‹ Nos devoirs et nos droitsChapitre 9 sur 70 · PARADOXE DE PROUDHON SUR L INSTRUCTION DE I. A FEMME · texte numérisé non relu

PARADOXE DE PROUDHON SUR L INSTRUCTION DE I. A FEMME

Si l'homme a des devoirs envers sa raison, en est-il de même de la femme? C'est là une question qui a été débattue de nos jours avec éclat, mais on ne l'a peut-être pas résolue par des principes suffisamment philosophiques.

Que la femme doive cultiver sa raison, comme l'homme, et vivre comme lui de la vie intellectuelle, c'est une vérité si claire qu'il serait puéril de chercher à l'éclaircir davantage, si les préjugés, les usages, les passions, n'avaient pas en quelque sorte conspiré à l'obscurcir. Mais, puisqu'on a répandu autour d'elle tant de nuages, il faut bien tenter de les dissiper.

Le bien d'un être consiste dans le développement de sanature propre, c'est-à-dire de ce qui leconstitue essentiellement. Le bien d'une plante, c'est de développer avec puissance et magnificence sa riche végétation, c'est de produire des fleurs et des fruits dans sa saison. Celui d'un animal, c'est de posséder à un degré èminent la vie et les autres qualités qui distinguent son espèce de toutes les autres. L'homme étant un animal raisonnable, son vrai bien n'est pas dans les qualités qui lui sont communes soit avec les

plantes, soit avec les autres animaux : il est dans la raison qui le caractérise et le fait vraiment homme. C'est de là, comme le dit si bien Pascal, qu'il faut nous relever. Mais, si la raison est le bien de l'homme considéré comme espèce, parce qu'elle est son attribut essentiel et caractéristique, elle doit aussi être celui de la femme, puisque cette dernière fait partie de l'espèce humaine : on ne peut le nier sans tomber dans une contradiction flagrante et une absurdité manifeste.

Présentons la question sous une autre face. Il y a en nous deux vies, la vie des sens et la vie de la raison, la vie animale et la vie purement humaine. Le christianisme les distingue, avec sa profondeur ordinaire, sous les noms de vie de la chair et de vie de l'esprit, et les personnifie dans ce qu'il nomme l'homme animal et l'homme spirituel. Ces deux vies, bien qu'étroitement unies et actuellement nécesaires l'une à l'autre, ne peuvent pas coexister dans toute leur plénitude : elles se nuisent mutuellement et sont même parfois en raison inverse l'une de l'autre. C'est pourquoi l'homme doit amoindrir en lui la première et exalter en lui la seconde. Tout ce qui est retran ché à la vie inférieure est, en effet, ajouté à la vie supérieure : toute la morale peut se résumer dans cette brève formule. Eh bien, ici encore, ce qui est vrai de l'homme en général est vrai de la femme en particulier. Entre la vie purement animale et la vie proprement humaine elle est mise, elle aussi, en demeure de faire son choix : s'animaliser ou se spiri-

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