‹ Nos devoirs et nos droitsChapitre 46 sur 70 · DROITS DE L'HOMME ET .1. DE M.UNTRK · texte numérisé non relu

DROITS DE L'HOMME ET .1. DE M.UNTRK

nieuses, à des descriptions plus ou moins intéressantes, elles n'entrent pas dans la science proprement dite : il n'y a, comme Platon et Aristote le disaien t déjà de leur temps, de science que du général. C'est ce caractère de haute généralité qui t'ait la valeur de la physique, de l'histoire naturelle et de leurs sub divisions ; c'est lui qui fait la valeur de la physiologie et de la psychologie elle-même. Allez trouver un des princes de la physiologie contemporaine, diteslui de laisser là sa loupe et son. scalpel et de ne plus chercher vainement à constituer la science du corps de l'homme, car le corps du Français, le corps du Russe, celui de l'Italien existent, mais le corps de l'homme n'existe pas, et vous verrez ce qu'il vous répondra. Dites la même chose à un psychologue; engagez-le à laisser là la science de l'esprit humain, qui n'est qu'une abstraction, et à étudier uniquement celle de l'esprit français et de l'esprit italien, qui sont seuls réels. 11 vous répondra que vous n'entendez rien à la science; qu'elle traite des espèces naturelles et abandonne aux chroniques le soin de recueillir les anecdotes relatives aux groupes artificiels qui les composent. Cette réponse que feraient certainement les psychologues en voie d'organiser la science de la nature humaine en général, pourrait être faite aussi par les moralistes et les politiques qui tirent de cette science les conséquences qu'elle renferme relativement aux devoirs et aux droits naturels de l'homme. L'erreur de Joseph de Maistre et de ses disciples vient de ce qu'ils ne se rendent pas compte de l'es-

sence et de l'origine des droits. Ils ne veulent pas voir que tous les hommes ont certains droits communs, parce qu'ils ont une nature commune et appartiennent à la même espèce. Sommes-nous réellement de la même espèce, au point de vue physique ? Laquestion est encore aujourd'hui vivement débattue. Suivant certains auteurs, le genre humain se divise en plusieurs races tellement différentes qu'elles constituent autant d'espèces particulières et irréductibles. Suivant d'autres, ce ne sont laque des variétés plus ou moins tranchées d'un même groupe naturel, que des déviations plus ou moins éloignées d'un seul et même type. Elles ne forment donc ensemble qu'une seule et immense famille dont tous les membres sont unis par une véritable fraternité. Mais, lors même que cette dernière opinion, qui a pour elle les grandes traditions du genre humain, serait fausse, lors même que nous n'aurions pas tous la même nature physique, nous pourrions encore avoir les mêmes devoirs et les mêmes droits : il suffirait pour cela que nous eussions la même nature intellectuelle et morale. Or, c'est là un fait quil me parait difficile de révoquer en doute.

Tous les bommes, quelque différentes que soient leur conformation et leur couleur, ont la faculté de penser l'universel, de former des conceptions vides de matière* comme celles de substance et de cause* de temps et d'espace, et de grouper sous ces grandes catégories la multitude de leurs représentations; tous ont la faculté de s'élever du particulier au général,

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