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agresseur que quand il ne peut pas sauver la sienne autrement. Celui-ci est un homme, malgré le crime qu'il commet: nous devons, dans la mesure du possible, respecter en lui la nature humaine.
Mais n'y a-t-il que la défense de notre propre vie qui puisse nous autoriser à disposer, dans certains cas, de la vie des autres? La défense de notre honneur ne nous confère- 1- elle pas le même droit? C'est, demander si le duel est ou n'est pas légitime.
C'est là une question qui ne saurait être, à ce qu'il semble, un seul instant douteuse. Nous ne devons pas défendre notre honneur par les armes et en mettant en péril la vie d'autrui; car, hors le cas où notre vie est attaquée à l'improviste et où, par conséquent, nous ne pouvons en appeler a la décision des tribunaux, nous ne devons pas nous faire justice à nous-mêmes. Ce serait, en effet, nous constituer juges dans notre propre cause et nous mettre presque inévitablement dans le cas de nous donner raison et de donner tort à notre adversaire; ce serait méconnaître les conditions d'existence de toute société organisée, en contribuant pour notre part à ramener dans la vie privée ce fléau de la guerre qui sévit encore avec tant de fureur dans la vie publique ; ce serait commettre un crime de lèse-humanité, en favorisant le retour de cet état de barbarie d'où notre espèce a eu tant de peine à sortir.
Voilàles raisons les plus générales qui militent contre le combat singulier ; mais ily en a d'autres plus particulières que nous ne devons pas non plus passer sous
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silence. Ledueln'eit pas juste, parce qu'il supprime touteechelledanslapenalite.il punit, en effet, ou peut punir (car le hasard y est pour beaucoup) de la même peine l'offense la plus légère et l'affront le plus sanglant ; or cela ne doit pas être. On se récrie contre les codes barbares du moyen âge, qui infligeaient la peine de mort non seulement à l'homicide sous toutes sesformes, mais encore au yol et à d'autres crimes moins graves, et on ne voit pas que, par le fait de se battre en duel, on arrive à remettre eu vigueur ces dispositions sanguinaires là où on s'attendait le moins à les rencontrer, dans le code de l'honneur. On proteste contre les condamnations à mort qui frappent d'horribles scélérats tout couverts de crimes ; on admet des circonstances atténuantes même pour des parricides, et on condamne à mort (car dans tout duel il peut y avoir mort d'homme), au nom de je ne sais quelle législation artificielle et convenue, d'honnêtes gens, reconnus pour tels même par leurs adversaires, et qui n'ont été coupables, dans la plupart des cas, que d'un peu de vivacité et d'indiscrétion. Admettons pourtant que. l'offensé ait quelquefois raison d'aller sur le terrain. Mais que dire de l'offenseur? Le premier devoir d'un homme qui a commis une injustice est de la réparer : il s'honore, au lieu de se déshonorer, par une telle manière d'agir; il montre par là à tous qu'il prend au sérieux le grand précepte qui résume tous nos devoirs de justice : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qui te fût fait. » Mais non : au lieu de réparer l'injustice
commise, on l'aggrave de la manière la plus affreuse ; non content d'avoir voulu oter l'honneur à un de ses semblables, on s'efforce de lui ôter la vie, et l'on s'imagine lui accorder ainsi une réparation. N'estce pas là le renversement de toutes les idées de justice et d'honnêteté naturelles ?
Mais celui qui ne veut pas se battre passe pour un lâche et encourt le mépris de tous ! — Quand cela serait, il vaut encore mieux encourir l'injuste mépris d'autrui que le juste mépris de soi-même; il vaut encore mieux avoir l'air de manquer aux grands devoirs de l'homme que. d'y manquer réellement. Qu'est-ce que ce courage dont les duellistes se piquent volontiers, s'il n'est pas assez grand pour leur faire braver un préjugé qu'ils trouvent eux-mêmes absurde? Qu'est-ce que cette indépendance dont ils tirent vanité, si elle ne les rend pas capables de secouer le joug de l'opinion? Car enfin ils en restent esclaves au point de sacrifier le plus précieux des biens, la justice, et de commettre le plus énorme des forfaits, l'homicide, pour lui complaire. Ils ne com prennent pas que notre honneur est en nous-mêmes, dans l'irrécusable témoignage d'une conscience droite, dans le mâle sentiment d'un cœur qui sent sa noblesse et n'a rien fait qui pût y porter atteinte. IL ne convient qu'à un homme qui n'est pas parfaitement sûr de son honorabilité de s'irriter contre celui qui émet des doutes injurieux sur ce point. Celui qui n'a rien à se reprocher se sent si fort audessus de telles injures qu'elles ne s'élèvent jamais,
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suivant une expression célèbre, jusqu'à la hauteur de ses mépris. D'ailleurs, lors même que l'opinion publique serait un instant abusée sur son compte, elle ne tarderait pas à revenir de son erreur et à rendre à sa vertu méconnue l'hommage qu'elle mérite. 11 en est de l'honnêteté comme de la vérité, elle a de tels rayonnements qu'elle dissipe toujours et infailliblement les nuages dont elle avait pu d'abord être offusquée.
D'ailleurs, que prouve le duel? Qu'on a du courage ? C'est possible, bien que le courage qu'il suppose tienne peut-être du tempérament plus que delà volonté et soit peut-être une qualité physique plutôt que morale. Mais de ce qu'on est courageux, s'ensuit-il qu'on n'a pas été injuste envers son adversaire et qu'on n'a pas eu à son égard tous les torts ? A défaut du duel, son issue du moins prouve-t-elle quelque chose? Non ; car ce qui en décide, c'est le hasard ou le sang-froid ou l'adresse des combattants et non pas la justice. Au moyen âge, où l'on croyait que la Providence intervenait expressément en faveur du bon droit et où le duel était regardé comme le jugement de Dieu, ce genre de combat pouvait avoir un sens : aujourd'hui, avec nos idées modernes, il n'en a plus.
Non seulement le duel n'est pas raisonnable, mais il n'est pas naturel. On n'en trouve aucune trace ni dans l'Orient, ni dans la Grèce, ni dans Rome, qui porta cependant assez haut le sentiment de la dignité humaine. Il n'apparaît dans l'histoire qu'à l'époque