‹ Nos devoirs envers nous-même: instructions d'apologétiqueChapitre 6 sur 40 · ON EST OBLIGE ENVERS SOI-MEME · texte numérisé non relu

ON EST OBLIGE ENVERS SOI-MEME

Mes Frères,

Parmi les assertions morales qui frappent trop souvent nos oreilles, vous avez entendu formuler celle-ci : « Après tout, je ne fais de mal qu'à moimême, c'est mon affaire. » Cette réflexion pourrait se traduire aussi de la façon suivante : « Je mériterais sans doute d'être blâmé, si je faisais du mal aux autres, mais, dès lors que je n'en fais qu'à moi-même, cela ne compte pas; je ne suis pas obligé envers moi-même. »

Est-ce vrai? Est-il juste de croire que nous ne soyons pas obligés envers nous-même? Nous sentons cependant qu'il y a, dans la partie supérieure de notre âme, une voix qui nous appelle au bien et au devoir. Avons-nous à lui obéir? Avons-nous à nous gêner pour lui obéir? Ou bien pouvons-nous

laisser tomber cet appel, sans nous en préoccuper? Voilà une question bien grave, bien importante pour notre vie morale : c'est en définitive toute la question de notre vie intérieure.

Pour la résoudre, regardons autour de nous, et considérons que nous vivons dans un ordre général, précisé à nos yeux par tous les phénomènes de la nature. Il y a de Tordre dans le monde matériel, il y en a dans notre nature physique. Nous en trouvons partout.

Nous sommes obligés de conclure qu'il y a une pensée d'où est sorti cet ordre universel, un penseur qui Ta constitué. Ce penseur ne peut être autre que Dieu, le penseur infini. Par cette simple réflexion, nous sentons que nous ne sommes pas uniquement en face de notre pensée qui nous appelle au bien, mais en face d'une autre pensée qui a constitué l'ordre des choses et qui s'impose à nous. C'est pourquoi, dès lors que nous croyons au libre arbitre, et que nous voulons user de notre intelligence, selon les règles de la logique, nous devons comprendre d'abord que cet ordre existe, ensuite que nous sommes forcés de nous y soumettre.

Or, se soumettre à l'ordre qui s'impose à nous, ce sera réaliser ce que disait, dans l'antiquité, un philosophe : « La nature tend toujours vers le mieux », et ce que définissait, de manière plus nette, saint Thomas d'Aquin, par ces paroles : t< La

loi de toute nature est de tendre nécessairement à sa perfection propre, et nous devons retrouver cetle tendance nécessaire au fond de notre volonté*. »

Ces vues sur notre nature humaine concordent avec l'action que nous cherchons à exercer sur la nature matérielle. Le progrès, l'application des sciences, en quoi consistent-ils, si ce n'est à modifier l'ordre des choses matérielles en mieux, à les conduire à un maximum de perfection? Le progrès n'est pas autre chose, que ce soit le progrès de la lumière, le progrès de la vitesse, le progrès dans la transmission de la pensée.

Si cette règle domine notre action dans l'ordre matériel, elle doit être aussi la règle de notre action dans l'ordre moral : ne vous semble-t-il pas évident que nous touchons là à un principe qui nous apparaît comme ayant une portée universelle?

Il résulte de ces considérations que faire bien, faire notre devoir, ce sera nous incliner volontairement devant l'ordre qui nous est imposé, et que faire le contraire, ce sera produire du désordre.

La nature humaine n'a pas que de beaux côtés, elle réclamera. Ils sont nombreux ceux qui s'écrieront avec la violence d'insatiables appétits : « Je veux vivre, je veux m'enivrer de la vie telle que je

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