IULES G R É V Y
En général, pendant la durée de sa présidence, il s’abstint de prendre part au scrutin. Mais tontes les fois, cependant, que le devoir était rigoureux et que la question de principe était posée, il n’hésitait pas. C’est ainsi qu’il vola pour la paix, pour le retour de l’Assemblée à Paris, et dans quelques autres circonstances de cette gravité, nécessitant un acte personnel, une résolution virile.
Parler peu, agir bien; voilà la devise de cet avocat singulier, aussi éloquent de conduite que de paroles.
Sa démission qui précipita une crise menaçante, fut-elle une faute ? Pour la première fois cet homme, ce circonspect, a-t-il, dans une boutade d’amour-propre légitime, mais un peu trop aiguë, déterminé une agitation que sa froideur stoïque et sa résignation pouvaient ajourner ou prévenir?
Non, pas plus que la démission de M. Thiers, la démission de M. Grévy ne fut une impatience du libéralisme, ni une susceptibilité trop grande de la dignité personnelle.
M. Grévy est incapable de ce charlatanisme politique qui ménage, par une abdication laite à propos, les chances d’une candidature populaire.
Il a supporté toujours toutes les violences de
la droite, les intrigues du centre droit. Républicain, il savait que depuis longtemps sa probité même était le paravent derrière lequel chuchotaient et conspiraient les monarchistes de l’Assemblée. Le moment lui parut favorable pour les démasquer. L’œuvre capitale de la libération du territoire, accomplie dans sa partie la plus difficile, les lois nécessaires à l’organisation de la République allaient être déposées. Sa démission ne put rien entraver d’utile. Elle avertit le pays, avant l’heure critique ; elle fit pénétrer brusquement la lumière dans une situation douteuse ; elle ne provoqua aucune solution hâtive; elle mit la logique dans la situation ; elle força cette Assemblée monarchique à prendre pour son président un de ses meneurs les plus ardents qu’elle usa et qu’elle discrédita elle-même; et, dès lors, elle démontra, avant l’heure des élections, l’impuissance de tous les royalistes qui essayaient de coaliser leurs rancunes, sans pouvoir fusionner leurs espérances.
La longanimité de M. Grévy pouvait être un grand danger et laisser dans une sécurité trompeuse les conservateurs, c’est-à- dire les défenseu rs du gouvernement. En se retirant à propos, il a voulu, je le répète, n’être ni dupe ni complice.