‹ Nos devoirs et nos droitsChapitre 25 sur 70 · GOUVERNEMENT DE NOS IN CLIN AT IOSN · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE NOS IN CLIN AT IOSN

tre famille et les plus chers intérêts commis à notre garde. Il n'y a que l'amour du bien qui n'admette aucun excès : du moment où il serait excessif, il changerait de nature et prendrait un autre nom.

Cependant on peut dire, en thèse générale, que nos tendances inférieures doivent être contenues et nos tendances supérieures développées, puisqu'elles sont sujettes à empiéter les unes sur les autres et que la raison veut que les premières soient subordon nées aux secondes. Les inférieures se rapportent à ce qu'il y a en nous d'animal, c'est-à-dire à la nutrition et à la sensation ; les supérieures à ce que nous avons de purement humain, c'est-à-dire à la pensée et à la liberté. Or si l'élément animal est la condition de l'élément humain, ce dernier est la cause finale du premier, c'est-à-dire la fin en vue delaquelleila été produit. L'un n'est que la tige qui supporte notre vie, l'autre est la fleur qui la couronne. C'est donc l'humanité en lui que tout homme digne de ce nom aura en vue, non l'animalité. Ce sont les seuls sentiments qu'elle comprend et enveloppe qu'il cultivera avec amour, se bornant à ne pas négliger les autreset à empêcher en lui l'animal de périr; car son unique devoir est de réaliser son idéal en tant qu'homme.

Ainsi nous admettons que toutes nos tendances primitives sont bonnes, mais non pas qu'elles doivent se développer sans règle : nous plaçons au-dessus d'elles la raison, qui a pour mission d'en coordonner les mouvements et d'en prévenir les écarts. Nous ne mettons point sur la même ligne les besoins du corps

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et ceux de l'esprit, nous subordonnons les premiers aux seconds; nous ne voyons point dans la passion le triomphe, mais la défaite de la personne humaine. C'est par là que notre morale diffère de la morale socialiste et de celle que certains réformateurs politiques ont essayé de faire prévaloir.

Si nous sommes contraire aux épicuriens et h tous ceux qui sacrifient, à leur exemple, la vie rationnelle àla vie sensible, nous ne sommes guère plus favorable à ceux qui proscrivent sans pitié nos tendances les plus naturelles et les plus légitimes et con damnent, comme des crimes, nos plaisirs les plus innocents. C'est vers cette dernière opinion qu'ont incliné les stoïciens dans l'antiquité, et les jansénistes dans les temps modernes. Plus excusables que les épicuriens, puisqu'ils n'outrent, suivant l'expression de Montesquieu, que les choses où il y a de la grandeur, ils ne sont pourtant pas à l'abri de tout reproche ; car ils méconnaissent la vraie nature de l'homme et s'exposent à lui faire manquer sa vraie destinée, en lui assignant, aulieu de sa fin réelle, une fin chimérique. L'homme est un animal raisonnable ; sa perfection ne consiste pas à sacrifier la raison à l'animalité oul'animalité à la raison, mais à subordonner la plus humble des deux parties qui le composent à la plus relevée. En dehors de cette conception, il n'y a pas harmonie dans l'être humain, mais désordre, perturbation, rupture d'équilibre. Pour être moins dangereuse que l'opinion épicurienne, l'opinion stoïcienne et janséniste n'en.apas moins ses périls ; car, suivant

la parole bien connue de Pascal, « l'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête 1 . »

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