‹ Nos CréolesChapitre 13 sur 29 · NOS GRÉ0LB · texte numérisé non relu

NOS GRÉ0LB

doivent à la beauté, et, quoique naturellement coquettes, elles s'attachent vivement à celui qu'elles ont choisi, en sont jalouses à l'excès, et lui sont rarement infidèles ; mais dès qu'elles en sont privées ou délaissées, elles reportent les mêmes sentiments vers un autre objet. Épouses tendres et fécondes, mère,:> excellentes, elles sont toujours passionnées, et l'instinct de la volupté les suit dans tous les âges. Aimables et sans artifices, on est étonné que la volonté la plus décidée puisse s'allier à tant de mobilité d'esprit. Douées d'un caractère sensible et compatissant, elles sont exigeantes, même sévères pour leur service, et l'on ne peut qu'excuser le vice de leur éducation, lorsque ces êtres doux et bons, qui ne devraient s'occuper qu'à faire des heureux, s'arment, contre leurs esclaves, d'une rigueur parfois cruelle... D'une sobriété parfaite pour les mets recherchés, les vins etles liqueurs, elles cèdent tout le jour à des fantaisies bizarres, et se repaissent de fruits ou d'autres aliments qui altèrent leur constitution. Nonchalamment couchées sur des lits de repos, entourées de servantes habiles à^ prévenir leurs désirs et mollement ensevelies dans le dolce farniente des Italiennes, il ne s'agit pas plutôt de la danse, qu'on est émerveillé de la légèreté de leurs pas, de la souplesse de leurs mouvements, du feu. de la grâce et de la vivacité qu'elles y mettent. Le climat exige impérieusement beau-

coup de propreté ; il n'y a pas de pays au monde où elle soit aussi scrupuleusement observée dans tous ses détails ; oette propreté est la même parmi toutes les classes d'habitants... » Je n'ai rien à ajouter à ces brillantes couleurs. Elles no sont point exagérées. Mais cependant elles ont une ombre.

3ous Tenveloppe de la grâce, plus belle encore que la beauté, a dit La Fontaine, la créole renferme des trésors de sensibilité. Précisément à cause de cela, elle ne sait pas assez se prémunir contre les ardeurs qui Tassaillent. Derrière un voile de douce paresse et de naïveté, elle dissimule assez mal les aspirations de son cœur, et le besoin d'aimer, entravé ou contenu, dégénère chez elle en une sorte d'appétit violent, presque maladif, fertile en écarts singuliers. L'énervement succède, puis le caractère se transforme; la femme, anémiée, épuisée, mais non pas rassasiée, vraie névropathe, engendre dans Fisolement de sa vie solitaire des habitudes déplorables.

Ce que j'ai à écrire sur ce sujet est bien délicat et bien scabreux, et pourtant je ne le saurais faire en quelques lignes banales. J'oserai tout révéler, ne m'avançant d'ailleurs, sur ce terrain glissant, qu'avec précautions et appuyé sur des documents véridiques.

Je n'entends pas attribuer à toutes les familles créoles, ni même au plus grand nombre, les relâchements que je vais mentionner. Je ne les regarde pas non plus comme limités à une classe ou à une catégorie exclusive. Ils ont pris racine un peu partout, dans le monde blanc, comme dans le monde de couleur, en haut comme en bas de leurs couches; mais ils n*ont point pénétré, Dieu merci, au sein de maints foyers. Les jets n'ont pas encore de poussées continues.

L'exemple toutefois est contagieux, et ce qu'oh se murmure à l'oreille, sans indignation, ou même avec le sourire aux lèvres, est bien prêt d'être imité à la première occasion. Toute personne au courant des choses coloniales me comprendra, sans qu'il soit nécessaire d'insister.

L'homme a pour lui la vie extérieure et il prétend conserver le monopole de Tamusement sans frein ; la femme n'a pour elle que la vie retirée et oisive. En pareilles conditions, les mœurs domestiques ne peuvent que péricliter. Ce qui se passe trop ordinairement se devine.

Monsieur va à ses affaires, au cercle... chez sa concubine : cela est reçu et n'entraîne aucune réprobation sérieuse. Bien plus, cette concubine est souvent une ancienne servante de la maison ou une ancienne camarade de pension à Madame. Celle-ci a quelquefois toléré sa rivale au cours de ses fiançailles ; elle la tolère encore après le mariage. On cite même des cas où elle a recherché

un partage de faveurs... en concurrence avec le mari ! Mais, sans aller si loin, elle ne trouve rien de choquante des contacts qui froisserai eut, chez nouSy les suçeptibilités les moins ombrageuses. J'ai entendu raconter qu'aux noces d'un magistrat, la maîtresse, bien attifée, et remplie d'attentions, servait de première femme d'atours à l'épousée, qui n'ignorait pas ses fonctions plus intimes auprès de son seigneur. De ces unions en partie double, des enfants naissent : de quelque mère qu'ils viennent, ils seront également bien reçus. J'ai logé, pendant plusieurs mois, chez une mulâtresse du genre conventionnellement respectable; elle avait des enfants, dont un créole blanc, riche, en situation officielle, marié, av9,it accepté la paternité : la famille irrégulière avait accès dans la maison de la famille légitime, et, le jour de la communion de Tune des filles au nom paternel, ce furent les filles au nom maternel qui préparèrent les pâtisseries obligatoires, avec un soin méticuleux. Les enfants, déjà rapprochés dans leur bas âge, le sont davantage sur les bancs de l'école. C'est alors que les différences d'origine engendrent, dans les rapports^ les plus fâcheuses conséquences, surtout parmi les filles. La petite mulâtresse, qui a vécu de la vie libre et trop ouverte, apprend à la petite blanche, à la vie jusqu'alors plus claustrée, beaucoup de choses

qu'il est fort désirable de cacher aux enfants.

Des habitudes lesbiennes se contractent, se développent et elles continuent plus tard pendant longtemps. Elles sont communes, m'a-t-on assuré, même en dehors de la couche qui alimente la prostitution, et Belot, un créole, n'aurait eu qu'à se souvenir des mœurs de son pays, quand il écrivit sa Femme de feu et Mademoiselle Giraud, ma femme !

Beaucoup de jeunes personnes sont iûitiées aux plus vilaines pratiques par ce qu'on appelle les z amies. Mariées, celles-ci ne manquent pas de satisfaire aux curiosités des innocentes, et je puis citer le fait, absolument personnel, d'une abominable collection de photographies, remise à une gentille demoiselle de seize à dix-huit ans, par une amie de même âge, récemment mariée, qui se croyait évidemment en droit de tout connaître, comme de tout enseigner,... sous la couverture de son titre. Cette même jeune fille, je fus un jour appelé à la soigner, en des circonstances oti la relation de cause à effet ne pouvait m' échapper : il s'agissait d'un épuisement nerveux précisément consécutif à une série de visites de son aimable amie. Un confrère bien renseigné m'a appris, sur ce sujet, maints détails très médicaux qui ne sauraient laisser aucun doute sur la fréquence d'habitudes. . . , renouvelées de Sapho et des dames de Brantôme, au sein de familles où l'on ne s'attendrait guère à les rencontrer*

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Mais qui s'imaginerait que des mères n'ignorent pas ces habitudes et n'interviennent pas pour les enrayer ! Elles ont passé par là, sans doute, et elles tolèrent chez leurs filles ce qu'on a toléré pour elles. Deux mères s'entretenaient de la matière : Tune avouait à l'autre qu'elle avait trouvé sa fille en amusement très intime avec sa petite bonne; elle ne se montrait pas bien courroucée d'ailleurs et sa compagne ne témoignait aucune indignation ; toutes les deux finirent par se répéter, qu'après tout, « cela n'était pas aussi dangereux qu'on le prétendait, et que cela empêchait les jeunes filles de tourner à mal avec les hommes ». Celait si bien l'avis d'une certaine mulâtresse, retirée des affaires, et qui reconnaissait, d'après sa propre histoire, les inconvénients d'un début trop prématuré sur la scène galante, qu'elle faisait cette confidence inouïe à un ancien amant (elle avait une fort jolie fille, déjà très courtisée) : « Cher, je ne veux pas que ma fille s'en aille avec les officiers, comme une telle et une telle; non j'entends qu'elle garde de la, moralité. Mais pour calmer ses sens, à cette jeunesse, je la conduis deux ou trois fois par mois auprès d'une amie... »

Comment, même à défaut d'amies corruptrices, les jeunes filles parviendraient-elles à se conserver pures devant les exemples qu'elles ont sous les yeux ? Beaucoup, même parmi les mieux

élevées, ont à côté d'elles des frères qui ne se préoccupent guère de cacher leurs aventures amoureuses. Dans une triste aiïaire d*assises, où Ton condamna une pauvre négresse qui, pour se venger de la séduction et de l'abandon, avait tenté de mettre le feu à la maison d'un jeune homme d'excellente famille, blanche ou presque blanche, le procureur de la République releva un détail caractéristique : le lovelace couchait dans une pièce du rez-de-chaussée, séparée par une simple claire-voie de l'appartement habité par ses sœurs et sa mère, et il n'hésitait pas à recevoir là ses maîtresses attitrées ou de rencontre !

Du reste, dès leur plus jeune âge, 4es enfants sont appelés à tout voir et à tout entendre. Les imprudents parents s'amusent de leur précocité ; ils narrent avec complaisance les plus incroyables fredaines... en ayant l'air de s'en fâcher.

Une petite fille de sept ans voit sa sœur, mariée, prendre un embonpoint rapide ; elle questionne autour d'elle et n'est pas satisfaite des réponses qu'elle reçoit. Tout à coup, sérieuse, elle donne une petite tape sur le ventre de sa sœur : « Si j'étais toi, dit-elle, je me débarrasserais vite! Il n'y a qu'à faire prévenir le médecin et, tout de suite, tu aurais un bébé. » Evidemment, on n'avait pas songé à se défier de la gamine et elle avait dû surprendre 4e secret de quelque opéra-

tion antérieure, hors de la portée habituelle des enfants*.

Un créole me racontait qu'il découvrit son fils, âgé de cinq ou six ans, en train d^expliquer à ses deux sœurs, à peine plus âgées que lui, « ce que c'était que l'amour et comment ça se faisait; » qu'un autre jour, le même garçonnet vint lui dire en riant qu'il venait de voir une petite fille et unpetit camarade du voisinage occupés d'une façon que je n'ose écrire, mais que le père spécifiait, d'après le récit de son fils, avec un élan de fausse émotion très comique.

Dans les pensionnats, de pareils caractères vont se perfectionnant et, là-dessus, je me tairai. Les enfants qui sont le moins à réprimander sont encore ces bonshommes de quatorze à quinze ans, comme j'en ai renontrés, en quête de consultation spéciale à la suite d'une mésaventure amoureuse, auprès de quelque fille suspecte.

Au retour dans la famille, les adolescents de l'un etdeTautre sexe trouvent souvent des agents de profonde perversion dans les jeunes servantes, mulâtresses ou négreses, qui vivent sous le toit de leurs parents. A leur école, les garçons se

* On né saurait trop prendre de précautions contre la curiosité des enfants. Ils sont à Taffût cte tout ce qu'on leur cache ; ils imitent d'abord à la manière de petits singes... plus tard en apprentis du Tice.

Un matin, à la Vera-Cruz, étant sur mon balcon, j'eus, en face., le spectacle de deux enfants, le frOre et la sœur, qui jouaient, avec l'indécence la plus candide, au lavement. Ils répétaient sur eux-mêmes, sans^ songer aux passants, tout ce qu'ils avaient vu faire -la veille peut-être à leurs parents 1

préparent aux liaisons du concubinage, mais au moins ne tardent-ils guère à déverser au dehors le trop plein de leurs impulsivités génésiqbes,et gardenUls en leurs e^cès la note naturelle ; les filles, condamnées au buen retira^ oisives, n'ayant de goût que pour des lectures qui attisent leurs désirs, et d'autres moyens de les satisfaire que dans leurs relations avec des personnes de leur sexe, laissent libre cours à des appétits dévoyés et se perdent au foyer familial.

Voilà du moins ce qui arrive trop fréquenmment.

Parmi celles qui échappent aux aberrations monstrueuses, toutes ne possèdent pas pour cela un sens moral bien solide. Plus d'une ne résiste pas aux premiers assauts d'un jeune cousin, et même, de temps en temps, l'on est stupéfait d'apprendre les amours, jusque-là clandestines, mais subitement révélées par un fâcheux accouchement, d'une belle et splendide créature, aisée ou riche, avant tout le vernis de la meilleure éducation..., avec quelque nègre ou quelque coolie ! Cela aboutit parfois à des suppressions d'enfant, mais dont la connaissance n'arrive pas, d'ordinaire, jusqu'aux tribunaux.

Le célibat forcé, pour un grand nombre de jeunes filles, est une circonstance [atténuante dans les défaillances que je suis obligé de constater. La population féminine présente uu excédent notable sur la population masculine ; la

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réduction de plus en plus grande de l'effectif des fonctionnaires et des officiers métropolitains a diminué le contingent des épouseurs le plus appréciés; dans le pays, un état de gêne croissante, Fincertitude du lendemain, éloignent les jeunes gens donnions, dont ils redoutent les charges. La créole éprouve durement le contrecoup de cette situation et sa nature y puise comme une excuse à ses écarts.

Cependant, le mariage ne suffit pas toujours à assoupir des ardeurs trop intensives et exaltées de trop bonne heure. Les femmes qui se contentent d'un mari sont l'immense majorité. Mais il y a des insatiables, qui, si elles ne partagent pas leurs plaisirs entre leur conjoint légal... et de bonnes amies, recherchent des amants. Je crois qu'il faut signaler, comme une cause de ces manquements, la trop grande fréquence des unions disproportionnées. Aujourd'hui surtout, que les fortunes sont très amoindries, les jeunes filles trouvent plus difficilement des maris sortables, et les vieux célibataires ou veufs, usés par la vie joyeuse, ont beau jeu pour animer leur caitière au déclm au feu d'une jolie personne à son printemps, mais sans biens. L'Agnès, sous la pression de ses parents ou de son plein gré, se laisse prendre ," ©U© ^e tarde pas à se dédommager. L'adultère néanmoins n'est pas chose commune!; car, dans la vie créole, i) est malaisé de dissimuler une liaison ; les maisons sont de verre,

les langues ont la sonorité et la puissance de répercussion des trompettes de la Renommée. Mais les adroites qui s'y risquent n'ont pas toutes un vieux mari et un galant Adonis. Je citerai à cet égard le cas d'une dame, jeune, remarquablement jolie, de sang blanc et mariée à un fonctionnaire de sa race, en pleine maturité d'âge et on situation assez élevée, — qui, dès les premiers temps de son mariage, s'abandonna à un nègre rabougri, sale, pianeux (atteint de pian^ dégoûtante affection de la peau). L'affaire se termina comme un conte de Boccace. Un enfant vint au monde qui bientôt présenta la marque africaine ; le mari se fâcha, mais le curé de la paroisse vint très à propos au secours d'une cliente, très assidue dans ses dévotions et sans doute aussi très large dans ses charités : il réussit à persuader à l'époux que cet enfant teinté pouvait bien être le fruit de ses œuvres : la Providence permettait de ces bizarreries, pour éprouver la piété de ses fidèles et les ramener à l'humilité. Le véritable père était très riche et l'intérêt avait peut-être joué un rôle bien banal, dans le cœur d'une femme coquette. Mais c'est là un mobile ordinairement sans puissance sur nos créoles : à l'inverse des Havanaises, elles se donneront par caprice, rarement elles se laisseront acheter à coup d'argent ^ Elles sont plus sensibles aux honneurs

• <;: Quand une Havanaise, même de celles qui tiennent un certain rang, a besoin d'une once d*or, elle charge son calesero

que leur... sacrifice vaudra à leur mari et dont elles auront leur part : aux colonies comme ailleurs, avec le consentement tacite ou à Tinsu de rhomme, la femme a édifié plus d'vixe fortune administrative ou politique... incomprise du vulgaire t

Je viens de découvrir les côtés peu connus de la société régulière ou régularisée.

J*aborde maintenant, avec moins d'embarras, les mœurs de l'autre monde.

La vie libre, où Ton n'accepte aucune entrave, où Ton s'abandonne sans réserve aux plaisirs amoureux, gravite autour de la femme de couleur. Dans tous les temps, et principalement à l'époque de la grande prospérité coloniale, les mulâtresses ont été « les prêtresses de l'amour illégitime » et ont formé, « dans l'empire des femmes, une secte redoutable d.

« Leur teint d'un jaune clair ou bronzé est.

souvent en rivalité avec les roses et les lys dont celui des femmes blanches est ordinairement composé. Souvent, c'est un sujet de guerre entre ces femmes d'une espèce différente, quoique du même sexe. Les manœuvres de Tune excitent

de lui amener le premier venu qui voudra bien lui avancer

cette somme. Mais qu'il ne s*avise point, ce premier venu, quel i

qu'il soit, de reconnaître et ,de saluer dans le monde la femme

qu'il aura ainsi obligée, ce serait un homme perdu... » (Masse

Vlie de Cuba, Paris, 1825, p. 34i:)

no NOS CRÉOLES

les plaintes de Fautre. Le caprice des hommes et rhumeur naturelle aux femmes perpétuent la zizanie, et la jalousie des femmes blanches s'allume, Tjuand elles ne devraient ressentir que du mépris pour leurs époux infidèles. Les mulâtressesdont nous parlons font, dans les colonies, ce que les Laïs entretenues font ailleurs, et les premières brillent bien autant que les autres. Mais il faut rendre aux filles de couleur la justice qu'on leur doit ; elles sont bien loin de cet air effronté, lubrique et pervers, qui scintille dans les yeux des courtisanes de France ou d'Europe. Elles sont beaucoup moins jolies, ont une volupté plus touchante, et elles inspirent une passion plus forte. Mais aussi, elles ne sont que trop souvent la cause de la perte des jeunes gens, du déshonneur de beaucoup de vieillards imbéciles, qui, semblables au chêne, s'attachent plus fortement à la terre, à mesure qu'ils sentent qu'ils lui échappent. C'est chez elles aussi, que les maris, à qui le çiom de l'hymen procure des nausées, vont se désaltérer dans les égouts de Cythère ; c'est là que vont se ruiner tant de jeunes gens riches, et qu'ils consomment en peu de temps le fruit de beaucoup d'années et de sueurs. Ce sont ces femmes, qui rendent tant de dépositaires infidèles, qui sont causes que tant d'enfants souffrent de la prodigalité de leurs pères luxurieux pour ces folles, divinités, ou pour les enfants qui en naissent, et que tant de femmes

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blanches sont abandonnées de leurs marié. On leur attribue avec assez de raison le goût presque général des hommes de Saint-Domingue surtout pour le célibat. Elles prennent un homme à peu près comme une terre à ferme; elles en tirent tout ce qu'elles peuvent et il en sort les forces et les désirs épuisée. Toutes ces folies sont d^autant plus étonnantes, que celles qui les inspirent sont naturellement sans beauté, et souvent sans éducation, sans expressions et sans pensées.

Elles n'ont pour elles que ce jargon mignard des créoles, qui, dans leur bouche, est d'une douceur et d'une lenteur qui séduisent les âmes amoureuses. Leur complaisance est extrême, elles séduisent plus par leurs soins que par leurs charmes. On se croirait ingrat, si on ne les récompensait pas, et Thabitude de l'indolence, naturelle au climat, a achevé de les faire triompher. Il faut aussi rendre justice à leur taille svelte, à leur démarche légère, à leur abandon électrique, aux grâces de leur maintien aux mouvements voluptueux qui les balancent sans cesse, et à l'élégance de leurs parures. Quand elles passent dans les rues, armées de leurs atours, ou qu'elles sont négligemment étendues sur leurs sofas, vêtues de leur déshabillé coquet, elles excitent la curiosité, et la première sensation qu'on éprouve est ordinairement plus forte que soi. Mais l'homme de bon sens ne tarde pas à s'apercevoir de la super-

chérie de leur art, il les fuît, et s'il s'égare quelquefois avec elles, ce n'est qu'un instant de perdu, il retourne bientôt à ces devoirs. Telles sont ces femmes singulières. Elles sont les courtisanes des colonies et Saint-Domingue a Tavautage ou la honte de posséder les plus extraordinaires. » (Des Lozières.)

Ducœurjoly esquisse de ces filles de Saint- Domingue un portrait des plus vifs. « Tout ce que la nature accorde de charmes aux séduisantes créoles blanches, à l'éclat du teint près, elle semble prendre piaisir à le prodiguer aux mulâtresses : même élégance de forme, même caractère de traits, même expression dans les regards, même aisance de la démarche, et surtout même paresse, même nonchalance dans toutes les actions, jusqu'à ce que l'éclair du plaisir, venant l'animer, produise l'explosion du volcan. Une mulâtresse parait être une créature empreinte et pétrie de volupté Il n'est

rien que l'imagination la plus enflammée puisse concevoir, qu'une mulâtresse n'ait pressenti, deviné, accompli... i> Le luxe de ces femmes n'avait pour ainsi dire pas de bornes : les plus riches dentelles, les étoffes les plus rares, les bijoux les plus magnifiques, leur étaient (c si prodigués par leurs amants, que plusieurs auraient pu changer d'ajustement et de décoration chaque jour de Tannée »» Aussi que de jalousies et de colères un pareil spectacle accu-

mulait au cœur des blanches 1 Un instant, Ton songea à promulguer des lois somptuaires, pour mettre un frein à un luxe aussi scandaleux !

Les mul&tresses d'autrefois ont de dignes émules dans leurs sœurs d'aujourd'hui. Celles-ci n'ont pas autant de faste, mais elles exercent le même pouvoir sur le cœur des hommes ; elles rencontrent moins de haines et de jalousies chez la blanche, au caractère affadi, mais elles ne lui savent aucun gré de sa tolérance et reportent sur elle le même esprit rancunier que les mulâtres ont à l'égard des créoles blancs.

Aux Antilles, à la Guyane, à la Réunion, elles sont partout les mêmes, gracieuses et provocantes, avec un certain air de naïveté et de candeur impudiques, qui n'appartient qu'à elles.

En voici une qui se h&te vers quelque rendez* vous. Elle s'avance, à la fois indolente et vive, traînant avec un petit cliquetis régulier son léger soulier transformé en pantoufle, balançant ses hanches par des mouvements pleins de souplesse féline, la poitrine et le ventre en avant, et le regard velouté, doucement caressant, comme pour inviter au plaisir voluptueux. Ses narines semblent dilatées à la recherche de quelque parfum enivrant ; ses lèvres, un peu grosses et bien en couleur, s'entr'ouvrent par un sourire qui appelle le baiser et laissent admirer deux rangées de blanches perles. Elle se sait belle et jouit de l'effet qu'elle produit. Elle s*est d'ailleurs

soigneusement attifée pour plaire. Elle a posé sur sa tête, aux cheveux noirs et luisants, relevés sur la nuque, le foulard de soie bleue ou rouge, ou le madras bien raide, bien tendu, bien voyant^ sous la couche de chrome d'un récent calendage; elle a disposé avec art ses plus brillantes épingles, sur cette coiffure imitée de celle de nos Bordelaises, et qu'elle a faite sienne en rembellissant, la rejetant en arrière ou l'inclinant sur le côté avec une crànerie décidée, Tun des bouts dressé comme un pompon ou étalé comme en éventail. Sa robe, d'étoffe blanrfie ou bariolée de couleurs claires, est serrée lâchement sons les seins (comme Tancienne gaule de nos aïeules) ; elle balaye la rue de sa longue traîne et se relève en avant sur une jupe empesée, assez courte pour découvrir un bas blanc, bien tendu sur une jambe irréprochable. Des bijoux d'or partout, lourds et massifs, aux oreilles, au cou, aux poignets, ou, sur la gorge, lin collier de fausses graines noires (puabé)^ qui rehausse l'éclat de la chair.

Et cette autre ! Elle s'abandonne au doux farnientSy pelotonnée sur la natte qui recouvre le plancher de sa case, ou se balance mollement dans le large fauteuil à bascule qui fait partie de tout ameublement créole. Elle a pour tout vêtement le mince peignoir, dérobant à peine ses charmes, et joue de son pied nu avec ses mules ; elle babille paresseusement avec la petite ser-

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vante, attendant l'heure de» visites, du bain ou de la promenade.

Quel corps, sous le vêtement simple ou coquet! La mulâtresse a réalisé toutes les beautés plastiques de la statuaire antique. Elle est svelte sans maigreur, bien en chair sans embonpoint, et les proportions de son corps, avec quelque chose de masculin, lui donnent précisément ce cachet esthétique, que les Grecs ont imprimé à leurs plus gracieuses déesses. La main seule laissé à désirer; les doigts, effilés, sont un peu noueux aux articulations, secs et parfois déplaisants.

Qu'on ne croie pas que ces femmes-là ne possèdent d'autres attraits que les charmes physiques. Un grand nombre, sans doute, ne sont guère que de jolis jouets, animés seulement par l'ébat amoureux. Mais d'autres amusent et captivent par la vivacité de leur esprit, le sel de leurs reparties, un enjouement du meilleur aloi. Quelques-unes, tout comme leurs sœurs antiques, essayent même de cultiver la muse à leurs moments perdus.

A Bourbon, la mulâtresse Gélimène, qui tenait une sorte de cabaret fort bien fréquenté, régalait ses clients de chansons de sa composition, avec accompagnement de guitare. Elle a rimé son portrait : le français et la prosodie sont en faute, mais Tentrain le fait oublier :

Je suis cette vieille Gélimène,

Très laide, mais non pas vilaine.

Je suis une pauvre créole,

Qui n'a pu aller à Técole,

Légère en conversation.

Mais pas du tout en action ;

J'ai la tête remplie de vers,

Que je fais à tort et à travers.

Trop froissée, je satirise

L'impoli qui me ridiculise.

Et jamais je me déguise.

Je fais connaître le ridicule,

Aux higots je fais sauter la bascule,

Il faut que celui qui avance recule,

Reste honteux, gobe la pilule.

Je respecte les vrais dévots,

Mais je crains beaucoup les bigots.

Avec les fous je fais la folle,

Avec les sots, je fais la sotte ;

Et jamais ne perds la boussole ;

Pour éviter des avaris,

Les grands, les gros et les petits.

Blancs, noirs ou gris sont mes amis.

J'admire l'aristocr'atie,

J'aime et plains la démocratie,

Car j'appartiens à la dernière,

Mais je respecte la première,

Car ma vie n'a pas été que fleurs ;

Dans mes'plus grands fonds de douleurs,

Les mains de toutes les couleurs

Sont venus essuyer mes pleurs.

Je fais naturellement allusion aux demoiselles qui représentent le dessus du panier dans leur classe. Car, à mesure qu on descend vers la né-^

grosse, si le caquetage reste, les attraits et le charme des allures s'amoindrissent et s'effacent. Mais, à tous les degrés de la couleur, un sentiment existe chez ces dames, la jalousie contre la femme blanche. Il éclate en maintes occasions et sous mille formes. La mulâtresse est heureuse, quand elle enlève un blanc à sa jeune fiancée, un mari à son épousée d'hier. Il faut bien qu'il y ait chez elle, comme chez le mulâtre, un fond de rancune impitoyable, de colère inassouvie, qui dérive de la souillure originelle. Elle n'a rien à envier aux créoles blanches sous le rapport de la beauté et elle dédaigne de la copier dans ses modes : elle sait au*elle a en elle-même les moyens de soutenir toute lutte amoureuse, couvent avec des chances particulières de succès, grâce à son caractère plus souple et moins altier*. Mais, chez la négresse, d'ordinaire bonne et compatissai^te, il entre quelque rage, à la conscience de sa laideur : elle essaye de copier les toilettes de la femme blanche et elle ne réussit qu'à se rendre ridicule; elle porte fauxchignon, pour donner le change sur sa toison

' Cependant la mulâtresse semble avoir moins que le mulâtre cette hostilité méchante et jalouse contre le blanc. Elle la manifeste rarement contre l'homme et c'est comme une exception queje mentionnerai le fait suivant. Une très jolie

envoyait

mations et je connus la vérité : la demoiselle était depuis longtemps malade et elle le savait; elle se montrait prodigue de ses faveurs, parc^ qu^elle é^i^ i^ewreus^ 4e donner du mal à de$ blanchi

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laiilBuse, arbore les chapeau^ les plus invraisemblables, les robes les plus tapa^use^, et elle u'î^rrive pas à sé4uîrp davantëtge peux dout elle convoite le plus les regards; les nègres Tc^dînirent, mais c'e^t bien des nègres dont elle ^ sq^cj ! Peut-être aussi ressent-elle prqfondément je dédain de rivales, qui ne l'estin^ent pas même digne de leur jalousie. Quoi qu'il en soit, les ressentiments se traduisent quelquefois d'qne façon féroce, principalement dans les moments trour blés où les haines tournent vite en crimes. J'en pourrais fournir des preuves bien tragiques; jp me bornerai à une courte citation dP liacpnr. Pendant la tourmente révolutionnaire, à la Guadeloupe, « les négresses et les mulâtresses surtout se montraient acharnées contre les femmes blanches. (Au camp du chef noir Palerme, où l'on envoyait les femmes et les enfftuts arrêtés ^nr les habitations), la mulâtresse Solitude laissait éclater, dans toutes les ocoasiqns, sa haine et sa fureur. Elle avait des lapins. L'un d'eux s'étant échappé, elle s'arme d'une broche, PQurt, le perce, le lève et le présentant aux prisonnières : Tiens ^ dit-elle, en mêlant à ses paroles les épithètes les plus injurieuses, voilà cQmm^je vais vous traiter quand il en sera temps ! Et cette malheureuse allait devenir mère. » Cette femme n^abandonna pas les rebelles et elle ne cessa de les exciter aux plus grands fprfaits*.

' Mais nous avons eu, chez nous, des lécheuses de gui(lqfitie f

LES MGPURS PfliyÉES 17d

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Sait qu'elles obéissent; à leur^ sentiiïiéats ^e jalpusie et dpi b^iue contre les persorines de le^r çe^e à la peau nou bistrée, soit qu'elles subissent cpmme malgré elles Vinflueupe de Taristoeratiçi du $ftug, les femmes de toutes mjances préfferept i tou^ les autres mAles Tboïnme blanc et elles se montpeut honorées de S2| recherche. Du amaut bl^op (oar pour up marj do cette couleur, il n'y faut guèr§ spager), c'est le nec plus ultm de leurs aspirations. Par cputre, les mul4tr0sses, comiue les hommes de leur teinte, ont le

mépris du noir. A Hî^ïti, dit Spepper Saint-John, « j'ai vu dans les bals d^ jeunes mulâtresses refuser de danser avec des nègres, qui, de fureur, voulaient appeler en combat singulier les pères ou les frères 4p <îes dédaigneuses beautés. Quoi de plus absurde que ces prétentions et ce préjugé, quand, k deux génératigns près, les mère§ n'étaient qne de simples esclaves ftfripâines? J'ai entendu plus d'une femme de aouleur parler de sa faijnille et de ses parentés aristocratiques, alors que je savais que, dans une chambre du fond, vieillissait languissan)ment quelque nuire mamz'elle, qui était la grand'mère de l'orgueilleuse personne... » On peut encore faire de semblables remarques dans nos colonies d'Amérique, eu dépit de l'étalage des idées démocratiques.

La femme de couleur ne se contente pas de dériver vers elle les a^d^urs des jeunes gens et

même des hommes mûrs, de rompre runion des ménages, de contribuer à l'entretien du célibat parmi les gens les plus à Taise (bon nombre de créoles, tout en dépensant plus d'argent pour la maîtresse, qu'il n'en faudrait pour soutenir honorablement une femme et des enfants légitimes, préfèrent la vie libre du concubinage à la vie régulière, plus remplie de soucis et surtout de monotonie). Elle est encore une cause de corruption dans les familles, où elle pénètre comme servante ou comme ancienne amie, et où elle initie les enfants, parfois Tépouse elle-même, aux plus libidineuses pratiques, ainsi que je l'ai dit.

Elle est naturellement portée, d'ailleurs aux goûts dépravés. Elle est de l'école de Sophie Arnould, qui préconisait l'amour panaché, cherchait à réveiller, auprès des personnes de son sexe, les désirs assoupis auprès de ses courtisans du sexe contraire. Elle répète souvent, sans avoir jamais lu les dialogues de Lucien, la scène deMégilla et de Lééna.

Ce genre de liaison existe non seulement entre filles de même vie, mais encore entre filles et femmes de situations très différentes. Passionnée en sa luxure, la mulâtresse poursuit, avec une persévérance cynique , l'objet de ses convoitises, elle en écarte jalousement les compétiteurs, les rivaux et les rivales.

Un jeune homme confie à l'une de ces femmes, qu'il voudrait bien obtenir les faveurs d'une

LES HGEURS PRIVÉES 181

dame et il laisse entendre qu'il récompenserait généreusement un courtage. « Oui, répond la mulâtresse, je vous comprends ; cette dame est accessible; mais moi aussi, je la désire, et je passerai avant vous. »

Un officier manifeste devant une autre Tadmiration et les doux sentiments qu'ont fait naître en son cœur les jeunes charmes d'une gentille voisine. La mulâtresse se fâche : elle a depuis longtemps jeté les yeux sur cette belle enfant, et elle prétend bien être la première et la seule à la posséder. A quelque temps de là, elle parvenait à ses fins malhonnêtes.

Je sais une Européenne, qui renonça à fréquenter certains magasins, à la suite de propositions... peu gazées, qu'elle y reçut de jeunes employées.

Les jeunes négresses cultivent aussi les plaisirs lesbiens. La lettre suivante, adressée par une affreuse petite servante à une zamie non moins laide qu'elle-même, mais qui cependant avait capté son imagination, lettre interceptée par la maîtresse et demeurée en ma possession, en est une preuve explicite :

Ma cher amie,

Je pren ma plume pour te fer savoir que je tême à ïa folie. Je me plus par regarder sans verser les yeux pour toi re^ her (?) ausoir quand je ra'enver en coucher j'ai penser à toit cher amie. Je ne jamai émê com je tême en te voyan mon cœur et soulager la premier fît que je te

l8â NOS CRÉOLES

vie mon cœur et soUtér pour toil quand je të Tiiîr ttttth cœut palpite ma couleur échange loiz fdlr par jdUr cliéb amie cella ma fai de la peine poilt* té vdir dd^ai avee les aum et égause (?) Adieu cher amie je t'emboise

Ren moi la réponse de plus viter posera*.

Entre filles livrées à la plus large prostitution masculine, les mêmes habitudes se rencontrent. A la Martinique, on me désigna, il y a de cela bien des années, deux de ces folles mulâtresses ; l'une, très foncée, vivait en concubinage avec un officier ; elle se montrait fidèle à cet amant, mais elle avait en même temps pour amie la.

seconde, très claire de teint, et très facile aux hommes ; elle lui tolérait ceux-là, mais, ail moindre coup d'oeil, à là moindre privante accordée à une autre femme, elle s'emportait, jusqu'à frapper brutalement sa compagne.

Ces aimables personnes ne font point, en général, une cynique parade de leurs goûts pimentés ; mais elles ne s'en cachent guère non plus et c'est sans grande hésitation qu'elles racontent les féminins mystères aux amants de 1 autre sexe.

A plus forte raison, les relations les plus libres avec celui-ci n'entraînent-ellea pas une note bien sévère de réprobation.

* Beau spécimen des .résultats de llnstruction aux colonies, soit dit en passant !

LES Mœtins pftttÉES 183

J'ai dit combien de vertus suspectes pénéttaient dans les familles aux appareticës les pltis honûêtes. Je puis affirmer qu'aux avant-dernières élections législatives, un candidat député parut au balcon d'un hôtel de,... entouré de mulâtresses bien parées, et n'ayant aucune prétention au botiquet de rosières, sans que la foule trouvât la moindre ëxclataatioti d'étonnemertt ou de critique. Le clergé voit ces Magdeleines... toujours irrepenties, d'un œil assez paternel : il n'a pas de m'eilléures clientes. Certains prêtres accepteraient volontiers leurs bijoux en gage, contre des prêts ménagés prudemment et rarement acquittés ; d'autres accepteraient mieux encore (car il n'est pas de vertu qui ne puisse fléchir au seiti des Capoues créoles). D'ailleurs pas de bonnes fêtes de confréries, que les joyeuses personnes ne célèbrent par des messes bien payées, pas de solennelles processions, qu'elles ne relèvent avec leurs pittoresques toilettes et n'édifient par leurs airs de componction.

L'union illégitime n'a rieri d'infamant.

Dans la basse classe surtout, on se passe aussi bien du maire que du prêtre, pour les unions durables. Il y a telles localités sauvages et reculées des Antilles et de la Réunion, où les familles sont le résultat d'une promiscuité atavique, digne de la barbarie africaine, tout comme à Haïti*. Les produits de ces mariages libres,

• « Un nègre comme il fâut vit maritalement chez lui et sans

s'ils n'ont point encore la sanction légale, jouissent de tous les privilèges des enfants les plus légitimes ou les mieux légitimés, au sein de leurs familles et devant Topinion. L'enfant qui survient... par accident, dans les villes, au cours de liens fugaces, n'est pas traité plus mal : il n'est pas une cause de honte et il est quelquefois un objet de profit. On ne se gêne guère pour lui donner le nom d'un père, vrai ou supposé, et personne ny voit à redire.

Si la fille-mère vit dans une situation quasi normale, pourquoi chercherait-elle à éviter^plus tard la pareille à ses propres enfants, à leur présenter sous un mauvais côté des habitudes dont elle comprend à peine l'immoralité?

Dans un ménage de mulâtres à l'aise, rectifié devant le maire et I/b curé, longtemps après saconstitution effective, on faisait grand éloge d'un fils, garçon de dix-sept ans, auquel j'avais procuré une petite place. Je m'étonnais des allures gentleman de ce garçon, avec des appointements aussi modestes que les siens. Je devais éprouver un redoublement de surprise à quel-

s'en cacher, avec plusieurs femmes. J'ai eu plus d'une fois le spectacle d'un patriarche assis sur la porte de sa maison, autour de laquelle il y avait plusieurs cabanes destinées à ses jeunes épouses, qui n'avaient pu vivre en bonne intelligence sous le même toit. » Vainement les prêtres catholiques ont essayé de lutter contre ces habitudes : les femmes sont les premières à protester en faveur de leur conservation, gui leur assure une sorte d'existence presque léf^ale, tout à fait légale même, puisque la loi d'Haiti déclare légitimes les enfants qui naissent de ces unions. (Sp. St.-Jobn.)

ques jours de là. Le père venait me chercher pour visiter le jeune homme, qui était tombé malade ; je m'attendais à le trouver dans la case de ses parents : je fus conduit dans celle d^une jolie mulâtresse. Je ne fis aucune réflexion, bien entendu ; mais, en sortant, je demandai au père comment son fils pouvait suffire aux dépenses d'un ménage, tout en méritant ses éloges.

€ 0ht monsieur, il en est digne, il nous laisse tout ce qu'il gagne. — Mais alors?... — Oh!

monsieur, c'est une si bonne fille que vous avez vue tout à l'heure ! Elle vit avec mon fils, elle est laborieuse et elle gagne le double de mon garçon à son métier de repasseuse, i»

Ainsi du garçon, on se débarrasse et l'on tire même profit, en approuvant qu'il soit entretenu par une maîtresse.

La fille, d'autre part, est un capital soigneusement ménagé par beaucoup de mères. Elles n'ont point rencontré mépris, dans leur carrière, mais au contraire force agréments et force aubaines. Pourquoi fermeraient -elles la profession à leur progéniture, en l'âge de l'exercer? Loin de là leur pensée. Elles, songent plutôt à guider les pas de la novice, d'après une vieille expérience, à la conseiller dès ses premiers épanchements... ou bien elles devancent ses pensées et ses vœux en faisant prix pour elle. Tant pis si elles se trompent. Mies ont la conscience d'avoir rempli leur devoir. Une jeune fille

fut ainsi amenée à un Vieillard initlioiide, mdië trës riche : la pauvrette s'ënfuit époiltatltée et revint toute pleurante à là case de sa iîièrë ; celle-ci la reçut avec une indignation btUyantë^ lui reprochant d'avoit' tnécotinu leurs intérêts communs. Mais tdus les amoureut eûtretenfeuts ne sont pas aussi répugnants, ni toutes les mères faciles aussi coupables que les types dont je viens de parler.

■ De pareilles habitudes sextiëlles relevètil d'uiië ardeur naturelle, en grande partie due au climat^ et d'une corruption acquise, dont les leçons sont venues d'Europe.

Le tempérament explique le laisser-allet dëS mœurs et le désintéressement ordinaire, des femmes, dans Je commerce amoureux. Le vice, ouvert à toutes les suggestions de la btlpiditê et des calculs égoïstes, contribue à doubler k prostitution, chez certaines femmes, d'une arrièrepensée spéculative... comme ert d'autres pays plus civilisés.

Les mulâtresses sont d'excelleiiteS përsofailëS, de bonnes filles. La plupart se donnent' très facilement et n'ont point tout d'abord a la bouche de ces propositions qUi sentent le marché. Pluë souvent qu'on ne le croit, cependant, lëui* désintéressement n^est que de sutface et tnêtne elles

LES MCEuhs PttiVÉES i87

sâVëtlt fort bien fiier d'emblée le prix de leurs fàtéurs; Gétiét-aletnent , les prétentions Sont modérées. A k côte d'Àfriqilfe;, on achfele une fétnttte ou Utie jeune fille pour Un collier d'ambre artificiel d'une Valfeut* de 150 â 200 frattcs : les exigences d'une beauté cascadeuse, aux Antilles et à la Réunion, ne â'élëvent gufere au delà, sous la forme dll nlddesle mobilier qiii doit être le premier serre-lien du ménage éphémère. C'est peu de chbse assurément. Mais pourquoi la mulâtresse demande-tr-elle un mobilier plutôt que dèis bijouic oti des arrhes en bdii afgeht ? D'abord, si Tuniôn dtlrë, la fine mouche sait bien que les bijôtiî et l'argent viendroht d'eux-mêmes. Puis le mobilier lui laissera, en cas de rupture, le moyen d'acquérir une IsitUâtion (JUasi régulière : grâce à ses meubles, elle pourra occuper une maison convehable, avoir une profession avouable ; elle se fera loueuse de maison garhie : objectif d'un grand nombre de demoiselles faciles;

A cela, mille avantages !

En cas de tracasseries de la police (improbables, mais, par éclat, possibles), on est couvert par son titre... et la patente ; car on joint ordinairement aU métier de fond un tout petit commerce. Oh fait figure auprès des amies, moins fortunées ou jilUs maladroites. On multiplie surtout ses profits. Si Ton conserve au rez-dechaussée une pièce pour recevoir l'amant préféré, qui parfois a la bourse vide, ou oublie de la con-

sulter; on a, au premier étage, d'autres pièces qu'on loue très cher. Les locataires d'en haut sont fréquemment des amants de réserve : s'ils sont de nouveaux débarqués, ils sont tout ce qu'on veut! L'Européen est la meilleure vache à lait que l'on puisse espérer d'avoir jamais à traire ; on l'exploite sans vergogne, avec un air de bonne foi qui couvre les plus audacieuses combinaisons. Je me souviens encore de la formidable somme que je payai, dans un de ces garnis, d'allure cependant fort honnête, pour une petite provision de mauvais vanillon, valant quelques francs ; et j'eus la naïveté de prodiguer les plus chauds remereiments à ma propriétaire ! Depuis, j'^ vis bien d'autres !

Il y a des rouées machiavéliques, qui, avant de vous admettre en leur domicile, prennent des façons de matrones presque rébarbatives, vous font subir comme un examen de moralité. Elles ne veulent pas entendre parler de femmes ! Mais il y en a qui prétendent se réserver leur lit... dans le cabinet voisin du vôtre. Naïf moyen de rechercher possession pleine et entière d'un locataire.

De beaucoup de ces dames, en apparence complaisantes, on ne saurait trop se défier. Elles ne lâchent plus l'individu sur lequel elle ont jeté leur crampon d'abordage ; elles relancent jusque chez lui l'amant d'autrefois, qui s'est marié, et elles l'obligent au partage et de ses faveurs et

de sa bourse. Dan^ le monde créole, cela ne tire pas trop à conséquence. Mais quand il s'agit d'Européens, surtout de fonctionnaires, la chose prend tout autre tournure. Une fille, qui avait accordé à diverses personnes de toutes les couleurs... ce qu'elle n'entendait pas conserver sans usage, accepte une liaison avec un professeur, à la Martinique ; l'amant passe à la Guadeloupe au bout de quelques mois, ne songeant qu'à profiter de l'occasion, pour rompre une chaîne déjà embarrassante ; mais l'abandonnée le suit, lui ménage en tous lieux les scènes les plus compromettantes, déclare qu'elle a reçu promesse de mariage et ne cède un peu tard en ses prétentions que devant l'intervention des magistrats. La mulâtresse, qui n'a rien à perdre, joue très effrontément et très habilement du scandale, quand elle a pris à partie un sujet obligé à le redouter; c'est sa manière de chantage^ à elle. Point d'effarouchements simulés, point de grands mots de vertu surprise, de dévouement méconnu, etc. : elle se donne pour ce qu'elle est et reste cyniquement collante!

Une note plaisante !

C'est aux colonies seulement, qu'on peut assister au spectacle hilariant d'une jolie fille, venant réclamer gravement, à monsieur le procureur de la République^ assistance pour l'obtention du prix d'une faveur non payée !

190 lîos G|i]Èoi.B:s

Monsieur Je Procureur,

J'ai rhonneur de porter à votre connaissance les faits suivants

Que }e mardi... vers les 8 heures du soir, est venu chez mQÎ nn jeune homme nommé X..., me dômapder aprps un inst^pt de p^usprie h pa^^er ^vec j^poi un ipoment de plaisir en me proposant de me donner un billet de cinq francs qu'il me montra au môme instant. J'avais hésité à me laisser aller à sa demande et à ses bons désirs ; mais iM après j'y ai adhéré. Cet homme, après s^ôtre contenté flo ma personne, a profité pendant qi^e j'étais sortie 4^qs ïf^a cour pour me baigner, de s^ retirer sans m'avQir dit un mot. Je me rends chez lui, il était déjà couché avec sa concubine. JeTai appelé et cette dernière vint me recevoir en ouvrant la porte : je lui demande pour X..., elle me répond qa.'il n'est pas encore rentré, tandis que je Tai vu dp mes yeux se cachant en dessous dans leur cabane. Je ma mis ^ l|ii' exposer le fait.

Elle me répond que j'ai raison d'être venue demander mou argent à X. . . car la nature d'une femme est toute sa fortune et qu'elle ne voudrait pas qu'un homme lui eut fait la même phose. Elle commença à lui dire quelques paroles, il en fut fâché et s'en retira. P^pdant cet intervalle, je vis sur leur table upe bagne d'ppe valeur 4e 4ouze francs que j'avais déjà vue au doigt de X... toutes les fois qu'il venait chez moi, je ne pouvais supposer autre chose qu'elle lui appartienne. Je l'ai prise et j'ai dit à Mademoiselle : puisque X... ne vient pas, je m'envaisavec sa bague et demain matip nops irons au bureau de police... (Là dessus, dispute : la maîtresse de X... réclame la b^gue comme sienne et l'autre porte plainte en raison des injures qu'elle a eu à supporter et du dommage qu'on lui a causé...)

Paul et Virginie ! quelles senteurs s'exhalent

LES ^qpiUIiS PEIVÉES 191

inaint^Dant des bocf-^ge^, qù vous avez si teu- 4f entpwt roucoi^Iô votre ph^ste idylle 1

On peusera sans doute qu'avec un tel débordement des mœurs, la prostitution crée de sérieux dangers. A.u point de vue social, bien certainement ; mais le moyen de l'enrayer sur le terraiu des habitudes? Au point de vue de la salubrité et de Fhygiène, moins qu'on ne l'imagine : les maladies vénériennes et syphilitiques sont beaucoup plus rares aux colonies que chez nous; ce qu'il faut probablement attribuer à J'extréme propreté des femmes (elles aiment les bains jusqu'à en abuser, partout oii coule le plus mince filet d'eau) ; cela atténue le défaut de "surveillance.

On a bien essayé d'établir une répression, mais sans jamais réussir à {^ipeqer d'çtutre résultat qu'un scandale inutile.

Un comini^saire de police me donna un jour U plef de ce mystère. Le maire d'une importante localité fit arrêter une femme qui lui avait été signalée depuis longtemps comme malade et r^oolait ouvertement dans les endroits publics. Lft donzelle ne fut pas plutôt appréhendée, qu'elle se mit à hurler : pourquoi n'avait-on pas arrêté madame une telle, mademoiselle UAe telle, etc., etc., qui vendaient leurs faveurs tout comme elle vendait les siennes ; et si c'était un crime que de chercher des amants, combien de

dames étaient aussi coupables qu'elle ! Le maire ! Mais sa mère, chacun savait ce qu'elle avait été! On relâcha la fille et l'on .s'abstint de renouveler Texpérience, dans la crainte de rendre trop bruyantes des révélations qu'on se borne d'ordinaire à se chuchoter à Toreille.

Du reste, on ne se plaint guëre^ sauf au voisinage des garnisons.

Un dernier détail. Si Ton rencontre, en des familles blanches tombées dans une gêne extrême et dans cette misère d'autant plus sombre, que l'orgueil la fait taire ou dissimuler, de trop nombreux exemples de jeunes filles abandonnées au vice, presque livrées par leurs parents, il est très peu commun de voir une personne de ce sang dans les rangs de la basse prostitution. Mais celles qu'on y découvre, peut-être en raison de la rareté du fait, se montrent sous des couleurs particulièrement avilissantes. Avec la vanité de la race, elles ont perdu jusqu'aux derniers vestiges de la pudeur. J'ai souvent aperçu, dans les rues de la Basse-Terre, une de ces dégénérées, qui me soulevait le cœur de dégoût : toujours ivre, débraillée, insolente et provocatrice, particulièrement à l'égard des blancs, maintes fois arrêtée, à peine libre recommençant ses turpitudes. On la vit un matin, en plein marché, juchée sur un tonneau, retroussée sans vergogne, offrir à un nègre... ce qu'elle était toujours prête à donner à tout le monde, mais

jusque-là du moins dans les cases solitaires et fermées.

Les créoles aiment tous les plaisirs qui rapprochent les sexes. C'est dire qu'ils apprécient le charme des réunions intime^ où Ton fait un peu de musique, le soir, et où Ton danse, fort avant dans la nuit.

Le noir possède le sentiment musical à un assez haut degré. Il apprend vite à jouer de divers instruments (le violon et le cornet à piston ont ses préférences); mais il devient rarement un virtuose. Le piano se dresse à la place d'honneur jusque dans les cases à Taspect misérable : comme le tapotage-est de bon goût dans les familles blanches, il faut bien que les négrillonnes, plus ou moins dégrossies dans un pensionnat, promènent ainsi leurs doigts sur un clavier.

Dans* le bas peuple, on est fanatique de la danse et celle-ci a conservé les caractères de son origine africaine. La calinda et la bamboula ont une saveur de sauvagerie qui ne manque pas de surprendre l'Européen. Il y a des danseuses de profession; mais toute négresse naît danseuse. C'est le dimanche, en certains endroits palissades, mais d'accès facile, toujours flanqués

d'un débit de tafia, qu'il faut aller voir ces

étranges ébats. Le jour, cela passe encore. Un nègre est accroupi, tenant entre ses jambes un tambour (c'est un tronc d'arbre creux ou tout simplement un petit baril, recouvert d'une peau de chèvre ou de mouton bien tendue) ; il frappe chaque face avec les mains, bien en cadence, par mouvements d'abord lents, puis de plus en plus précipités. Une femme s'élance, faisant des grâces, piétinant sur place, chantonnant, claquant des mains, en mesure avec le tambourineur, puis une autre, puis une troisième et enfin toute une bande, qui se groupent par couples en se faisant vis-à-vis. Les airs sont monotones, les paroles incohérentes et souvent improvisées. Cela dure des heures entières, sans que personne accuse aucune fatigue, et, le soir, on recommence : les choses, grâce à la nuit et à l'absence de profanes, peuvent revêtir des façons... plus corsées. On danse la vraie bamboula. « Cette danse, dit Moreau de Saint-Méry, a un air qui lui est spécialement consacré et où la mesure est fortement marquée. Le talent pour la danseuse est dans la perfection avec laquelle elle peut faire mouvoir ses hanches et la partie inférieure de ses reins, en conservant tout le reste du corps dans une espèce d'imnciobilité, que ne lui font pas perdre les faibles agitations de ses bras, qui balancent les deux extrémités d'un mouchoir ou du jupon. Un danseur s'approche d'elle, s'élance tout à coup et tombe en

mesure presque à la toucher. Il recule, il s'élance encore, et la provoque à la lutte la plus séduisante. La danse s'anime et bientôt elle offre un tableau dont tous les traits, d'abord voluptueux, deviennent ensuite lascifs. »,

Les mulâtresses qui se sont frottées à diverses couches, ne se livrent pas à ces danses ou elles ne s'y abandonnent qu'à la dérobée. Elles raffolent d'ailleurs de la danse et du chant. Elles déploient, dans ces exercices, un charme délicat qui n'appartient qu'à elles. Je ne sais rien de doux et de caressant, comme cette plainte d'une pauvre fille, qui vient d'assister au départ de son amant de pas&age, quelque capitaine long-courrier, sans doute. Je ne puis résister à reproduire dès à présent ce petit morceau de langage créole, que tout le monde connaît, aux Antilles, sous le titre de Chanson du consignataire (les couplets en créole se [chantent sur un rythme langoureux et triste ; le couplet en français non rimé est parlé ou chanté sur un rythme vif, pour exprimer le regret poli , mélangé d'impatience, d'un homme qui a bien autre chose à écouter que les propos désolés d'une amoureuse).

BoQJou, missié le consignatai, Moin ka vini fai ou gnon pétition :

Dou dou à moin ka lé pati, Hélas ! hélas I çé pou toujou !

Mademoiselle, il est trop tard,

Les connaissements sont déjà signés,

Le navire est sur la bouée,

Dans un moment il doit appareiller.

Adié foula, adié madras, Adié graines d'or, adié colliers-sous.

Dou dou a moin ka lé pati, Hélas ! hélas ! çé pou toujou !

Bâliment là que dans rade là, Ka lé mené doudou aller, Doudou à moiu 11 ka pati Hélas î hélas ! çé pou toujou I

Le Jeu est une passion qui a coûté et coûte encore bien des larmes, aux colonies. Les blancs et les mulâtres s'y livrent dans les cercles et, à l'intérieur de ces maisons, plus d'une partie d'écarté ou de lansquenet a commencé la ruine

• Je transcris le texte de la chanson tel que me Ta obligeamment communiqué M. Gros, rédacteur du CouîTîer de la Guadeloupe. Voici la traduction des trois strophes en créole :

Bonjour, monsieur le consignataire, Je viens vous faire une demande :

Mon cher amant va partir, Hélas ! hélas ; c'est pour toujours!

Adieux foulards^ adieux madras,

Adieux graines d'or et colliers de pièces de monnaie.

Mon cher amant va partir,

Hélas ! hélas ! c'est pour toujours I

Ce bâtiment qui est sur rade Va emporter mon cher amant.

Mon cher amant, le voilà parti.

Hélas t hélas! c'est pour toujours.

d'une famille, donné naissance à des querelles et à des duels malheureux. Les nègres manient aussi les cartes, chez eux, dans les débits de boissons, au coin des rues. On à vu des affranchis, jadis, « hasarder leur fortune, leur femme, leurs enfants, enfin leur propre personne, et devenir par là les esclaves du gagnant, subir leur sort et passer entre les mains des blancs ». (Ducœurjoly.)

Plus dangeureuse est une autre passion que j'ai à signaler, celle des liqueurs fortes, du tafia et du rhum : elle menace tous les éléments des populations d'une dégénération plus ou moins prochaine, si l'autorité n'y met ordre. En bas, ^ on boit jusqu'à s'enivrer crapuleusement ; en haut, « pour couper la soif » , sans comprendre que l'ingurgitation trop répétée des grogs au rhum mène en droite ligne à l'alcoolisme. Mon ami, le docteur Cornilliac, a jeté le cri d'alarme dans un vigoureux article, publié Tan dernier par le journal les Colonies. J'ai écrit moi-même ce que j'avais à dire sur ce déplorable sujet, dans mes études de criminalité créole : je n'ai donc ici qu'à mentionner l'habitude fâcheuse à laquelle prédisposent et le climat et la nature particulière des productions indigènes.

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