‹ Nos devoirs et nos droitsChapitre 31 sur 70 · LE BAL · texte numérisé non relu

LE BAL

danger les peintures animées de la vie qu'ils renferment ordinairement.

Certains théologiens moralistes condamnent absolument, comme des excitations à l'incontinence, le bal et la danse, qui tiennent tant de place dans nos habitudes mondaines. Ils montrent en cela, suivant moi, une sévérité excessive. Qu'on interdise ces divertissements aux jeunes gens qui se destinent au ministère sacré et aux jeunes filles qui ont fait vœu de passer leur vie sous les arceaux silencieux des cloîtres, le cœur uniquement épris d'un idéal divin, je le comprends ; mais on ne saurait les défendre avec la même rigueur à ceux et à celles qui doivent vivre dans le siècle et perpétuer l'espèce humaine. L'homme et la femme sont faits l'un pour l'autre : leur union estime des grandes fins delà nature. Mais, avant de s'unir, il faut bien qu'ils se voient, qu'ils se conviennent, qu'ils se plaisent, sans quoi ils s'exposeraient à se rendre malheureux mutuellement. Or ils ne peuvent se voir nulle part avec plus de décence que sous les yeux du public, en présence de leurs parents, dans des réunions où les regards des spectateurs leur imposent la plus grande retenue. Ils ne peuvent chercher à se plaire plus innocemment qu'en se livrant à des exercices où ils satisfont à la fois ce besoin tout physique de locomotion, qui tourmente des natures pleines de sève et de vie, et ce sentiment esthétique et délicat qui les porte à déployer de la souplesse et de la grâce, en réglant leurs mouvements suivant les lois du rythme et de la cadence.

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i44 NOS DEVOIRS ET NOS DROiTS

Sansdoute le bal n'est pas une école de vertu, mais il n'est pas non plus une école de libertinage. Il offre moins de danger pour les bonnes mœurs, quand il a lieu dans des conditions convenables, que certaines lectures avidement faites et que certaines confidences avidement recueillies, dans la réclusion de la vie domestique, par les jeunes personnes les mieux surveillées. Quoi déplus gracieux et de plus cbaste tout ensemble que la jeune danseuse si splendidement décrite par un grand poète de nos jours ! Elle ne voit j dans le bal que des bijoux et des colliers, que des ceintures de moire, avec leurs reflets ondoyants, que des tissus fins et légers comme des ailes d'abeilles ; elle n'entend que les pas cadencés des cavaliers et les mille voix de l'orchestre joyeux; elle n'a qu'un plaisir, celui de bondir éperdue, avec la vivacité et l'ardeur de ses seize ans 1 .

Si nous amnistions ces divertissements qui onttou ■ jours été en usage dans les sociétés polies, nous condamnons, avec tous les gens sensés, les écarts auxquels ils peuvent donner lieu, soit au point de vue des mœurs, soit au point devue de la vanité et du luxe. Se laisser entraîner par l'ardeur de la jeunesse à ces réunions vulgaires où le cœur n'est pour rien, l'es-

i Mais elle par la valse et la ronde emportée,

Volait et revenait et ne respirait pas, Et s'enivrait des sons de la flûte vantée, Des fleurs, des lustres d'or, de la fête enchantée, Du bruit des voix, du bruit des pas.

Victor Huoo, Orientales, XXXIII.

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