‹ Nos devoirs et nos droitsChapitre 19 sur 70 · DIGNITÉ PERSONNELLE DANS L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

DIGNITÉ PERSONNELLE DANS L'HISTOIRE

Nous ne voulons pas discuter en détail chacune des accusations que Proudhon a fulminées contre le christianisme, et auxquelles la doctrine du péché originel et celle de l'humilité semblent donner quelque fondement. Nous nous bornerons à exposer, à mire point de vue d'historien et de philosophe, ce qu'il y a d'excessif dans la thèse du célèbre réformateur, afin qu'on ne se persuade pas qu'il y a eu décadence, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, sur un des points les plus importants de la morale personnelle.

Suivant Proudhon, le christianisme regarde la nature humaine comme foncièrement corrompue et comme radicalement incapable de tout bien et de toute justice. Or, c'est là une opinion qui a pu être celle du jansénisme et de quelques autres sectes chrétiennes, mais qu'il y aurait de l'exagération à attribuer au christianisme lui-même; car il a toujours proclamé, par l'organe de ses représentants les plus illus très, que, si l'homme est corrompu, il ne l'est pas au point de ne pouvoir distinguer le bien du mal, pratiquer l'un et éviter l'autre. D'après Proudhon, la doctrine chrétienne, par son caractère pessimiste et misanthropique, implique nécessairement, comme vertu cardinale et pivotale, l'humilité, l'abaissement, et exclut la dignité ou magnanimité. La vérité est qu'elle doit admettre et admet à la fois ces deux vertus. Elle doit admettre la première, parce qu'en présence de cet idéal vivant qu'on appelle Dieu, le chrétien doit éprouver le sentiment profond de son imperfection; et aussi la seconde, parce qu'à la pensée des

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dons qu'il a reçus de cet Être infini, il doit avoir le vif sentiment de sa supériorité surtout ce qui l'environne : « L'homme, dit saint Thomas, trouve en luimême quelque chose de grand qu'il tient de la munificence de Dieu, et quelque défaut qui lui vient de l'infirmité de sa nature. Ainsi, la magnanimité fait qu'il se juge digne de grandes choses, entant qu'il considère les dons qu'il a reçus de Dieu ; . . . mais l'humilité fait qu'il s'estime peu lui-même, en tant qu'il considère ce qui lui manque. »

On voit que, si les arguments de Proudhon ont quelque valeur contre les chrétiens exaltés, qui refusent entièrement à l'homme la faculté de connaître le bien et celle de le pratiquer, ils en ont beaucoup moins contre les chrétiens modérés, qui voient d'un œil plus favorable les deux grands éléments de la nature humaine.

Proudhon institue entre le paganisme et le christianisme un parallèle qui esttoutà l'avantage du premier. Suivant lui, les dieux du paganisme, étant presque au niveau de l'homme, ne l'écrasent pas et. lui laissent plein et entier le sentiment de sa valeur propre, tandis qu'en présence du Dieu du christianisme, l'homme ne sent que son néant et n'est pas tenté d'en sortir. Cet auteur ne réfléchit pas que, si le christianisme paraît contraire à la dignité humaine par certains cotés, par d'autres il lui est très favorable. Non seulement il met l'homme en rapport habituel avec Dieu, mais il le représente comme racheté par un sang divin, ce qui lui donne une valeur infinie. Il

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