plus fidèle, sans en excepter les louanges sans élan des orléanistes déçus.

Louis Blanc ne se repentait pas de ce qu’il avançait dans VHisloire de Dix Ans. En refaisant un

portrait plus vrai de Louis-Philippe, il obéissait à ce besoin de justice qui le passionnait parfois, jusqu’à le rendre injuste, et surtout il avait vieilli.

Ce mérite de l’âge qui rectifie les erreurs naïves du premier élan : voilà ce que le calcul et l’égoïsme des partis n’admettent pas. Fidèle à son idéal d’écrivain, Louis Blanc est désavoué par ceux qui le voudraient toujours sectaire quand il a éprouvé le mécompte des sectes. Son admirable sincérité qui ne met pas toujours sa candeur en garde contre les cancans de la politique s’est tempérée, sans s’affaiblir, et voilà ce que les brouillons ne comprennent pas.

Quand on est jeune, on ne voit que de la canaille parmi ses adversaires; quand on est vieux, on cherche volontiers des honnêtes gens, parmi eux, et parce qu’on en trouve, on est accusé de trahir.

On ne fait au contraire que devenir plus fidèle à l’humanité.

Louis Blanc est resté assez jeune pour ne pas faire ' amende honorable à ses adversaires, mais il est assez vieux pour reconnaître qu’il y a du mélange parmi ses partisans, et, sans rien abjurer, il cherche à respirer au-dessus de l’haleine et des miasmes des colères trop échauffées.

LOUIS IiLANC

Louis Blanc avait un don merveilleux qu’il a conservé. Quand il publia son Histoire de Dix Ans, il allait souvent se promener aux Tuileries, en revenait avec un chapitre entré dans la tête, qu’il transcrivait sans une seule rature, de sa belle et grande écriture.

Excité par le prodigieux succès de l’ouvrage, son éditeur, Pagnerre, le pressait à son tour et lui réclamait plus de copie.

Louis Blanc ne pouvait pas travailler dans les premières heures de la journée. Il déjeunait à onze heures au café du flelder, et, à midi, il rentrait chez lui pour se mettre à la besogne jusqu’à six heures. Sa production moyenne était de quinze à vingt pages.

Voulant satisfaire Pagnerre, il dit à un de ses amis :

— Je n’ai qu’un moyen, c’est de travailler après dîner.

L’ami sourit.

— Tu devrais me donner le courage de le faire, en venant travailler à côté de moi.

— Volontiers.

Le lendemain, à huit heures du soir, Louis Blanc était devant son bureau et l’ami s’accoudait à une table.

Vingt minutes après, il dit à ce dernier:

— Cela marche-t-il?

— lieu !

— C’est comme moi, reprit Louis Blanc.

Et il leva la séance. Il avait compris qu’il ne faut pas plus forcer la nature que son talent, surtout la nature féconde. Pagnerre dut se contenter de ses quinze à vingt pages.

Louis Blanc a excité bien des colères injustes en 1848; mais il avait éveillé, avant, plus d’enthousiasme encore.

Le volume de V Histoire de Dix Ans, où se trouve racontée l’insurrection polonaise de 1882, fut naturellement prohibé en Russie. Une dame russe, grande admiratrice de l’auteur, frauda la douane en l’introduisant d’une façon insaisissable : elle l’avait appris par cœur!

Exilé depuis le 15 mai 1848, n’avant traversé le Gouvernement provisoire que pour endosser quelques-unes de ses plus grosses fautes; passant pour le fondateur des ateliers nationaux qui ont été organisés contre lui; victime de ses idées mal interprétées, de sa générosité calomniée, Louis Blanc n’a emporté sur la terre étrangère que le regret de la patrie, que le désir ardent de la servir et d’y rentrer.

LOUIS BLANC

Mais il s’esl prononcé contre le serment. Ce parjure de bonne compagnie lui répugne; il ne veut pas mentir, même sous une sorte de contrainte. 11 attend, fier, résigné, jeune, que le serment disparaisse. Je ne crois pas qu’il attende longtemps.

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