‹ Nos devoirs et nos droitsChapitre 14 sur 70 · PARADOXE DE PROUDHON JO · texte numérisé non relu

PARADOXE DE PROUDHON JO

cette intelligence étant la principale partie d'ellemême et la légitime directrice de sa vie, elle doit la perfectionner avec soin, si elle veut réaliser son idéal et devenir tout ce qu'elle peut être.

Il y a, en effet, en chaque femme réelle une femme idéale qu'il s'agit d'en dégager, et c'est surtout par l'éducation de son intelligence qu'on y arrive. Mais cette éducation, qui la donnera? L'homme et la femme. La femme communiquera aux personnes de son sexe les qualités. qui lui sont propres, et l'homme quelquesunes de celles qui le caractérisent, pour faire équilibre et servir de contre-poids aux premières. Proudhon a entrevu la vérité sur ce point. Il fait très bien remarquer que la femme a besoiii d'être formée par un père, unfrèreouunmari, et que sa raison doit recevoir, en quelque sorte, l'aimantation de la raison de l'homme. Le christianisme, auquel on ne refusera pas une profonde connaissance de la nature humaine, a parfaitement compris que, sans rapports moraux entre les sexes, il ne saurait y avoir une vraie fécondation morale. Aussi, c'est par l'organe, non d'un sacerdoce féminin, mais d'un sacerdoce viril, qu'il donne aux femmes le plus noble de tous les "enseignements , l'enseignement religieux. C'est qu'en effet les deux sexes ne sont pas plus faits pour se développer isolément que pour vivre séparément. Ils sont destinés à exercer l'un sur l'autre une influence de tous les instants et à se modifier sans cesse . Si la femme peut com muniquer à l'homme une délicatesse toute chevaleresque, comme cela s'est vu à certaines époques,

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l'homme peut, de son côté, développer chez la femme cette haute et ferme raison, qui est si nécessaire à la mère de famille pour remplir sérieusement ses devoirs et pour lutter courageusement contre les difficultés delà vie.

Quant à l'opinion que la femme doit être une ménagère, sans admettre le principe d'où Proudhon la fait découler, nous ne la repoussons nullement. La vraie fonction delà femme est, en effet, d'administrer sa maison, de consoler et d'embellir la viede son mari, d'instruire et de moraliser ses enfants. Toute la question est de savoir si cette fonction exclut le développement de l'intelligence. Or nous ne le pensons pas. Ce qu'elle exclut, c'est l'étude des sciences par trop abstraites et spéculatives, qui n'ont aucun rapport avec la réalité et avec la vie, telles queles mathématiques transcendantes etla métaphvsique. Maisdeces études, nous n'en voulons pas plus pour les femmes que Proudhon lui-même, et nous renverrions volontiers, comme lui, à leurs, compotes et à leurs collerettes, celles, d'entre elles qui s'aviseraient d'écrire sur le calcul différentiel ou de commenter V Éthique de Spinoza. Ce qu'elle exclut encore, c'est la culture des sciences, qui, en parquant l'esprit dans une partie déterminée du domaine du savoir, le rendent plus ou moins étranger à toutes les autres. Mais cette culture étroite et technique, nous la condamnons aussi sévèrement que personne, et serions bien fâché (n'en déplaise à madame Dacier et à ses pareilles !) de voir les dames de nos jours se faire un nom dans l'étude

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de la physique ou de la chimie, du sanscrit ou du grec. Seulement nous croyons qu'une instruction solide et générale, qui exercerait leur esprit sans le surcharger, et qui leur donnerait des clartés de tout, leur serait d'une incontestable utilité, et les préparerait admirablement à cette magistrature des mœurs, au sein du foyer, qui doit être en définitive leur fonction principale. Nous voudrions d'ailleurs que cette instruction leur fût inculquée simplement, et non par des procédés didactiques et pédantesques, dont le résultat le plus clair serait d'èmousser chez elles le tact si fin qui les distingue, sans leur donner des connaissances scientifiques peu compatibles avec la vivacité de leur intelligence et les travaux de la maternité. Entre la femme pédante, qui affiche la prétention de se hausser jusqu'à des études qui la surpassent, et la femme frivole, absorbée par les chiffons et la médisance, il y a place pour la femme intelligente, éclairée, et dont l'esprit est ouvert à toutes les idées élevées de son époque.

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