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l'éclat des couleurs, à la régularité des formes, à la grâce des mouvements. Il n'en est pas de même de l'animal, parce que la beauté, même matérielle, échappe aux sens et n'est accessible qu'à l'esprit, et que l'esprit lui fait complètement défaut. Les sens, en effet, ne saisissent que la matière. Or la matière n'est pas belle par elle-même, elle n'est belle qu'en tant qu'elle exprime une idée, l'idée d'ordre et de convenance. Mais cette idée, l'animal ne l'a pas, puisqu'elle est une des conceptions les plus élevées de la nature raisonnable et qu'il est dépourvu de raison.
Quelques anthropologistes ont très bien vu que le sentiment religieux est un dés caractères distinctifs de notre humanité, un de ceux qui nous séparent le plus profondément des autres espèces animales ; mais ils n'ont pas vu qu'il dépend lui-même d'un caractère supérieur, qui est la raison, et qu'iln'est qu'un résultat de l'action de cette dernière sur notre nature sentante. Au premier retour sérieux que l'homme fait sur luimême et au premier regard profond qu'il jette sur le monde, il comprend que le monde et lui ne se sont pas faits tout seuls, qu'ils ont une cause et que, de cause en cause, il faut bien remonter jusqu'à une cause première mystérieuse, mais toute-puissante : ainsi le veut le principe de causalité. En présence de ces curieuses harmonies du monde moral et du monde physique qui frappent les esprits les moins attentifs, en face de ces merveilleuses appropriations des moyens à la fin qui éclatent en nous et hors de nous, il ne
peut pas s'empêcher d'affirmer l'existence d'un pria cipe d'ordre et d'harmonie : ainsi le veut le principe de finalité. En voyant cetordre merveilleux parfois troublé par l'oppression de l'innocence et le triomphe du crime, il éprouve le besoin, d'imposer au ciel le redressement des iniquités de la terre : ainsi le veut le principe de justice et de moralité. Mais le principe de causalité, celui de finalité et celui de justice sont des principes essentiellement rationnels. C'est donc des principes rationnels que les croyances religieuses dérivent; c'est donc dans la raison que le sentiment religieux a sa source. Comment s'étonner après cela que les êtres sans raison, les animaux, ne le connaissent pas ?
Le sentiment le plus élevé de notre nature, celui auquel tous les autres, y compris le sentiment du vrai, celui du beau et celui du divin, doivent êtresubordon. nés, car ils sont sujets, eux aussi, à quelques déviations, c'est le sentiment du bien ou sentiment moral. Après avoir commis une action qui le dégrade ou qui nuit à ses semblables, l'homme se la reproche intérieurement, il a le sentiment amer de sa bassesse ou de son inhumanité, il a des remords; après avoir fait une action noble et généreuse, en parfaite conformité avecl'idéalde sonespèce, il sent qu'il est dans l'ordre, qu'il est ce qu'il doit être, il éprouve un sentiment de satisfaction morale. Est-il témoin d'un acte d'infamie ou d'iniquité, son cœur se soulève contre celui qui s'en est rendu coupable, il ressent à son égard du mépris ou de l'indignation. Voit-il, au contraire, un
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acte de vertu ou d'héroïsme s'accomplir sous ses yeux, il éprouve envers son auteur un sentiment de respect ou d'admiration. Tous ces sentiments, le remords, la satisfaction intérieure, le mépris, le respect, l'indignation, l'admiration, ne sont que des modifications du sentiment du bien. C'est pourquoi ils sont inconnus à l'animal. Le sentiment du bien suppose, en effet, l'idée du bien et aussi celle du devoir et de la responsabilité, c'est-à-dire des idées essentiellement rationnelles : or, l'animal est étranger à la raison et aux catégories ou idées fondamentales qui la constituent. On voit que la sensibilité de l'homme n'est pas moins admirable que son intelligence, et que son cœur n'est pas moins grand que son esprit. J'oserais même dire qu'à un certain poiDt de vue il est plus grand encore. A quoi sert, en effet, de connaître le bien, si on ne l'aime pas, et quel prix peut avoir une science qui ne pénètre pas jusqu'à l'âme et ne se manifeste pas par des sentiments et par des actes? Seulement ce qui est grand dans la sensibilité, ce ne sont pas ses tendances physiques, mais ses aspirations morales. Les unes sont engagées dans la matière et dépendent des organes, ce sont des instincts; les autres relèvent de l'esprit et sont ennoblies par la pensée, ce sont des sentiments. Or, pendant que l'instinct reste au-dessous de la sphère de la raison, le sentiment l'atteint, s'il ne la dépasse. Par conséquent, c'est sur lui, aussi bien que sur la pensée, qu'il faut nous appuyer, si nous voulons triompher de notre nature animale et vivre véritablement en hommes.