HOMICIDE
de la louve se fut un peu humanisée, elle promulgua des lois qui défendaient de punir de mort et même de battre de verges les citoyens. Quels cris d'indignation n'arrache pas, dans un temps de civilisation avancée, à un Caton l'ancien, à unCaius Gracchus, à un Cicéron, je ne dis pas la peine capitale, mais la simple fustigation infligée à un citoyen romain Enfin de nos jours, que d'âmes généreuses protestent avec plus ou moins de raison contre la peine de mort, comme contre une peine inutile et indigne d'une société cultivée et polie comme la nôtre!
Malheureusement le respect de la vie humaine est sujet, comme tout le reste, à de fâcheux retours, à cause des passions brutales qui tendent toujours à s'émanciper et qui en trouvent trop souvent l'occasion dans les luttes de religion et de classes qui divisent les hommes. Dès qu'elles peuvent se dissimuler sous un nom honnête, sous le nom de sentiment religieux ou de zèle du bien public, elles ne connaissent plus de frein et entraînent ceux qu'elles possèdent à des excès dont les sauvages euxmêmes sont à peine capables. C'est alors que la bète fauve que l'homme porte au dedans de lui, depuis les temps préhistoriques, et que l'influence d'une longue civilisation semblait avoir apprivoisée, se réveille, à l'odeur du sang, donne carrière à ses instincts féroces et se livre à des attentats monstrueux qu'on ne sait plus comment s'expliquer aux époques tranquilles. C'est l'histoire des proscriptions de Marius et de Sylla, des massacres de la
Saint-Barthélémy, des égorgements de 93, des tueries de la Commune, en un mot, de toutes ces horreurs qui nous montrent combien les conquêtes de la civilisation sont encore mal affermies et combien l'homme désapprend facilement le respect de l'homme.
Cependant il est des circonstances exceptionnelles où il semble permis à l'homme de tuer son semblable. Le devoir de respecter la vie d'autrui est un devoir de justice, c'est-à-dire un devoir strict ; il suppose chez autrui le droit strict de défendre sa vie quand elle est attaquée: c'est ce qu'on appelle le droit de légitime défense. C'est en vain que certains auteurs ont essayé de le combattre, en s'autorisant du passage de l'Évangile où il est dit que, si on reçoit un soufflet sur une joue, il faut tendre l'autre. Il est facile de leur répondre que. si les honnêtes gens ne se défendaient pas contre les scélérats, la carrière du crime serait bientôt encombrée et que le monde deviendrait un véritable coupe -gorge. Non seulement ce droit est incontestable, mais encore il peut, dans certains cas, légitimer le meurtre de l'agresseur. Quand, en effet, une lutte sans pitié ni merci s'engage entre deux hommes et qu'il faut nécessairement que l'un des deux périsse, il est juste que ce soit le coupable et non l'innocent, celui qui s'oppose à l'accomplissement de la destinée d'autrui et non celui qui remplit paisiblement la sienne propre. Cependant la vie de notre semblable est un bien si précieux que l'homme attaqué ne doitôter la vie à son
DU El,