DE LAJUSTICE EN GÉNÉRAL
Nos devoirs sociaux et nos droits. — Les droits de l'homme et le sensualisme. — Les droits de l'homme et J. de Maistre.
Jusqu'à présent nous avons considéré l'homme, par une de ces abstractions sans lesquelles toute science serait impossible, comme vivant à peu près seul et isolé, et nous nous sommes demandé quels devoirs résulteraient pour lui, dans cet état de solitude et d'isolement, de sa seule qualité de personne,
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s'agit
c'est-à-dire d'être libre et raisonnable. Il maintenant de le replacer non pas précisément dans le milieu si complexe où il naît et se développe réellement, — ce serait quitter trop vite le domaine de l'abstrait pour celui du concret, — mais seulement en face d'un ou de plusieurs autres êtres raisonnables et libres, d'une ou de plusieurs autres personnes, et de voir quels devoirs dériveront pour lui d'une telle situation. Nous réservons pour un prochain ouvrage l'étude des devoirs qui peuvent découler de sa qualité de membre d'une famille, de membre d'une cité, de membre d'une Église et de quelques autres rapports moins importants.
Dès que je suis en rapport avec un être de mon espèce, je m'aperçois qu'il me ressemble non seulement au physique, mais encore au moral, c'est-àdire qu'il a une nature identique à la mienne. Mais une fois que je sais qu'il a la même nature que moi, j'en conclus sans peine qu'il a la même destinée et que, si ma destinée est sacrée, la sienne l'est également. Aussi je juge que je ne dois pas contrarier, mais seconder le mouvement qui le porte vers sa fin, comme je souhaite qu'il ne contrarie pas, mais qu'il seconde le mouvement qui me porte vers la mienne. C'est ce que les moralistes et le vulgaire ont exprimé par deux maximes bien connues, car on les trouve chez les Juifs comme chez les chrétiens, chez les Chinois comme chez les Grecs : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît, » et « faites à autrui ce que vous voudriez qu'on