‹ Nos ContemporainsChapitre 24 sur 25 · JULES G II Ë V Y · texte numérisé non relu

JULES G II Ë V Y

D’ailleurs, pour ôter, à cette étude d’un caractère, toute couleur de panégyrique, je dirai à ceux qui blâmèrent cette démission, que, fût-elle une erreur de tactique, on ne saurait en déduire d’autre témoignage que celui d’une honnêteté inflexible, qui devient cassante, dès qu’elle se sent trop enveloppée.

Est-ce un mal? Souffrons-nous de l’excès de virilité dans nos hommes d’Etat ? Le premier besoin de la génération n’est-il pas de savoir, où, le cas échéant, elle trouverait pour la parole, poulie conseil et pour l’action, non plus des hommes providentiels, non plus des orateurs abondants, non pas des utopistes; mais des hommes de raison, de probité, de fermeté, sans ambition de pouvoir, mais ambitieux de droiture et d’honneur.

On l’a dit, à propos de M. Thiers qu’on lui comparait, Washington a été un très grand homme, moins pour son génie qui tient dans le compas du bon sens, que par la continuité même, en toute circonstance, de cette force du sens commun qui ne s’est jamais affaiblie ni exhaussée.

M. Thiers, par une verve spéciale, par une vitalité qui se renouvela toujours et qui resta printanière jusqu’au tombeau, par une flamme subite qui perçait à travers le terre à terre de sa prose,

par cette incarnation en lui du génie national qui s’éleva souvent jusqu au génie universel, M. Thiers n’était pas rigoureusement fait pour un parallèle, avec le fondateur de la République des États-Unis.

M. Grévy a dans le caractère, dans sa simplicité, dans sa chaleur dissimulée, sous une forme contenue, dans la correction de sa vie politique, dans l’attitude de l’âme, et même dans l’attitude du corps, bien plus de ressemblance avec Washington; et si l’on parle avec abondance d’honneur, de sang-froid et de raison, à propos de ces deux hommes, on n’a besoin de recourir à aucune hyperbole, ni d’évoquer aucun génie supérieur à la lumière du bon sens, pour les estimer et les honorer.

Chateaubriand, qui avait vu Washington, a dit de lui :

« Cet homme qui frappe peu, parce qu’il est dans des proportions justes , a confondu son existence avec celle de son pays; sa gloire est le patriotisme de la civilisation; sa renommée s’élève comme un de ces sanctuaires publics où coule une source féconde et intarissable. »

Si les circonstances qui ont déjà fait deM. Grévy, par sa position dans l’Assemblée, le premier de la France, en faisaient un jour, par une consé-

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