‹ Nos criminels [microforme]Chapitre 3 sur 6 · DE, APE · texte numérisé non relu

DE, APE

à un quelqu’un qui s'intéresse à cette grande famille, le peuple, de donner son coup de cognée et élargir si possible l’entaille faite à la corde légale.

Cette thèse de l’abolition de la peine de mortquia été soutenue si brillamment par Hugo et autres écrivains non moins illustres, semblerait abaïssée sous mx faible plume. Mais les pages de Victor Hugo n’ont pas pénétré dans tous les recoins de notre population ouvrière ; c’est pourquoi j'ose me servir de quelques uns de ses principaux arguments pour soutenir la même cause devant notre public.

Nous sommes en pleine sphère de procès pour meurtre. Je tiens donc à déclarer que ce pamphlet n’est pas publié avec l'intention d’influencer en aucune façon les intéressés. Ces lignes s'adressent simplement à mes frères ouvriers dans le simple but de les renseigner sur la question d’abolition de la peine de mort, avec l’espoir d'en gagner quelques-uns à cette cause qui mérite plus d’attention de leur part. D'ailleurs, tous les volumes «ur ce sujet ne pourraient nullement affeeter les causes poeudantes, puisque la loi est là pour être expliquée aux jurés qui, sur leur serment, sont tenus de mettre la terrible loi en vigueur. I’unique raison qui m’engage à publier ces feuillets aujourd’hui, c’est parceque j'ai en ee moment quelques sous dans mon gousset, ce qui me permet de trouver un éditeur. Hier ou demain, la question aurait été la même. Si, à Québec, nous sommes aujourd’hui en plein procès pour meurtre ; hier, on l'était

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à Montréal, demain, on le sera à Montmagny ou aïlleurs. Alors, mes impressions sont toujours d’actualité.

Je n’ai pas l'intention de faire un plaidoyer direct ponr Pabolition de la peine de mort. Ce que j'ai le dessin de faire, c’est de mettre à jour cette question de vie on de mort et de donner mon opinion.

Oui. dira-t-on, maïs à quoi bon dépenser tant d’encre et de papier pour traiter un sujet vieux et usé, lequel ne rencontre pas l’approbation de nos gouvernements, puisqu'ils n’ont jamais même songé à démolir les échafauds.

Ces objections ne serviront à rien, puisque j'ai résnlu de confier ma copie à l’imprimeur. Il ya des écrivains pour toutes les idées et un public pour tous les écrivains. Nos gouvérnements ne se sont jamais occupés de Ja question ; alors, tant pis, c’est parcequ’ils ne l’ont jamais étudiée. Ils ne connaiïssent que la guillotine politique. Si la peine de mort était attachée aux grands crimes politiques, si le gibet était dressé pour le banquier véreux, pour le politicien voleur, pour quiconque, grâce à sa richesge ou à son influence politique, sème la ruine et la mort parmi des centaines d’êtres humains, le bourreau serait vite supprimé, la corde serait brûlée, la peine de mort serait abole ; mais il s’agit du peuple, de cette classe de personnes ignorantes qui fournit de tristes héros aux annales criminelles ; il s’agit d’expédier ad patres un vulgaire ouvrier sans éducation, moitié sauvage. Done, pour nos gouvernements, la question de labolition de la peine de mort en est une secondaire.

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La femme looney, sa fille ele Sergt-Détective Patry.

C’est un ouvrier qui écrit ces lignes. Pourquoi n'’éle. verait-il pas la voix en faveur des malheureux qu’une vie misérable conduit au crime Le juge, respectons-le ; moyennant considération valable, il ne fait que mettre en vigueur nos lois bizarres. : Le sherif n’est que l’exécuteur des hautes œuvres ; et le bourreau, le messager.

Qu’a-t-on à alléguer pour la peine de mort ? Lecriminaliste répondra, s’il est sincère, que c’est un sujet de grande réclame pour lui, une belle occasion de déployer devant le public toute la mesure de son talent ; mais, que la loi est exécrable. Le I. gislateur dira qu’il faut que la société soit vengée, que le crime soit runi. Comme le disait un écrivain français :—“$Se venger est de l’individu, et punir est de Dieu.”

L'exemple —En voilà une grande raison. (C’est le mot éternel que l’on entendra en réponse àun plaidoyer contre la peine de mort. Jetons un coup d’æil sur la statistique et nous verrons que cette raison est fausse. Plus on exécute de criminels, plus ily en a à exécuter. Ainsi, l'an dernier, dans le district de Montréal, il y eut deux pendaisons ; cette année, il est à craindre que ce chiffre ne soit doublé dans le district de Québec. J’ai assisté à l'exécution de Tom Nulty, à Joliette, l’été dernier. J'ai été témoin de cette scène dégoutante d’une foule de jeunes gens, grimaçant des sourires, se bousculant pour mieux voir culbuter le condamné en bas de la trappe. Cette exécution a-t-elle été un exemple profitable ? Que ne pend-on les condamnés sur la place publique, en plein carnaval ?

C'est en assistant à la pandaison de ce malheureux sauvage irlandais de Rawdon, en face de la potence et de cette foule dépravée, que j’ai ramassé l’idée de concourir à l’abolition de la peine de mort.

Le gibot dressé depuis tant de siècles sur la chrétienté a reçu bien des entailles. Des voix se sont élevées de tous les coins des pays civilisés contre cette justice injuste. Les siècles et les pays ont eu chacun leur genre de meurtre légal. Les tribus sauvages ont un goût partieulier pour le bûcher, la fosse à enfouir vif, la cuve à bouillir vif, la roue, l’estrapade ; les chinois pratiquent Fécartellement et l’essorillement ; en France, pour émonder, ébrancher, étêter la société, 1ls ont le couperet, la guillottine. Nous, nous avons l’échafaud et la corde. Nous tenons ce système de la mère patrie qui, elle, en a hérité des saxons. Ces derniers l’avaient emprunté aux pirates des mers. Le froid anglais n'aime pas le sang, il trouve cela malpropre ; il n'a pas foi dans la fosse à enfouir vif, les amis du condamné ou un parieur pourraient creuser un passage souterrain débouchant dans cette fosse ; la cuve à bouillir, ça sent mauvais : c’est pourquoi il à arrêté son choix sur le nœud coulant. Ilse met en face du condamné avec son chronomètre automatique et assiste à la strangulation du pendu qui dure quelque fois une demi-heure. l’our ne pas voir les contorsions hideuses de la face du moribond, on le coiffe d’un capuehon qui repose mollement sur la corde. Si le pendu gigote ; on lui mets un poids, de sorte qu’en passant de vie à trépas, il grandit de six pouces, plus ou moins.

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