‹ Nos croisésChapitre 6 sur 29 · Grande Marche de la Victoire Vico · texte numérisé non relu

Grande Marche de la Victoire Vico

BANDE HARDY

Jamai*. foule aussi considérable n'avait été noyée dans des flots de lumière aussi brillants, jamais musique aussi entraînante n'était venue donner un tel avant-goût du ciel. Montréal n'oubliera jamais cette fête qui n'a pas encore eu son égale. Le discours de circonstance fut donné par Mgr. Laflèche au moment indiqué par le programme, et

en fut, à tous égards, le point le plus important. Sa Grandeur sut trouver dans son cœur de missionnaire et d'évêque, dans son patriotisme si bien connu, dans son grand amour pour l'Eglise un morceau d'éloquence qui sera à jamais comme un chef-d'œuvre dans les annales de la tribune sacrée Canadienne. " l'Eglise est une société militante, tout chrétien est un soldat " : tel fut le thème que Sa Grandeur développa en déroulant l'histoire des luttes de l'Eglise. Comme ce morceau d'éloquence sacrée vaut à lui seul plusieurs volumes tel que celui que nous entreprenons, nous n'osons pas le faire entrer ici dans toute? ses parties : les pierres précieuses doivent être placées dans un écrin digne d'elles. Nous ne citerons donc ici que les derniers mots de Mgr. Laflèche à l'adresse des Zouaves :

« Partez, maintenant, soldats du Christ et de la vérité, partez. Allez jusqu'à Rome, sur ce théâtre des grands événements de l'histoire, sur ce sol arrosé du sang des saints, dans celte ville dont le nom rappelle l'éternité. Allez-y défendre notre

80 DIX-HtlT FÉVRIER.

Père attaqué, notre Mère outragée, nos frères dépouillés et trahis. Allez prendre dans la milice sacrée du Pontife la place que le Canada doit revendiquer au milieu des nations. Allez porter aux Italiens l'écho de la voix de Pierre et de Paul parvenue jusq'ici, et in fines orbis terrss verba eorum, et leur demander ce qu'ils veulent faire de la foi catholique. Dites-leur que les confins de l'univers se soulèvent d'indignation à la vue de leur ingratrude, et qu'ils réclament impérieusement, au centre du monde, le petit coin de terre que la divine Providence avait donné au Vicaire de Jésus-Christ pour faire rayonner de là sur eux la lumière et la vie. Dites aussi à la vieille Europe, par vos actes plus encore que par vos paroles, que si par impossible elle n'a plus de place chez elle pour l'Epouse de Jésus-Christ qui l'a formée, nourrie et sauvée, il y en a en ces lieux; dites combien nous serions heureux de recevoir sur nos bords son auguste Chef, et de lui offrir, dans son exil, sur le sol hospitalier du Nouveau-Monde, l'air, l'espace et la liberté ! 0 sainte Eglise de Dieu, il est pénible, il est cruel pour vous d'être méconnue et attaquée par des fils ingrats et barbares, mais qu'il est doux pour nous d'avoir à vous défendre ! Vous nous avez donné la croix que nous adorons, vos missionnaires nous l'ont apportée pour notre salut à travers les mers et les dangers ;

WX-HUIT FÉVRIER. 81

nous vous envoyons avec bonheur aujourd'hui notre épée pour votre soutien, l'épée du soldat des Chaudières, de Carillon, de Châteauguay. Cette épée est inconnue du vieux monde qui ne l'a jamais rencontrée, mais vous, Eglise de Dieu, qui voyez au fonds des forêts et jusqu'aux extrémités du monde, vous la connaissez ; d'ailleurs, c'est vous-même qui la dirigiez et lui donniez sa force. Puissiez-vous la soutenir encore ! Quelqu'en soit la valeur, elle est néanmoins sans souillure et digne de servir votre cause sacrée. Nos fils vous la porteront telle que nous l'ont donnée nos pères, ils vous la porteront aussi au milieu des mers et des dangers. Quel est celui d'entre vous jeunes Canadiens, qui, dans cette noble mission, ne fut heureux de verser son sang. En nous rappelant combien l'Eglise en a répandu pour nous sur cette terre, il n'y a pas un seul, j'en suis persuadé, qui ne regardât comme une faveur insigne de répandre là-bas le sien afin d'acquitter au moins l'intérêt de notre dette. 0 soldats chrétiens ! fut il jamais une cause plus belle, plus giande, plus sainte 1 On a tiré l'épée pour soutenir l'injustice et propager l'erreur, vous la tirerez pour défendre le droit et la vérité ; on l'a fait par avarice et par orgueil, vous le ferez par reconnaissance et par abnégation, on s'est servi de la force pour pervertir et renverser, vous vous en servirez pour guérir et conserver ; enfin on a

constamment combattu pour des intérêts vils et terrestres, vous combattrez pour des intérêts spirituels et célestes. La cause du St. Père, c'est la cause du faible, c'est la cause de la vertu, c'est la cause de la justice, la cause de la propriété, du pouvoir et de la vraie liberté, la cause des âmes, des temps et des lieux, la cause de la société, de la Religion et de Dieu même, enfin la cause de tous et de tout. Estote fortes in bello et pugnate cum aitiquo serpente et accipietis regnum xternum. « Soyez forts et courageux dans la guerre, combattez contre l'ancien serpent et vous obtiendrez un royaume éternel. »

Au moment indiqué par le programmèrent lieu la bénédiction du drapeau, et sa transmission aux Zouaves par Mgr de Montréal. Cette cérémonie, dit M. de Bellefeuille, par sa nouveauté et par sa solennité impressionna l'auditoire, et il y eut un moment où l'assemblée parut comme électrisée au son des fortes voix des Zouaves répondant à l'appel que leur fit, au nom de la religion et de la patrie, le vénérable évêque de Montréal.

Nous avons déjà dit que le drapeau avait été fixé à la place proéminente, sur le

trophée qui ornait le centre de la nef. Au moment prévu sur le programme, M. l'abbé Roussellot, curé de Notre-Dame, en qualité de donateur de cette insigne, alla lui-même, accompagné des membres du Comité Canadien des Zouaves Pontificaux et de l'aumônier du premier détachement des Zouaves, M. l'abbé Edmond Moreau, prendre le drapeau au trophée, et le porta triomphalement jusqu'au chœur. Il le tint dans ses mains pendant la bénédiction, ayant à sa droite M. Olivier Berthelet, président du Comité Canadien des Zouaves Pontificaux, et à sa gauche M. C. A. Leblanc, président de l'Association St. Jean-Baptiste, société nationale des Canadiens Français. La religion et la patrie s'unissaient donc, en vérité, pour bénir ce drapeau qu'elles allaient confier aux plus nobles comme aux plus dévoués de leurs enfants.

Après la bénédiction et avant de remettre le drapeau entre les mains des Zouaves, Mgr. de Montréal prononça l'allocution suivante :

Braves jeunes gens.

Voici l'étendard sous lequel vous allez vous rendre à Rome, pour offrir vos services à Notre Saint Père le Pape. Il vient d'être béni par l'Eglise qui a, dans ses livres lithurgiques, une belle et touchante prière pour consacrer les drapeaux sous lesquels ses enfants marchent au combat, avec l'espérance de remporter la victoire, par la puissance du Dieu des armées. Il a été béni dans l'Eglise de son Auguste Mère, la glorieuse Vierge Marie, dont le nom est saint et terrible dans les combats. Il a été béni dans cette immense assemblée et au milieu de toutes les plus splendides démonstrations de foi et de religion. 11 a été béni à la demande du peuple canadien, représenté par le Comité des Zouaves, afin que vous ayez un signe éclatant pour vous rallier et vous reconnaître, en tous lieux, sur terre et sur mer. Il a été béni pour que, par la grâce attachée à ce glorieux étendard, vous soyez toujours et partout dignes de porter le nom canadien auquel sont attachées la foi et la bravoure de nos pères.

Voulez-vous, braves enfants de la religion et de la patrie, prendre l'engagement d'honneur de ne jamais rien faire, pendant la noble excursion que vous allez commencer, qui puisse imprimer quelques taches à cette divine religion et à cette aima

ble patrie, dont vous êtes chargés de faire Tome ment et la gloire aux yeux des nations étrangères :

A cette appel, les Zouaves, ensemble et

en levant la main droite vers le drapeau, répondirent à haute voix : Nous le jurons !

Cette scène solennelle et inattendue produisit sur l'assemblée l'effet d'une commotion électrique ; un courant et comme un frisson d'enthousiasme parcourut les rangs serrés de l'immense auditoire, en même temps qu'on entendait dans diverses parties de l'église des sanglots étouffés : c'étaient les mères, les sœurs des Zouaves qui payaient ce tribut à la nature, et laissaient percer les sentiments de tristesse, mêlés de fierté. dont leurs cœurs surabondaient.

Aussitôt après le serment des Zouaves, Mgr. de Montréal prit le drapeau des mains de M. le Curé,, et le remit au capitaine Joseph Taillefer, du diocèse de Montréal. commandant des Zouaves pour la circonstance. "

La bénédiction du St. Sacrement avait

été donnée, la grande démonstration était finie, il était déjà onze heures et la foule demeurait silencieuse dans l'église, se sentant comme attachée an lien saint par la présence des Zonaves ; ce ne fat que lorsque ceux-ci se mirent en mouvement, leur drapeau et la musique des Chasseurs en tête, que les flots de ce peuple, voulant admirer le défilé des jeunes braves qui venaient d'être l'objet d'une si importante manifestation, commencèrent à s'écouler. Les Zouaves eurent toutes les difficultés du monde à se frayer un passage sur la "Place d'Armes " et la Rue St. Jacques pour se rendre à l' Institut-Canadien-Français ; on se précipitait sur eux pour les embrasser, leur presser les mains. " Honneur aux Zouaves ! ! ' criait-on, " Hourra pour les vaillants défenseurs de l'Eglise ! ! " " Vive Pie IX, vive le Pape-Roi ! ! ' criaient d'autres.

Avant qu'on se dispersât, M. Taillefer, sur l'invitation du Président du Comité, adressa à la foule quelques mots dont voici

les derniers ; " Ce drapeau, messieurs, dont " vous venez de nous gratifier, nous vous " promettons de le rapporter sans tache, et " s'il ne revoit pas le Canada, c'est qu'il u aura servi de linceuil au dernier d'entre " nous. "

Puisqu'on reconnaît les hommes au style, ces paroles nous disent ce qu'étaient les Zouaves.

Monsieur l'euréj'viens vous faire

En partant mes adieux,

Si quelque militaire

V'nait vous dire en ces lieux,

Qu'il a vu mourir Pierre

Pour son Pape et sa foi,

N'en dites rien à ma mère

Et priez Dieu pour moi.

C'est un grand bonheur pour un père que de pouvoir admirer son enfant.

Ali jeunes gens ! vous mettiez la joie et la fierté dans les coeurs de vos parents lorsque vous attiriez sur vous les regards, l'estime et les applaudissements de tout ce que le Canada possédait de chrétien et de respectable.

Mais hélas plus vous aviez paru beaux et

admirables, plus votre départ était cruel, plus la séparation était poignante, plus votre éloignement paraissait regrettable.

Lorsqu'un jeune lévite se consacre a Dieu en vue d'aller porter au loin chez les barbares le flambeau de la foi, c'est un grand bonheur pour une mère et un père chrétiens d'être témoins des serments de leur enfant et de le voir monter au sacerdoce pour aller courir au martyre ; mais le lendemain de ces noces saintes, le jour où le jeune missionnaire va s'embarquer sur le vaisseau qui doit le porter au-delà des mers, ce sont d'autres sentiments qui s'emparent des cœurs ; ce jour est moins radieux, les larmes qui coulent sont plus amères.

Tel fut le lendemain de la grande fête que nous avons essayé de décrire dans Ils pages précédantes.

Ah ! qui pourrait dire les scènes touchantes, les larmes brûlantes, les baisers si tendres dont en ce jour fut témoin l'intérieur des familles qui donnaient à l'Eglise un ou deux défenseurs?

— •• Prends ce scapulaire que j'ai travaillé •• de mes mains, disait en pleurant une •• sieur à son fière ; garde le bien sur ton " cœur en souvenir de moi et de la Vierge •• Marie. "

— " Cette médaille, disait une mère à son " cher enfant, me fut donnée le jour de ma " première communion, elle m'a toujours " porté bonheur ; elle a été bénite par M. •• le Curé et elle l'est en ce moment par •• les larmes de ta mère, je ne puis rien te " donner de plus précieux ; conserve la bien, •• et Marie Immaculée te protégera." Puis lui passant le cordon au cou, elle étreignait avec une espèce de convulsion ce fruit de ses entrailles qu'elle offrait à Dieu.

Un ami venait presser pour la dernière lui* la main de son ami ; il lui apportait sa photographie en lui disant : u Souviens-toi de moi aux pieds du 8t. Père, et sur le champ de bataille ; si tu échappes aux balles ennemies une première année, j'irai te rejoindre ; bî tu tombes j'irai prendre

Ce tribut que les familles étaient obligées de payer à la nature, la patrie, elle aussi, n'en fut pas exempte ; elle savait, la patrie, que c'étaient ses meilleurs enfants qui partaient ; en eux elle voyait s'éloigner des soutiens dévoués et fidèles ; elle savait que toujours les plus grands et plus vrais patriotes furent les plus excellents chrétiens ; que les chevaliers sans peur furent toujours les chevaliers sans reproche.

Aussi la nation voulut assister au départ de ses enfants : trente mille personnes encombraient les abords de la gare du chemin de fer plus d'une heure avant que nos zouaves fussent sortis de la cathédrale où ils étaient allés recevoir les dernières bénédictions et les dernières paroles de l'Evêque de Montréal, avant de s'embarquer.

Cette foule à travers laquelle nos zouaves ne pouvaient qu'avec grande peine se frayer un passage était profondément émue ; ce n'étaient plus des cris de joie qui s'élevaient ; c'étaient les accents de l'adieu. C'est avec des larmes dans la voix que ces

milliers criaient : " Bon voyage ! bonne chance ! ! adieu, adieu ! ! ! " Plus d'un père, plus d'une mère auraient voulu embrasser une dernière fois leur enfant, plus d'un frère auraient voulu sauter au cou de leur frère, plus d'un ami auraient voulu donner une dernière poignée de main à leur ami, mais le flot impitoyable de peuple ne leur permettait pas d'arriver à celui qu'ils cherchaient du coeur et des yeux ; on avait beau supplier, crier, se débattre, impossible de fendre les masses ; ce n'était plus le tour du sang c'était celui de la patrie.

Chose admirable, pendant que les sanglots étouffaient toutes les voix de ce peuple, tandis que les larmes des parents coulaient abondantes, les zouaves, eux, donnaient des poignées de main, saluaient à droite, à gauche avec gaieté de coeur et avec un visage riant.

" Aie bien soin de maman, disait L'un, " dans deux ans je veux lui apporter des ■ lauriers pour lui faire un lit."

Vh ça, disait un autre, priez bien fort

" pour que nous ayious la. chance de ren- " contrer, par là, de ces animaux qui s'ap- " pellent Garibaldiens ; je vous promets " que nous leur ferons la chasse à la cana- " dienne. "

" Rappelle-toi mon vieux que tu m'as " promis de m' écrire, disait un troisième ; " n'oublie pas de me donner des nouvelles " de la maison.... tu sais.... et puis si tu as " besoin de bottes fait le moi savoir, je " t'enverrai de la peau de brigand italien."

u Ne pleure donc pas, cher vieux père, " il ne peut rien m* arriver de pire que de " revenir ; et alors nous trouverons bien le w- moyen de nous consoler."

C'est ainsi que nos zouaves répondaient aux sanglots de leurs parents, de leurs amis : " Si nous avons le cœur gros, au moins l'oeil est sec, disait l'un d'entre eux en entrant dans les wagons. "

Un quart d'heure avant le départ du train, c'est-à-dire à '-\\ heures de l'aprèsmidi, toutes les cloches de la vrille sonnant à grandes volées, annonçaient à ceux qui

avaient été forcés de rester dans leurs maisons, que nos croisés allaient nous quitter, et semblaient demander au nom de l'Eglise une dernière prière pour eux.

Partez, partez jeunes amis, vaillants chrétiens, chevaliers d'un autre âge ; partez ! et allez dire au monde entier ce qu'il y a de grandeur, d'héroïsme et vraie sainteté dans le Canada ; allez dire au bon et grand Pontife Pie IX qu'à l'extrémité du monde il y a une nation petite par le nombre mais grande par le courage et sa foi, prête à se sacrifier pour sa cause sacrée ; allez jeter rétonnement chez ces vieux peuples qui ne connaissent plus le sublime dévouement que par leurs légendes et qui commençaient à croire que les temps de la chevalerie étaient passés pour ne plus revenir ; allez nous révéler à l'univers, promenant de pa\ s en pays votre drapeau et répétant partout votre si belle devise écrite pour la première fois avec le Bang d'un martyr: •• Aime Dieu et va ton chemin. "

Il est trois heures et demi, la cloche

donne le signal définitif du départ, la vapeur met le train en mouvement, les derniers saluts se font de part et d'autre ; c'est aux cris de " Vive le Pape ! ! " " Vive Pie IX ! ! " que les derniers adieux se traduisent ; puis tout à coup on entend sortir des poitrines de nos cent trente-six croisés leur prière à la Vierge Marie qu'ils lui adressent en chantant Y Ave maris stella.

Déjà les échos avaient fini d'apporter les accents pieux de ces braves ; déjà la longue traînée de voitures avaient disparu aux regards, et la multitude surmontée par les émotions, n'avait pas encore pensé à s'écouler ; la majestueuse sonnerie de toutes les cloches de la cité, dernier écho de ces émouvantes acclamations, était seule à se faire entendre et semblait avoir perdu ses notes joyeuses pour se mettre à l'unisson des coeurs.

Le convoi, avant de quitter le pays, avait à traverser une ville canadienne catholique ; les préparatifs y avaient été faits pour une brillante démonstration au passage des

Zouaves. Les Catholiques de St. Jean avaient compris combien il était convenable qu'à la dernière étape sur le sol de la patrie, les croisés canadiens reçussent une dernière expression des sympathies de leurs compatriotes.

A l'arrivée du train, la population de la ville de St. Jean était rendue à la gare, les bannières des sociétés flottaient au vent, la musique de la ville fesait entendre ses fanlares. Les Zouaves sortirent leur drapeau et entendirent avec émotion les cordiales paroles que leur adressait la ville par la bouche d'un de ses avocats distingués.

" Vive Pie IX ! Vive le Pape-Roi ! ! " criat-on avec enthousiasme de part et d'autre. Les drapeaux s'entre-saluèrent et quelques minutes après le convoi avait franchi la frontière.

Ce détachement de cent trente-cinq volontaires, qui semblait devoir être l'unique contingent que le Canada enverrait au Souverain Pontife, fut suivi de six autres détachements.

Le second quittait Montréal environ trois mois après le départ du premier, le 14 mai. Ce contingent ne fut que de vingt-deux volontaires.

Le troisième détachement de vingt-huit suivait le second à quinze jours de distance ; il quitta Montréal le 23 mai.

Le quatrième détachement de quarantehuit volontaires, laissait Montréal le 25 juin.

Le cinquième détachement de quatrevingt-quinze hommes partait le 30 septembre de l'année suivante.

Le sixième de trente-huit partait le 18 août 1870.

Le septième et dernier qui fut forcé de rebrousser chemin en France, quitta Montréal le 1er septembre de la même année ; ce détachement était composé de cent quinze hommes.

Si à ces chiffres on ajoute les vingt-quatre partis en dehors des détachements, on aura le joli total de cinq cent cinq volontaires qui ont fait partie de la croisade canadienne*

Nous n'oublions pas de faire entrer dans ce calcul le premier qui alla prendre du service dans le régiment des Zouaves longtemps avant les autres, même avant M.

Murray ; nous voulons parler de M. B. A. Testard de Montigny, avocat de cette ville, qui partit pour Rome vers la fin de 1860 presque aussitôt après Castelfidardo. Quel courage, quelle grandeur d'âme ne fallaitil pas pour aller se faire soldat du Pape à cette époque ! !

M. de Montigny qui passa dix-huit mois dans le régiment des Zouaves, y laissa le plus beau souvenir qui était encore tout vivant ces années dernières.

Ce que nous avons dit des sympathies et des démonstrations qui eurent lieu à l'occasion du premier détachement nous pourrions le dire pour les autres. Si les ovations furent moins brillantes à Montréal, lieu de départ, elles ne l'étaient pas moins dans les autres villes et paroisses d'où partaient des zouaves. Le premier enthousiasme ne se ralentit pas, et certainement qu'au mois d'août

IÔÔ LES JOURS DU DÉPARI .

1870, 1 ardeur n'était pas inoins grande, si non plus, qu'au commencement de l'année

Depuis janvier 1868 jusqu'au mois de septembre 1870 pas moins de douze cents jeunes gens firent leur application régulière au Comité Canadien des Zouaves Pontificaux, tous apportant ou offrant les garanties et certificats exigés. Ces chiffres parlent bien haut et disent mieux que toutes les plus belles paroles, jusqu'à quel point fut populaire et général ce grand mouvement des Zouaves ; et quelque chose qui fait voir que cet élan était purement religieux, c'est que lorsqu'au commencement de 1870, notre gouvernement fit appel à la jeunesse canadienne pour une expédition militaire qui n'était guère nationale et point du tout religieuse, on fut surpris du très petit nombre de Canadiens qui s'offrirent. Il n'y a pas à s'y méprendre, c'est la foi et la foi seule qui poussait notre jeunesse à l'enrôlement pontifical ; si c'eût été goût d'aventures ou simple goût pour la vie mili-

taire, ce même goût l'aurait poussée tout aussi bien, sinon plus fortement encore, vers la Rivière-Bouge.

D'après ceci n'allons pas conclure cependant que l'amour de la religion ne va pas de pair avec l'amour de la patrie ; oh non ! les quatre-vingt-dix Zouaves du premier détachement qui revinrent au Canada après leurs deux ans de service à Rome, n'hésitèrent pas, en arrivant, à s'offrir en corps au gouvernement pour aller défendre nos frontières contre les féniens, comme' s'offrirent, après la prise de Rome, leurs camarades français pour combattre contre les Prussiens. On n'a jamais vu un vrai catholique n'être point un vrai patriote, et si le soldat français, dans la guerre actuelle semble avoir forfait à l'antique bravoure gauloise, c'est qu'aussi il a forfait à sa foi.

L'autel delà patrie est voisin de celui de Dieu, et il n'y a guère que celui qui sache offrir son sacrifice sur L'autel de son Dieu, qui sache aussi l'offrir sur l'autel de bo patrie

Page 1