INSTRUCTION DE LA FEMME
tualiser, elle n'a pas d'autre alternative. Il faut qu'elle cultive cette intelligence, dont elle partage avec nous le privilège, ou qu'elle vive uniquement de la vie sensuelle et inférieure.
La femme qui se décide pour ce dernier parti ne saurait être la digne compagne d'un homme distingué : car elle n'est à la hauteur ni de ses pensées ni de ses sentiments. Elle n'a ni la même conception de l'univers ni la même conception de la vie ; elle ne comprend rien aux tendances les plus nobles, aux aspirations les plus élevées de celui dont elle porte le nom, à ce qui fait sa valeur et son honneur aux yeux de tous. Elle connaît sa vie extérieure et matérielle : la plus belle partiede lui-même, sa vie intérieure et morale, lui reste profondément cachée. Elle n'est son épouse ni par l'esprit ni par le cœur; elle ne l'est que parle corps : elle n'est que sa concubine. Si ellepreud sur lui quelque, empire, ce ne sera pas en bien que son influence se fera sentir. Elle cberchera à lui inoculer l'incurable frivolité dont elle est atteinte, et ne lui laissera ni paix ni trêve qu'elle ne l'ait amené à vivre comme elle. Incapable d'apprécier les mâles plaisirs de l'étude et la haute distinction qu'elle confère, elle l'en détournera de tout son pouvoir, afin d'avoir quelqu'un qui l'aide à supporter le poids d'une oisiveté insupportable, et elle finira par le réduire à la nullité la plus complète.
Aussi incapable de remplir ses devoirs de mère que ses devoirs d'épouse, elle ne prend aucun intérêt à l'instruction de ses enfants et les laisse vaquer seuls
et tristement à des occupations que leur rendraient si douces les encouragements maternels. Aussi ne tardent-ils pas à se dégoûter de ces chefs-d'œuvre de la littérature et de ces merveilles delà science dont personne ne parle autour d'eux, et qui paraissent inspirer à tous ceux quiles approchent une sorte de répulsion. Ils s'approprient sympathiquement au milieu quiles environne, et ne s'acquittent plus de leurs devoirs scolaires que comme d'une tâche rebutante. Ce sont des hommes manques, ce sont des destinées perdues.
Son influence n'est pas moins funeste dans le monde qu'au sein de la famille. Les conversations élevées, qui peuvent se tenir autour d'elle sur la littérature, sur l'histoire, sur la politique, sur tout ce qui remue les nobles cœurs, lui causent un invincible ennui, de sorte que l'on finit par ne plus s'y livrer en sa présence et par se rabattre sur les sujets les plus vulgaires et les plus insignifiants. Elle éteint, autant qu'il est en elle, dans le cercle où elle vit, jusqu'aux moindres lueurs de vie intellectuelle. Que l'on se représente un certain nombre de sociétés où des femmes de ce genre donneraient le ton, d'où toutes les questions un peu sérieuses seraient bannies, et on conviendra qu'il en résulterait un abaissement sensible dans l'esprit public et dans la civilisation générale.
L'instruction des femmes a trouvé de tout temps d'âpres censeurs. Les deux plus récents sont Joseph de Maistre et Proudhon : « Le plus grand défaut d'une femme, dit de Maistre, c'est d'être un homme, et c'est