Mazzini, par ErmenegiUlo Simoni
MAZZINI
du Transtévère qui dormait à côté de sa sœur.
» Nos jeunes officiers, nos militaires improvisés, nos hommes du peuple, tombent sous votre feu, en criant: « Vive la République! »Les braves soldats de la France tombent sous le nôtre, sans cris, sans murmures, comme des hommes déshonorés. Je suis sûr qu’il n’y en a pas un seul qui ne se dise en mourant ce qu’un de vos déserteurs nous disait aujourd’hui :
« — Noussentons en nous, quelque chose comme si c'étaient des frères que nous combattions.
» Et cela pourquoi? Je n’en sais rien ; vous n’en savez rien? La France n’a pas ici de drapeau. Elle combat ici des hommes qui l’aiment et qui, hier encore, avaient foi en elle.
» C’est une bien triste page qui s’écrit en ce moment par la main du gouvernement dansl’histoire de la France; c’est un coup mortel porté à la papauté que vous voulez soutenir et que vous noyez dans le sang. C’est un abîme sans fond qui se creuse entre deux nations appelées à marcher ensemble pour le bien du monde, et qui, depuis des siècles, se tendaient la main pour s’entendre; c’est une profonde atteinte à la moralité des rapports entre peuple et peuple, à la croyance commune qui doit les guider, à la cause sainte de la
liberté qui vit de celte croyance, à l’avenir, non de l’Italie, — la souffrance est un baptême d’avancement pour elle, — mais de la France qui ne peut se maintenir au premier rang si,elle abdique les mâles vertus de la croyance et de l’intelligence de la liberté. »
Cette fois encore, Mazzini a superbement raison. La France déchut par l’expédition de Rome; elle se relève aujourd’hui. Mais qu’elle entende encore, dans l’ivresse juvénile qui la transporte, ces paroles prudentes d’un manifeste mazzinien de 1852.
« Il faut que le parti tout entier se moralise... et que chacun d’entre vous poursuive l’étude de la solution qu’il croit avoir entrevue; qu’il parle, qu’il écrive selon sa conscience, rien de mieux. C’est là notre droit à tous. Mais qu’il ne confonde pas la lutte avec la victoire ; qu’il ne fasse pas, de I son drapeau spécial, un drapeau d’exclusion; qu’il ne déserte pas la grande armée de l’avenir; qu’il se rappelle ce que je ne cesserai jamais de répéter à mes frères : — Nous ne sommes pas la démocratie, nous n'en sommes que l'avantgarde. Nous avons à lui frayer le chemin ; elle fera le reste. »
Vous l’entendez, tribuns minuscules; c’est le
grand tribun qui le dit lui-même. Nul n’a le mol définitif, la théorie suprême, la solution politique ou sociale. Tous, nous sommes des travailleurs d’avant-garde. Ayons donc le courage, lamodeslie des pionniers ; l’armée est derrière nous. C’est elle qui fera les fondations sur le terrain que nous aurons déblayé.
Mazzini écrit en français comme dans sa langue maternelle. Il a collaboré à la Revue républicaine, publiée après juillet 1830, par Armand Marrast et Dupont (de Bussac). On y trouve de lui, dans le numéro de janvier 1835, un remarquable article qui a été réimprimé en brochure sous ce titre :
De l'Initiative révolutionnaire en Europe. — Paris, imprimerie de Fournier, 1835, in-8 de 28 pages.
Il a publié à Paris :
Riccordi dei fratelli Randiera de dei loro compagni di martirio in Cosenza, il 25 juglio 1844. Documentali cola loro corrispondenza. — Paris, imprimerie de madame Delacombe, 1845, in-12 de 84 pages.
(. Souvenirs des frères Randiera et de leurs compagnons de martyre à Cosenza, le 25 juillet 1844, avec leur correspondance à l'appui), etc.
Ai Siciliani, poche parole. — Paris, impri-
merie de Poussielgue, 1844, in- 12 de 12 pages.
A MM. de Tocqueville et de Falloux. Lettre sur les événements de Borne. — Paris, imprimerie de Prière, 1849, in- 18 de 36 pages.
A l’heure où le pape voulait être seulement le chef spirituel de la République, Mazzini lui adressa, datée de Londres, une lettre éloquente en italien pour l’affermir dans son dessein. George Sand traduisit celte lettre en français et la publia dans le Constitutionnel du 7 février 1848, avec une préface et un commentaire aussi éloquents que la lettre même, puis en brochure sous ce titre : République et Royauté en Italie, traduction et préface, par George Sand, Aperçus historiques et documents relatifs à V insurrection de la Lombardie et à la guerre royale de 1848. Paris, 1850, in-18.
Il semble souvent, quand on compare sa vie apparente aux béatitudes des Piémontais régnant en Italie, que Mazzini soit vaincu, qu’il n’ait plus qu’à désespérer ou à se repentir. Mis au ban des royautés, proscrit partout, démocrate errant, laissant une empreinte de feu aux terres qu’il traverse, on le dirait; et pourtant, à aucun contemporain il ne fut donné de voir de si près son rêve presque réalisé; que dis-je? il le verra.
L’homme qui passait pour le meneur des utopies dangereuses, se trouvera à un moment donné justifié dans son œuvre, par l’unité et par l’ordre profond qui en sera la conséquence.
Déjà la France l’a vengé; et la papauté, plus faible depuis qu’on la soutient avec des baïonnettes, s’avance elle-même au-devant de son suicide temporel, en voulant jeter un défi solennel à l’esprit du siècle qui se reposait un peu de la combattre.
GEORGE SAND
SOUVENIRS
J’ai été tenté de refaire le portrait de George Sand.
Depuis qu’on a commencé la publication de sa correspondance, il me semblait que je n’avais pas assez insisté sur cette bonté inépuisable, invincible, inassouvie, qui était le fond même de son génie, qui reste l’explication de sa vie, l’excuse des torts qu’on est bien obligé de constater et qui s’épanche dans toutes ses lettres.
La bonté, la simplicité; voilà les deux grandes vertus qui l’ont soutenue vivante, et qui la font planer morte. Sa correspondance est un horizon admirable de profondeur et de limpidité où sa
gloire s’étend comme une lumière paisible, fondant tous les orages, dissipant toutes les obscurités, rassérénant tous les jugements portés sur elle.
Obliger ses amis, secourir tous ceux qui l’invoquent, prendre parti pour la liberté et la justice, à tout propos, combattre la haine, en se garantissant de haïr, n’osant se fixer, de peur de se dérober à quelqu’un, serviable, jusqu’à l’épuisement de ses forces et de sa fortune, maternelle, par vocation, par passion ; telle est George Sand dans ses lettres.
Cette tendresse de cœur, souvent exploitée, souvent méconnue, mais inaltérable, est le secret de bien des faiblesses, de bien des variations dans l’enthousiasme et aussi de colères injustes contre elle.
Si je voulais reviser le procès entre elle et lui, comme Userait facile de la venger d’une calomnie poétique qui met l’habitude de l’ivresse sur le compte d’une douleur enivrante, quand elle l’a précédée. Les mauvaises natures s’irritent d’une placidité qu’elles ne peuvent armer.
Mais à quoi bon tenter une œuvre qu’elle désavouerait ! Elle n’a pas voulu qu’on la vengeât et ses lettres suffisent à fixer l’opinion de l’histoire.
L’unité d’action, de sentiment, de volonté, qu’on