‹ Nos devoirs et nos droitsChapitre 12 sur 70 · PARADOXE DE PROUDHON · texte numérisé non relu

PARADOXE DE PROUDHON

ses idées sont décousues, ses raisonnements à contresens, son esprit faux, d'une fausseté irrémédiable. — C'est ce qui a fait dire à un concile que la femme n'a pas d'âme intelligente. — Elle ne forme par ellemême ni des universaux ni des catégories ; elle ne peut suivre, dans leur enchaînement, les rapports logiques des idées : elle a l'esprit antimétaphysique. Elle procède toujours, dans ses opérations intellectuelles, par des à peu près et des analogies; il lui arrive ainsi, comme à un chapeau, a une clef, à une branche de coudrier, àunetable, de deviner certaines choses : elle est prophétesse, sibylle, druidesse. pythonisse, sorcière, tireuse de cartes, devineresse. Cela ne prouve pas quelle ait, comme les Germains le prétendaient, et comme Chateaubriand l'a répété, quelque chose de divin, ni même quelque chose de rationnel : cela prouve, au contraire, qu'elle n'obéit qu'à l'instinct et à l'irrationalité. Si elle vaut quelque chose, c'est qu'elle a été disciplinée et formée par l'homme, et que sa raison a été, pour ainsi dire, aiman tée par celle de son compagnon. Par elle-même, elle a peu de valeur. Elle ne doit donc pas songer à se haus ser jusqu'aux occupations et aux études viriles: elle doit rester purement et simplement une ménagère '. Je n'ai pas besoin de faire remarquer ce qu'il y a d'erroné dans cette théorie de la nature féminine considérée au point de vue intellectuel. Proudhon part

i Proudhon, De la Justice dans la Révolution et dans l'Église, t. III, p. 335 et suivantes.

de cette idée que la force physique est nécessaire au travail de la pensée, et que chez tous les êtres humains la pensée est proportionnée à la force. Or. c'est là un principe qui ne me paraît conforme ni aux données de la science ni à celles de l'expérience. La science proclame que le développement du système athlétique ou musculaire et celui du système nerveux sont fréquemment en raison inverse l'un de l'autre, et que c'est souvent à la prédominance de ce dernier que tiennent les qualités les plus fines et les plus délicates de l'esprit. L'expérience de tous les temps atteste la même vérité. Chez les Grecs, les athlètes étaient si loin d'avoir une vigueur de pensée proportionnée à leur vigueur corporelle, qu'ils passaient pour les plus stupides de tous les hommes. Sans vouloir médire le moins du monde de ceux de nos artisans qui se livrent à des travaux pénibles, exigeantun grand déploiement de force musculaire, il est bien permis d'affirmer qu'ils ne surpassent nullement leurs camarades par le développement de leur intelligence. Si, parmi les hommes célèbres par leur esprit, il y en a eu de bien portants et de vigoureux, comme Socrate, il y en a eu aussi de maladifs, comme Pascal, de chétifs et de malingres, comme Malebranche, Maine de Biran et Spinoza.

Se fondant sur ce principe que la fermeté de l'esprit dépend de celle des muscles, Proudhon refuse aux femmes toute force de raisonnement : il ne leur accorde qu'une sorte de don divinatoire, tout à fait irrationnel et machinal. S'il s'était donné la peine

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