‹ Nos devoirs et nos droitsChapitre 39 sur 70 · NOS DEVOIRS SOCIAUX · texte numérisé non relu

NOS DEVOIRS SOCIAUX

vous fît. » La première est la formule de nos devoirs de justice, la seconde celle de nos devoirs de charité, de bonté, de bienfaisar.ee, et elles résument, à elles deux, tous nos devoirs sociaux.

Malgré l'autorité qu'elles tirent de leur antiquité et du consentement presque universel des hommes, ces deux maximes ont rencontré de nos jours quel ques censeurs, principalement parmi les représentants de l'école critique. M. Charles Renouvier leur reproche de manquer de précision, de rigueur et même d'exactitude. — Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. Cela peut signifier, suivant lui, que vous ne devez pas vouloir qu'on m'inflige, le cas échéant, un juste châtiment en expiation d'une action injuste; car, en pareille circonstance, vous seriezprobablement bien aise d'échapper à toute punition. — Faites à autrui ce que vous voudriez qui vous fût fait! Cela signifie peut-être que vous devez favoriser mes passions et fermer les veux sur les méfaits qu'elles me poussent à commettre ; car vous ne seriez sans doute pas taché qu'en pareille occurenceje fisse pour vous la même -chose. Qu'est-ce d'ailleurs que deux principes qu'on nous donne pour deux principes moraux et où il n'est question que du désir, c'est-à dire de l' élément sensible et animal de notre nature, et où l'on ne tient nul compte de la raison et de la volonté, c'est-à-diredes éléments vraiment moraux et humains qui nous constituent, car ce mot voudriez veut direrôesî'reWesetpasautrechose 1 ,

* Renouvier, Science de la Morale, t. I, p. 86.

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Ce sont là des objections ingénieuses, mais elles ne détruisent et n'infirment même pas, suivant nous, les maximes dont il s'agit. Elles montrent seulement qu'elles ont besoin d'être expliquées. — ■ Ne faites pas a autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit! — Dans ce précepte et dans l'autre qui lui sert de pendant, le mot vouloir ne doit pas s'entendre du premier vouloir venu, moins encore d'un simple désir, d'une passion capricieuse, mais d'une volonté droite et conforme à la raison. Ces deux préceptes doivent être pris, dit un penseur célèbre, « dans un sens unique, savoir, celui du verbe je veuœ, à titre d'être intelligent et libre, participant à la loi du devoir, à cette raison suprême qui éclaire toutes les intelligences qui veulent la consulter, comme la lumière physique éclaire tous les yeux qui s'ouvrent à ses rayons. Je dois à mon semblable ce que je voudrais qui me fût fait à ce seul titre de personne libre et non à celui d'être sentant, puisque ainsi je i n'aurais que des désirs et non pas des volontés 1 . » 1 D'ailleurs ces maximes expriment à merveille l'essence des devoirs sociaux, qui consistent avant tout dans l'égalité des personnes et la mutualité des relations, puisqu'elles indiquent qu'on a beau déplacer les termes, qui sont ici les personnes, les rapports ne cessent pas d'être vrais. Ajoutons qu'elles ont, au point de vue pratique, une valeur incontestable, puisqu'elles nous avertissent de nous défier de nos pas-

4 Maine d« Biran, Œuvres posthumes, t. III, p. 39.

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