‹ Nos devoirs envers nous-même: instructions d'apologétiqueChapitre 13 sur 40 · DÉFORMATION DE L'ESPRIT PAR LES JOURNAUX · texte numérisé non relu

DÉFORMATION DE L'ESPRIT PAR LES JOURNAUX

DÉFORMATION DE l'eSPRIT PAR LES JOURNAUX

Mes Frères,

Continuons notre enquête, et voyons aujourd'hui comment l'esprit se peut déformer par la lecture des journaux.

On entend dire souvent que la diffusion des journaux dans notre société moderne est ua grand progrès, que les sources de la science, de la culture intellectuelle, sont mises ainsi à la portée de toutes les intelligences, même les plus modestes.

Croyez-vous que ce soit exact? Théoriquement peut-être, mais, pratiquement, y a-t-il là un de ces progrès dont nous ayons à nous réjouir sans réserve?... Je demandais récemment à un enfant, fils

d'un manœuvre, si son père savait lire et écrire . L'enfant me répondit : « 11 ne sait pas écrire, mais il peut lire le journal. » Pensez- vous que le journal soit d'un grand profit pour cette intelligence fruste et pour celles qui lui ressemblent ? Que peut produire la lecture du journal sans le contrepoids d'une certaine culture, surtout si le journal est sectaire et violent? L'intelligence devient une éponge qui absrobe tout ce que le journal lui apporte de poison, sans rien éliminer; et le poison fait son œuvre, sans que riea l'arrête.

Vous avez pu remarquer comment les intelligences rudimentaires se jettent sur le journal avec une avidité extrême. C'est leur seule lecture, elles s'y absorbent, elles n'en passent rien, il leur faut des nouvelles, semblables aux Athéniens, dont nous parlent les Actes des apôtres qui demandaient à tout venant : « Qu'y a-t-il de nouveau? »

Cette avidité du journal qui atteint tant d'esprits à quelque étage social qu'ils appartiennent, inspirait ces réflexions au socialiste Lassalle : « La pensée nationale est fabriquée par les gazettes, celui qui lit son journal n'a plus besoin de penser ni d'apprendre; il est prêt sur tous les sujets et se considère comme les dominant tous. La lecture narcotique des journaux finit par lui faire perdre toute volonté, toute intelligence, toute pensée et jusqu'à la faculté de comprendre par soi-même.

Mais, à la place de lout ce qu'il perd, il acquiert un extrême contentement de soi et une grande assurance dans ses opinions. »

A ce jugement sévère je veux en joindre un autre, prononcé par un homme qui fut pour beaucoup dans l'orientation contemporaine de Técole laïque : « On se demande, disait Félix Pécaut, comment Tintellect populaire peut résister à Tassant quotidien d'une rhétorique si sophistique, si passionnée, si haineuse, et avec cela ingénieuse et habile? Que peut-il rester de spirituel dans Tâme de ce grand public que Ton nourrit chaque jour de doctrines et de sentiments grossièrement matérialistes^? »

De ces deux réflexions, il résulte ceci que l'intelligence humaine tombe aux mains des meneurs du journalisme, qui lui font son opinion, lui infusent des idées et que, par ce fait, cette intelligence se déforme. C'est en vain que Ton chercherait là un progrès : c'est la vulgarisation quotidienne de tous les mensonges, de toutes les haines, de toutes les laideurs.

On me dira que si le journalisme comprenait autrement sa mission, il serait un puissant propagateur d'idées saines. Sans doute, mais ce que nous constatons, c'est que la plupart des journaux s'appliquent, plus ou moins, à flatter les basses

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