DUEL
paraît bon et utile qu'il y ait une juridiction pour les cas que les juridictions ordinaires n'atteignent pas. Sans aller jusque-là, nous pensons que, si le duel est le plus souvent répréhensible, il ne l'est pas toujours et que, dans tous les cas, il ne saurait être assimilé purement et simplement à l'homicide. 11 eQ diffère généralement par la noblesse de ses motifs, toujours par celle de ses procédés. 11 est quelquefois déterminé par des injures d'une nature si délicate que la société est impuissante à les réparer et qu'elle aggraverait peut-être même le mal, en essayant de le guérir. Le besoin d'une satisfaction à laquelle vous avez droit et que la société ne vous procure pas vous porte alors à défendre votre honneur par vous-même, comme si la société n'existait pas et comme si votre adversaire et vous viviez dans l'état de nature. Le cartel que vous lui envoyez est un appel de la justice sociale impuissante à la guerre d'homme à homme, c'est-à-dire au droit individuel tel qu'il existait aux époques primitives. De plus, au lieu d'attaquer votre ennemi à l'improviste, au coin d'une rue, vous l'avertissez de se tenir prêt, de s'armer comme vous, et vous yous présentez, la poitrine découverte, aux coups de celui qui vous a peut-être mortellement offensé. Vous mettez votre vie en enjeu contre la sienne, afin de bien montrer par là que vous valez quelque chose et que vous savez faire taire en vous l'instinct de la conservation et les autres tendances animales devant le désir de l'estime publique et le sentiment de l'honneur.
Si ces considérations ne justifient pas le duel, elles en diminuent certainement la criminalité. Ce n'est donc pas tout à fait sans raison que les tribunaux admettent des circonstances atténuantes en faveur de ceux qui ont tué leur adversaire en combat singulier et que l'opinion use à leur égard d'une certaine indulgence. On peut encore serrer la main d'un homme qui a eu le malheur de tuer quelqu'un en duel : on repoussera toujours celle d'un assassin.