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LAMARTINE

acquis depuis, n’ayant aucun besoin d’acquérir.

Ce n’est pas qu’il faille conclure de cette répugnance pour l’étude à une ignorance absolue. Je restais toujours surpris de ce qu’il savait. Il était initié aux choses, sans les avoir apprises ; les idées le pénétraient; sa chaleur d’âme aspirait la rosce qu’elle répandait ensuite.

Lamartine, de haute taille, d’allure franche, ayant la grâce spontanée qui devance la réflexion, paraissait, au premier abord, un de ces hommes faits pour rester debout et que le temps peut frapper en bas, tout autour de l’écorce, sans les atteindre au sommet. La première fois que je le vis, je me rappelai les vers du poète latin, et je saluai un de ceux auxquels il a été ordonné de regarder le ciel. On ne comprend pas Lamartine la tête penchée, le front dans les mains, cherchant ses idées sur le papier ou dans la cendre de son foyer. Il écrivait comme il parlait, sans s’incliner. L’âge, les douleurs, les misères, ontaminci ses joues, plissé ses lèvres; mais le front a gardé jusqu’à la fin son équilibre; il est resté jusqu’à la fin perpendiculaire au ciel.

L’intelligence qui siégeait dans une pareille tète put pécher par fierté, par illusion; mais elle n’eut jamais à se reprocher une bassesse, une dissimu-

Iation, un de ces actes qui courbent en deux ou qui font seulement froncer le sourcil. Le regard limpide et direct envoyait sa lumière comme un phare et, dominant les autres, ne subissait jamais leur domination.

La sérénité, qui habite les hauteurs, était la condition de ce front superbe ; j’y ajoute la naïveté. En effet, un trait distinctif du caractère de Lamartine, c’était la candeur virile; non la confiance maladroite toujours dupe, mais l’optimisme clairvoyant, qui prend la fleur du panier des actions humaines et qui ne songe pas aux vilenies. En poésie, en prose, Lamartine ne donnait jamais d’arrière-pensée à ses héros; il les voyait toujours en pleine lumière, en pleine beauté. Je prouverai plus loin qu’il eut les mêmes façons de voir en politique.

Aimant la poésie, ou plutôt la vivant, il en faisait, connue M. Jourdain fait de la prose ; mais il n’eut pas la fatuité deses œuvres. Le croirait-on? Lamartine fut peut-être le seul contemporain auquel on pouvait dire : « Vos vers sont mauvais ! » et qui ne s’en fâchait pas.

Ambitieux de la vie en bloc, il n’eut pas l’ambition mesquine du détail. Ses vers sont un accessoire; son action est son vrai poème. Le seul

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