GOUVERNEMENT DE NO S IN CLIN ATIONS
est à la vertu elle-même ? Que d'actes de dévouement et d'héroïsme, que d'œuvres éclatantes et immortelles seraient restées à l'état de conceptions ébauchées ou d'intentions inaccomplies, si à l'amour de la beauté morale, l'amour de la gloire n'avait pas ajouté sa flamme!
A côté des inclinations qui sollicitent l'homme à se constituer comme un tout particulier etdistinct, c'està-dire comme une personne, il en est d'autres qui le portent à se considérer comme une partie d'un tout plus vaste, qui est la société, et à vivre pour ainsi dire de sa vie. Il suffit de citer les affections de famille, l'instinct de la sociabilité et la sympathie. Or ce sont là des inclinations qu'il ne viendra à l'esprit de personne de considérer comme mauvaises. Que deviendrait, en effet, l'enfant jeté nu, comme dit cet ancien, sur la terre nue et annonçant sa venue au jour par des vagissements et des pleurs, si la nature n'avai' pas placé près de lui une mère qui, sous l'empire du plus doux et du plus irrésistible des sentiments, prend soin de cette tendre et malheureuse créature et s'impose pour elle les plus dures et les plus longues privations? Que deviendrait l'homme lui-même, s'il n'était pas naturellement porté à vivre avec ses semblables, à leur communiquer ses idées et ses sentiments et à faire avec eux un continuel échange de services? Ce n'est, en effet, qu'au sein de la société et des rapports affectueux qu'elle suppose, qu'il peut développer ses qualités intellectuelles et morales, c'est-à-dire réaliser son idéal en tant qu'homme.
Parmi nos tendances primitives, il en est qui ont pour principal but le perfectionnement de notre nature spirituelle, prise en elle-même. Je veux parler de l'amour du vrai, de l'amour du beau et de l'amour du bien, qui produisent, dans leur développement, ces trois grandes divisions et comme ces trois grands règnes du monde humain qu'on nomme le règne de la science, celui de l'art et celui de la moralité. Or il serait absurde de prétendre que l'homme se pervertit et se dénature quand il obéit à ces tendances qui le constituent essentiellement et le séparent si profondément des autres animaux. Lui retrancher de si magnifiques attributs, ce ne serait pas seulement le mutiler, ce serait le décapiter moralement.
Il résulte des considérations qui précèdent que toutes nos tendances sensibles sont bonnes, puisqu'elles sont appropriées à notre conservation et à notre développement, c'est-à-dire à notre bien. Mais si elles sont bonnes, nous n'avons, à ce qu'il semble, qu'à céder à toutes leurs impulsions : la passion devient, comme le voulaient Helvétius, Fourier et Saint-Simon, la vraie loi de notre vie. La théorie que nous venons d'exposer entraîne -t-elle dételles conséquences ? nous ne le croyons pas.
Toutes nos tendances primitives sont bonnes, mais à la condition qu'elles resteront à leur place et à leur rang, et qu'elles ne dépasseront pas les limites que la nature leur a fixées. Il y a entre elles une certaine hiérarchie, déterminée par leur degré de dignité et d'excellence et réglée sur ce que nous avons appelé